En Belgique, on n'a jamais vraiment beaucoup rigolé de la télé. Et pour tout dire, on la critique assez peu dans la presse. D'ailleurs, quand on s'essaie à la chronique vitriolée d'un programme, on reçoit généralement un coup de fil tout aussi vitriolé de son animateur/producteur/directeur pour nous remettre à notre place -c'est-à-dire, apparemment, celle de porte-voix de l'audiovisuel belge, simple maillon d'une chaîne promotionnelle qui arrange bien les patrons de chaînes tant qu'ils peuvent la contrôler. En France, en revanche, les journalistes se font un p...

En Belgique, on n'a jamais vraiment beaucoup rigolé de la télé. Et pour tout dire, on la critique assez peu dans la presse. D'ailleurs, quand on s'essaie à la chronique vitriolée d'un programme, on reçoit généralement un coup de fil tout aussi vitriolé de son animateur/producteur/directeur pour nous remettre à notre place -c'est-à-dire, apparemment, celle de porte-voix de l'audiovisuel belge, simple maillon d'une chaîne promotionnelle qui arrange bien les patrons de chaînes tant qu'ils peuvent la contrôler. En France, en revanche, les journalistes se font un plaisir de gratouiller les croûtes souvent suintantes de l'industrie télévisée -autre pays autres m£urs. Comme l'Académie des Gérard, qui décerne chaque année des parpaings dorés au pire de l'audiovisuel (animateurs maboules, audiences en berne, concepts puants... tout y passe), comme les hebdos culturels branchouilles et les suppléments loisirs de quotidiens libertaires qui passent régulièrement la pierre ponce sur les plaies de l'écran avec humour, ou encore (dans un registre moins grinçant) comme Touche pas à mon poste, la nouvelle émission de Cyril Hanouna sur France 4. L'équation est connue: les gens adorent la télé et la méchanceté. Allier les 2 dans un bon flingage en règle est donc une stratégie des plus payantes pour se faire lire/écouter/voir. Encore faut-il avoir la latitude nécessaire au brandissement des armes. En Belgique, outre l'étroitesse d'esprit d'un petit milieu qui n'aime pas qu'on l'égratigne, l'étroitesse -physique, celle-là- d'un pays où tout le monde se connaît et donc évite de se chercher des noises, se pose le problème de la concentration médiatique. Il y a environ 2 acteurs télévisuels, qui détiennent à peu près tous les acteurs radiophoniques, qui entretiennent eux-mêmes des liens serrés (partenariats...) avec les acteurs de la presse écrite. NRJ, l'une des seules radios de Communauté française à être indépendante d'un grand groupe multimédias, a donc monté ses propres Gérard de la télévision, la semaine dernière. Les Mouches d'Or, remises au pire de notre audiovisuel, ont ainsi consacré l'entrejambe de Sébastien Nollevaux, la coupe de cheveux de Joëlle Scoriels, ou encore la propension à se vanter de passer sa vie dans le Thalys de Jean-Michel Zecca. Drôle. Mais pas pour tout le monde. Puisque si quelques lauréats ertébéens étaient présents pour retirer leurs trophées (avec la bénédiction du big boss, assis dans les rangs), pas un représentant de RTL n'avait cru bon d'honorer de sa présence une petite sauterie dont le but n'était finalement que de rigoler. La maison de l'avenue Georgin devrait psalmodier, tel un mantra, le slogan de l'émission d'Hanouna: "Parce qu'on sait rire de la télé. Parce que la télé c'est que de la (en ch£ur) télé." Faut pas prendre la mouche, les gars! l DE myriam leroy