En 2015, Ryan Gattis frappait un grand coup avec un roman à 17 voix en prise directe avec les émeutes de 1992 à Los Angeles (Six Jours). Sans en être à proprement parler une suite, même s'il se déroule à cheval entre 1993 et 1994 et qu'il s'enracine dans les mêmes quartiers ghettoïsés rongés par la misère et la drogue, Le Système n'en poursuit pas moins le diagnost...

En 2015, Ryan Gattis frappait un grand coup avec un roman à 17 voix en prise directe avec les émeutes de 1992 à Los Angeles (Six Jours). Sans en être à proprement parler une suite, même s'il se déroule à cheval entre 1993 et 1994 et qu'il s'enracine dans les mêmes quartiers ghettoïsés rongés par la misère et la drogue, Le Système n'en poursuit pas moins le diagnostic implacable des États-Unis en s'attaquant frontalement à une institution majeure du pays: son système judiciaire. Tout part d'une injustice monumentale: deux membres d'un gang latino sont accusés d'une tentative de meurtre sur une rivale. L'un est coupable, l'autre pas. Mais comme il a le profil de l'emploi et qu'un agent de probation véreux le mouille pour l'éloigner de la fille qu'il convoite, Jacob Safulu, aka Dreamer, va se retrouver derrière les barreaux. Et bientôt au centre d'un procès presque écrit d'avance. Tiraillé entre la loyauté au gang -son assurance-vie en prison, où pour survivre il va devoir libérer le monstre qui sommeille en lui- et une volonté farouche de prouver son innocence, le jeune homme va perdre ses dernières illusions au fil d'une parodie d'enquête dont les pièces s'emboîtent sous nos yeux en temps réel alors que défilent, échantillon représentatif de bons, de brutes et de truands, les acteurs du dossier: flics, avocats, témoin, proches... Palpitant comme un thriller à la Michael Mann, documenté comme une enquête de David Simon, ce récit réquisitoire immersif en dit long sur le dysfonctionnement et la violence endémique d'un des piliers de la démocratie américaine, machine froide servant des intérêts personnels, soufflant sur les braises du racisme et broyant les plus faibles au lieu de les protéger.