Se constituer soi-même comme sujet anarchique (parution en septembre)
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Reiner Schürmann fait partie de ces figures mystérieuses ayant émaillé l'Histoire de la philosophie au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Allemand né au Pays-Bas, passé par un kibboutz en Israël puis ordonné prêtre dominicain en France, pour mourir des suites du sida aux États-Unis, où il enseignait à la New School of Social Research, il a laissé derrière lui une oeuvre rare, où le fragment contraste avec le geste panoramique -une oeuvre où plane partout le spectre de Martin Heidegger, avec qui Schürmann avait étudié. Les éditions Diaphanes, à Bienne, qui ont réédité tous ses livres, font paraître deux inédits importants, préfacés et traduits par Mehdi Belhaj Kacem, qui approfondissent sa grande obsession: qu'il n'y a de fondement de rien. Il n'est jamais là où on l'attend. L'anthropologue Éric Chauvier, qui s'est rendu célèbre par ses explorations très subjectives des espaces déclassés du présent, n'a cessé d'inventer des formes nouvelles permettant d'emmener la pensée là où elle n'en a pas l'habitude. Dans Plexiglas mon amour, il accompagne une connaissance férue de survivalisme et de collapsologie pour tenter de comprendre ce qui se joue dans le désir de retour à une vie qui n'a d'authentique ou de naturel que le nom. Seize ans après Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005), son chef-d'oeuvre, le grand anthropologue Philippe Descola offre un nouveau chapitre à sa cartographie systématique des perspectives que les différentes cultures jettent sur le monde. Dans Les Formes du visible, il traverse l'espace et le temps pour examiner combien notre conception de la vie, du monde et de ce qui en général détermine ce que nous sommes ou pas capables de voir. Chef-d'oeuvre annoncé. En quelques livres à peine (dont les best-sellers La Vie des plantes et Métamorphoses), Emanuele Coccia s'est affirmé comme une des voix les plus subtiles et élégantes de la pensée d'aujourd'hui. Il revient avec son premier livre écrit en italien depuis Le Bien dans les choses (Rivages, 2013): une méditation sur l'architecture de l'intime qui oppose un récit nouveau à celui de la primauté de l'urbain avec lequel la pensée occidentale s'est construite. À la suite de son immense rétrospective au Centre Pompidou, celle que beaucoup considèrent comme la plus importante artiste vivante voit ses écrits enfin traduits en français -après avoir fait le tour du monde. De l'art en duty free, paru en anglais en 2017, rassemble une série d'essais brillants et corrosifs sur l'état de l'art contemporain, le fascisme capitaliste, les mondes numériques et ce qui reste de la réalité. Ils dessinent un portrait inédit de l'artiste en penseuse.