1 DE LEWIS TRONDHEIM
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1 DE LEWIS TRONDHEIM 2 DE DUPUY ET BERBERIAN 3 DE DAVID B. 4 DE MARJANE SATRAPI 5 DE EMMANUEL GUIBERT Salariés en grève. " La banderole a fait couler beaucoup d'encre et délié les langues lors de la dernière édition du festival d'Angoulême, que d'aucuns n'ont pas hésité à qualifier de " crépusculaire" pour l'édition indépendante. Sur le stand de L'Association, les albums, restés prisonniers de leurs cartons, avaient fait place aux tracts. En cause, " l'annonce de la suppression de 3 à 4 postes sur 7" au sein de la maison, ainsi que l'impossibilité pour les salariés " d'établir un dialogue constructif sur le sujet avec les instances dirigeantes" -" il faut réduire la voilure", répétaient celles-ci à l'envi. Véritable figure de proue de l'édition indépendante en bande dessinée depuis plus de 20 ans, L'Association n'en est certes pas à sa première crise. Reste que celle-ci, profonde, s'apparente dangereusement à une impasse... Fondée en 1990 par 7 jeunes auteurs qui en veulent -Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et enfin Mokeït, qui se retirera peu après-, cette maison d'édition française au statut associatif impose d'emblée une originalité, une diversité et une exigence qui forcent le respect, et contribue largement au renouveau de la BD dans les années 90. " A la fin des années 80, les gros éditeurs comme Dargaud, Casterman, Dupuis et consorts ne proposaient plus grand-chose d'autre que des formules éprouvées, analyse Erwin Dejasse, chargé de cours d'Histoire de la BD à l'Université de Liège et proche de la nébuleuse associative hexagonale. C'est-à-dire des séries portées par un héros, s'inscrivant dans un genre bien précis, avec une logique de série, d'albums de 48 pages, cartonnés et en couleurs. Pour faire court, exception faite des rares auteurs qui pouvaient capitaliser sur leur nom, comme Tardi ou Bilal, c'était le désert artistique. De cette sclérose est née L'Association -ainsi d'ailleurs qu'une dizaine d'éditeurs francophones affichant peu ou prou la même philosophie (Cornélius, Les Requins Marteaux, Atrabile, etc. )-, entraînant l'émergence d'une bande dessinée complètement différente, creusant des thématiques peu abordées à l'époque comme l'autobiographie, refusant les vieilles recettes et dynamitant les formats habituels, tout en étant travaillée par un vrai questionnement sur le langage de la BD, sur le médium lui-même." Cette création de " nécessité intérieure", comme l'appelle Menu, touche, souvent de manière quasi intime, de plus en plus de bédéphiles. C'est le cas, par exemple, du Persepolis de Marjane Satrapi, dont les ventes fracassantes représentent à la fois une formidable réussite et une réelle malédiction pour la maison d'édition. Victime de son succès, L'Association voit en effet sa logique très vite récupérée par les gros éditeurs, qui se lancent à leur tour dans le petit format, le noir et blanc, l'autobiographie, et n'hésitent pas à aller puiser dans le grouillant vivier d'auteurs indépendants qu'ils refusaient pourtant de publier quelques années plus tôt. Tandis qu'elle est bientôt gagnée par les dissensions internes: et l'hydre à 6 têtes, symbole des débuts, de connaître décapitation sur décapitation, les auteurs-fondateurs quittant le navire les uns après les autres... Seul capitaine restant à la barre,J-C Menu affronte aujourd'hui la tempête, brandissant contre vents et marées l'étendard de " la crise du livre" (cf. notamment la faillite du Comptoir des indépendants) pour justifier les licenciements programmés. En face, si la grève est désormais levée et si des solutions moins drastiques sont envisagées, on n'en dénonce pas moins la structure opaque de l'association. Sur son blog, Joann Sfar, jamais à un raccourci près, va même jusqu'à comparer Menu à Ben Ali. Ambiance... Et l'une des plus belles aventures de l'histoire éditoriale de partir vulgairement en sucette. Triste époque, vraiment. l NICOLAS CLÉMENT