"ACR LOCO"

Le premier souvenir d'A Certain Ratio est celui de mecs en short, poussant leurs trompettes dans un méli-mélo punk-funk. À une époque où la tenue courte sur jambes, comme le groove américain et les cuivres, font mauvais genre sur la scène anglaise de la fin des seventies. Et l'incongrue formation du Grand Manchester d...

Le premier souvenir d'A Certain Ratio est celui de mecs en short, poussant leurs trompettes dans un méli-mélo punk-funk. À une époque où la tenue courte sur jambes, comme le groove américain et les cuivres, font mauvais genre sur la scène anglaise de la fin des seventies. Et l'incongrue formation du Grand Manchester d'être la toute première à sortir un single sur le label Factory de Tony Wilson, en septembre 1979. Quarante-et-un ans et une dizaine d'albums plus tard, après une absence discographique depuis 2008, revoilà les joyeux drilles plus que jamais immergés dans le funk. Un blend entre ce qui a présidé à leur fondation -Earth, Wind & Fire ou Parliament- et des sinuosités contemporaines. Voire carrément hypnotisées par une forme de sci-fi narrative très cinématographique: synthés analogiques, voix d'outre-planète, guitares spatiales, paysages cosmiques ( What's Wrong, Yo Yo Gi). D'autant que le propos n'échappe pas à l'époque, par exemple dans Family où le texte prône une forme d'universalité fraternelle, accompagnée de choeurs nuageux et de percussions amazoniennes. Au-delà des gimmicks -une voix féminine française comme dans un Gainsbourg gainsbarré-, A Certain Ratio réussit surtout à garder le rythme impeccable au fil des dix titres, particulièrement bien calibrés. Notamment l'explosif et carnavalesque Taxi Guy, Manchester sur Rio de Janeiro après beaucoup de cachaça. Ou le superbe Always in Love, entre New Order sentimental -oxymore- et, simplement, l'identité à nouveau magnifiée d'A Certain Ratio. Faut rouvrir les clubs, juste pour eux.