Un centre de recherches secret proposant à ses clients de les transformer en créatures éprouvettes dans l'attente de jours meilleurs (Zero K de Don DeLillo), une immense dune de sable mouvante submergeant tout Los Angeles sur son passage (Les Sables de L'Amargosa de Claire Vaye Watkins), une guerre civile opposant le Nord et le Sud des Etats-Unis au sujet des énergies fossiles (American War d'Omar El Akkad), une vague de pandémie décidant la dernière femme immunisée contre toutes les maladies mortelles à donner naissance à un clone (The Only Ones de Carola Dibbell), l'étude des conséquences, en Chine, en 2098, de l'extinction pure et simple des abeilles (Une histoire des abeilles de Maja Lunde), une ville d'Angleterre ruinée par la pollution chimique, qui survit en organisant des courses de smartdogs et de lévriers transgéniques (La Course de Nina Allan), des oiseaux qui se mettent à tomber en Haute-Normandie (Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet), un monde entré dès 2020 dans l'âge de glace (Les Buveurs de lumière de Jenni Fagan), une forêt investie par un groupe d'humains comme ultime rempart contre un futur résolument cyborg (Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq). Bienvenue en enfer? Non, bienvenue dans la société de demain. Telle, en tout cas, que les écrivains la cauchemardent beaucoup en cette rentrée.
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Un centre de recherches secret proposant à ses clients de les transformer en créatures éprouvettes dans l'attente de jours meilleurs (Zero K de Don DeLillo), une immense dune de sable mouvante submergeant tout Los Angeles sur son passage (Les Sables de L'Amargosa de Claire Vaye Watkins), une guerre civile opposant le Nord et le Sud des Etats-Unis au sujet des énergies fossiles (American War d'Omar El Akkad), une vague de pandémie décidant la dernière femme immunisée contre toutes les maladies mortelles à donner naissance à un clone (The Only Ones de Carola Dibbell), l'étude des conséquences, en Chine, en 2098, de l'extinction pure et simple des abeilles (Une histoire des abeilles de Maja Lunde), une ville d'Angleterre ruinée par la pollution chimique, qui survit en organisant des courses de smartdogs et de lévriers transgéniques (La Course de Nina Allan), des oiseaux qui se mettent à tomber en Haute-Normandie (Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet), un monde entré dès 2020 dans l'âge de glace (Les Buveurs de lumière de Jenni Fagan), une forêt investie par un groupe d'humains comme ultime rempart contre un futur résolument cyborg (Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq). Bienvenue en enfer? Non, bienvenue dans la société de demain. Telle, en tout cas, que les écrivains la cauchemardent beaucoup en cette rentrée. Difficile de passer à côté: la science-fiction et les dystopies ont pris le pouvoir chez de nombreux romanciers. On les comprend: dans la plupart des cas, ils n'auront eu qu'à pousser un peu le curseur des actuelles catastrophes humaines et écologiques pour en faire l'enjeu de leurs mondes imaginaires. C'est un des enseignements de cette rentrée: là où certains attendaient qu'ils abordent de front le climat postattentats (c'est le cas, tout de même, des puissants Survivre de la jeune Frederika Amalia Finkelstein et de Le Livre que je ne voulais pas écrire d'Erwan Larher), les écrivains semblent avoir fait le choix d'un déplacement. Vers des lendemains qui déchantent, donc. Mais aussi vers le passé. Cinquante-cinq ans plus tard, l'Algérie française est ainsi l'un des thèmes surprises en cette rentrée, au coeur des nouveaux livres de Martin Winckler (Les Histoires de Frantz), Alice Zeniter (L'Art de perdre), Marie Richeux (Climats de France), Kaouther Adimi (Nos richesses)... Alerte, anticipation, mise en perspective ou relecture rétroviseur: la fiction ne colle pas aux événements, elle réplique à son rythme propre. Celui du capricieux, labyrinthique et passionnant travail de l'âme. Mais il est une infinité d'autres recoupements possibles, parmi les 581 romans (581, vous avez bien lu) à sortir entre la mi-août et la fin octobre. Comme celui voulant que, dans un climat délétère, on interroge les valeurs refuges. On épinglera ainsi cette tendance, plus géographique que temporelle, consistant à quitter les villes anxiogènes pour investiguer la campagne profonde et les mondes paysans. Un retour à la terre qui vient questionner la définition de la sauvagerie, interroger le périurbain ou moquer les néoruraux (Sangliers d'Aurélien Delsaux, Fief de David Lopez, Brandebourg de Julie Zeh...). Ou celle, plus évidente, qui se raccroche à des destins édifiants. Ceux de pères et mères réels (Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas, Les Rameaux noirs de Simon Liberati, Une mère de Stéphane Audeguy) mais aussi, plus largement, ceux de figures filantes et tutélaires, de Romain Gary (Un certain Monsieur Piekelny de François-Henri Désérable) à Gabriële Buffet-Picabia (Gabriële des soeurs Berest) en passant par Patti Hearst (Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon)... L'occasion de vérifier que, incendiaires, fantasmées, radicales ou inspirantes, les histoires individuelles peuvent aussi devenir collectives. Les destinées se croiser, les amours se défaire en silence, les guerres se mener, les événements arriver. Certains livres entrer dans nos vies. Et ne plus vraiment les quitter. Bonne rentrée.