Entamé en 1965 avec Compartiment tueurs, le parcours de réalisateur de Costa-Gavras l'a vu ensuite aligner diverses réussites majeures, les Z, Missing, Etat de siège, L'Aveu, Music Box ou autre Amen, venus témoigner d'un engagement indéfectible, tout en donnant ses lettres de noblesse à un cinéma politique dont il ne s'est jamais détourné. A 85 ans, le cinéaste français d'origine hellène, oscarisé pour Z, palmé pour Missing, n'a rien perdu de son allant. Et en attendant un possible nouveau film qu'il consacrerait à la crise grecque et à l'Europe, il publie ses Mémoires, sous le titre Va où il est impossible d'aller (1). Un emprunt à l'auteur grec Nikos Kazantzakis, et une manière, également, de signifier qu'il n'a pas renoncé aux utopies. " Comment pourrait-il en aller autrement, sourit-il alors qu'on le rencontre à Paris. Je n'aurais jamais imaginé, en arrivant en France en 1955, pouvoir faire ce que j'ai pu et su faire jusqu'à aujourd'hui. Devenir metteur en scène, mener une bonne vie en France, y travailler, tout cela s'est réalisé. J'ai eu toute l'utopie dont je pouvais rêver, et même celle dont je ne rêvais pas. "
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Entamé en 1965 avec Compartiment tueurs, le parcours de réalisateur de Costa-Gavras l'a vu ensuite aligner diverses réussites majeures, les Z, Missing, Etat de siège, L'Aveu, Music Box ou autre Amen, venus témoigner d'un engagement indéfectible, tout en donnant ses lettres de noblesse à un cinéma politique dont il ne s'est jamais détourné. A 85 ans, le cinéaste français d'origine hellène, oscarisé pour Z, palmé pour Missing, n'a rien perdu de son allant. Et en attendant un possible nouveau film qu'il consacrerait à la crise grecque et à l'Europe, il publie ses Mémoires, sous le titre Va où il est impossible d'aller (1). Un emprunt à l'auteur grec Nikos Kazantzakis, et une manière, également, de signifier qu'il n'a pas renoncé aux utopies. " Comment pourrait-il en aller autrement, sourit-il alors qu'on le rencontre à Paris. Je n'aurais jamais imaginé, en arrivant en France en 1955, pouvoir faire ce que j'ai pu et su faire jusqu'à aujourd'hui. Devenir metteur en scène, mener une bonne vie en France, y travailler, tout cela s'est réalisé. J'ai eu toute l'utopie dont je pouvais rêver, et même celle dont je ne rêvais pas. " Cette histoire constitue la chair de mémoires que l'auteur fait débuter le jour où il débarqua à la gare de Lyon, en provenance lointaine du Pirée - " Quitter la Grèce à cette époque, pour moi, pour quelqu'un de mon milieu, ce n'était pas "mourir un peu", comme dit le poète, mais renaître ", écrit-il. La suite est passionnante, qui voit Costa-Gavras revisiter son parcours d'une écriture alerte qu'il relève de procédés cinématographiques, flash-backs, flash-forwards et autres rythmant un récit autobiographique à ramifications nombreuses.Si le cinéma y tient, forcément, une place essentielle, de l'apprentissage comme assistant auprès des Jacques Demy, Henri Verneuil, René Clément ou René Clair, aux films qui allaient lui valoir reconnaissance et notoriété, il n'en est pas le moteur exclusif. Et l'ouvrage salue joliment une famille de pensée - celle qui allait l'unir à Simone Signoret, Yves Montand, Jorge Semprun ou Chris Marker - tout en brossant le panorama d'un bon demi-siècle d'une histoire contemporaine que le cinéaste n'a cessé de questionner, du Chili à la Palestine, en passant par la Grèce. Son acuité ne se démentant du reste pas avec le temps , lui qui abordait l'immigration dans Eden à l'ouest, en 2009, ou encore le capitalisme sauvage dans Le Capital, en 2012 - " Je veux garder les yeux ouverts ", commente-t-il, avant de préciser : " Je suis un cinéaste qui observe ce monde, notre société, et qui écrit des histoires, et voilà. " Ni plus ni moins. L'humilité, en effet, est l'une des qualités qui ressortent de ces pages. Une autre étant la force des convictions, jamais démentie, tant Costa-Gavras est de ces cinéastes dont l'engagement est resté chevillé à la caméra, en plus de le lier à jamais à sa famille de cinéma qui se retrouvait régulièrement chez les Montand-Signoret. " Nous avions de grandes discussions sur tout. L'engagement politique a sûrement cimenté cette famille, même si tout le monde n'était pas sur la même ligne, il y avait des différences ici et là. Et puis, ce qui nous a cimentés, c'est que les films ont marché, dès Compartiment tueurs. Après, les autres ont été des phénomènes politiques, tout en rencontrant le succès public. Et cela marque. " Presque autant que les controverses, qui ont accompagné sa carrière, Costa-Gavras se voyant accusé de frapper un coup à droite, un coup à gauche quand il signait Z, sur la Grèce des colonels, puis L'Aveu, sur les procès staliniens, sans même parler des attaques violentes dont il fut l'objet pour Hannah K par exemple, qu'il relativise : " Il faut faire le gros dos et attendre que cela se passe. " Non sans ajouter : " Etre un témoin requiert une éthique spécifique. Il faut respecter l'éthique des personnages et celle des situations. Au cinéma en particulier, où on les réduit par rapport au réel. Il ne faut pas aborder des choses dans le seul but de titiller les spectateurs, pour moi, c'est la base absolue. Et pour cela, il faut disposer de tous les renseignements. C'est pour cela que je me suis rendu au Chili et en Uruguay (pour Etat de siège), ou que pour Amen, j'ai rencontré beaucoup de gens dont j'ai respecté chaque réplique en plus de lire des livres et des livres - au point que nous avons décidé d'en mentionner certains au générique final, ce qui ne se fait jamais. Je trouve cela indispensable, parce qu'il faut respecter le spectateur. L'engagement, c'est à l'égard de lui, c'est dire : je vous montre cela, je vous dis que c'est ça, avec ma vision bien sûr, et avec les limites du cinéma, mais je ne vous manipule pas, je ne triche pas. " Une méthode qu'il a su exporter à Hollywood, signant quelques-uns de ses plus grands succès ( Missing, Mad City...) à l'endroit où tant d'autres cinéastes européens, avant et après lui, se sont cassé les dents, ces mémoires n'étant d'ailleurs pas avares en anecdotes éclairantes sur le microcosme local. " J'ai vite compris qu'il fallait poser son idée, et y faire ce qu'on a envie de faire, et non ce dont ils ont envie. Quand je décidais de tourner un film là-bas, je le faisais à ces conditions. Et s'il y avait des tensions, je leur disais : " J'ai mon billet d'avion en poche, vous savez, je peux rentrer". " C'est un grand avantage. Et puis, j'ai toujours su qu'il y avait, avec les Américains, une relation de force : il ne faut pas se sentir soumis, mais bien traiter d'égal à égal, même si on ne l'est pas. S'il arrive aujourd'hui en Europe ce qui se passe avec Trump, c'est parce que nous restons soumis, en nous disant qu'ils nous ont sauvés du nazisme, etc. Les Américains nous ont sauvés du nazisme, mais ils ont aussi sauvé leur commerce mondial. Il faut garder cela à l'esprit ; quand j'étais là-bas, et qu'on me demandait mon avis, j'étais plus respecté que d'autres qui faisaient des courbettes. "Cet art de savoir dire non, Costa-Gavras en fit également preuve quand il déclina par exemple Le Parrain, que lui proposait le producteur Robert Evans. " Les gens pensent que quand j'ai refusé Le Parrain, il s'agissait du film qu'a tourné Coppola. Mais non : à l'époque, j'ai refusé un livre, médiocre à mes yeux, même s'il avait connu un gros succès aux Etats-Unis. Si Coppola en a fait un chef-d'oeuvre par la suite, c'est parce que c'est Coppola, qu'il est italien, qu'il a du talent, qu'il vit sur place et qu'il connaissait le sujet. Ce n'est pas son film que j'ai refusé ... "