Depuis que la technologie permet d'animer à l'écran photographies et oeuvres illustres de la peinture, l'exercice est devenu courant, un exercice imposé, même, dans nombre de productions documentaires ou des travaux d'écoles d'art visuel. Donner vie par le son et le mouvement aux images prétendues "fixes" revêt alors soit une fonction gadget, soit une mission de mise en perspective d'une oeuvre prolongeant la ...

Depuis que la technologie permet d'animer à l'écran photographies et oeuvres illustres de la peinture, l'exercice est devenu courant, un exercice imposé, même, dans nombre de productions documentaires ou des travaux d'écoles d'art visuel. Donner vie par le son et le mouvement aux images prétendues "fixes" revêt alors soit une fonction gadget, soit une mission de mise en perspective d'une oeuvre prolongeant la fascination au-delà de l'instant fugace de sa composition. Les 24 images proposées par Abbas Kiarostami appartiennent plutôt à ce second temps. Étonnants documents visuels mis bout à bout par le réalisateur iranien décédé en juillet 2016, qui, de Où est la maison de mon ami? à Like Someone in Love, en passant par Le Goût de la Cerise ou Copie Conforme, a démontré ses qualités d'orfèvre de la composition et du cadrage ainsi que la dimension contemplative de ses images. 24 Frames démarre pourtant par le tableau de Pieter Brueghel l'Ancien, Chasseurs dans la neige (1565), comme un avant-propos programmatique. Les intempéries qu'il fait tomber sur l'oeuvre du peintre flamand préfigurent le mouvement qui va traverser les autres tableaux, des photographies et peintures de la main de Kiarostami lui-même: un cheval qui gambade dans la neige, vu depuis l'intérieur d'une voiture, une usine survolée par des oiseaux, un lion et sa lionne en pleins ébats sous la pluie, une plage-bidonville abandonnée visitée par de curieux canards. Écrans verts, animations 3D discrètes et en harmonie avec le fond viennent en réalité approfondir les photos et les tableaux plus qu'ils ne les commentent ou ne les usent pour leur simple effet de sidération. Dans cet univers onirique où se succèdent des émaux cinématographiques de quatre minutes, Kiarostami questionne le pouvoir des représentations, raconte avec une infinie et tendre mélancolie l'angoisse du temps qui passe, la vie qui ne tient qu'à un fil, l'absence, les terres désertées, transformées, défigurées et la vie qui s'immisce malgré tout dans leurs anfractuosités.