C'est un disque d'une richesse infinie. Une de ces plaques insaisissables dont on n'a jamais vraiment fait le tour. Un de ces albums aventuriers auquel il faut des semaines, des mois, voire des années pour totalement se révéler. Le deuxième album de Ben LaMar Gay est un ovni. Pendant une vingtaine d'années, le compositeur, cornettiste, multi-instrumentiste, chanteur et poète a multiplié les collaborations entre Chicago et le Brésil, les scènes hip-hop, jazz et avant-gardistes. Puis, en 2018, il a sorti Downtown Castles Can Never Block The Sun. Une anthologie de sept albums enregistr...

C'est un disque d'une richesse infinie. Une de ces plaques insaisissables dont on n'a jamais vraiment fait le tour. Un de ces albums aventuriers auquel il faut des semaines, des mois, voire des années pour totalement se révéler. Le deuxième album de Ben LaMar Gay est un ovni. Pendant une vingtaine d'années, le compositeur, cornettiste, multi-instrumentiste, chanteur et poète a multiplié les collaborations entre Chicago et le Brésil, les scènes hip-hop, jazz et avant-gardistes. Puis, en 2018, il a sorti Downtown Castles Can Never Block The Sun. Une anthologie de sept albums enregistrés en sept ans, disponibles sur le Web mais jamais commercialisés, qui brassaient le rap, les musiques libres (free jazz, musique improvisée), l'exotisme de la bossa nova et de la samba, le spoken word et les crépitements électroniques... Open Arms to Open Us a été fabriqué de manière plus rapide et concise mais n'embrasse pas moins le champ des possibles. Les excitantes perspectives de l'ailleurs. " Le titre suggère un mouvement du corps utilisé dans de nombreuses pratiques spirituelles et un geste représentant un type de compréhension qui mène au toucher ou à l'étreinte", dit-il pour expliquer cet appel à l'ouverture. Le disque débute sur Sometimes I Forgot How Summer Looks on You. Un titre jouette et surréaliste fomenté avec Ohmme. Le tandem rock chicagoan n'est pas le seul invité d'un périple foisonnant d'idées enregistré de mars à juin dans les studios du label International Anthem. Si LaMar Gay chante, joue du cornet, du balafon, des synthés, de l'orgue, des percussions et du triangle (entre autres choses), il ne s'est pas fait prier pour y ajouter du xylophone, du tuba, de la flûte, des choeurs, des violons et violoncelles, trombones et saxophones; pour embaucher Tommaso Moretti et Angel Bat Dawid; pour convier la chanteuse, danseuse et chorégraphe britannico-rwandaise Dorothée Munyaneza (sur l'incantatoire Nyuzura). Pour l'Américain qui a récemment voyagé au Rwanda mais aussi au Nigeria, la musique est une porte vers un autre monde. Convaincu que l'énergie ne peut pas être créée ou détruite, qu'elle peut juste être transférée, LaMar Gay a pondu un album "destiné à la danse, à la réflexion, à la célébration, aux beuglements, à la stimulation, à la concentration et au déchiffrage des messages des êtres chers ici et au-delà". C'est la conscience d'un moment, d'un environnement, d'un souvenir porté par cette idée que l'improvisation est une liberté à laquelle nous avons tous accès. Alors oui, il faut par moments s'accrocher devant tant d'imagination et de contre-pieds (des bizarreries parfois à la Lonnie Holley ou Gonjasufi). Mais ce bouillonnement des genres, ce mélange de jazz, de hip-hop, de blues, de tropicalisme, d'electronica, de musiques éthiopiennes et d'alphabet Igbo est une géniale célébration de la curiosité et de l'exploration.