Lorsqu'on a tapé le nom et le prénom de cet auteur italien inconnu dans Google, et qu'apparut alors le mot "poète" dans les tout premiers résultats, on n'y a pas cru. Son écriture sévèrement burnée, sa tête de complice de Tony Soprano -et le pistolet qu'il dirige vers le lecteur en couverture du livre-, tout cela n'aidait pas.
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Lorsqu'on a tapé le nom et le prénom de cet auteur italien inconnu dans Google, et qu'apparut alors le mot "poète" dans les tout premiers résultats, on n'y a pas cru. Son écriture sévèrement burnée, sa tête de complice de Tony Soprano -et le pistolet qu'il dirige vers le lecteur en couverture du livre-, tout cela n'aidait pas. Dans L'Arsenal de Rome détruite, sorte d'autobiographie détournée, on suit Aurelio Picca à travers ses déambulations dans la ville de Rome. SA ville. Chaque quartier, chaque place, est prétexte à une anecdote, un souvenir. On peut -c'est une idée- accompagner la lecture d'un plan de Rome; mais attention, ne comptez pas sur l'auteur pour faire le guide touristique et vous emmener séance tenante balancer votre petite monnaie dans la fontaine de Trevi... Non, la lecture de ces pages enfiévrées vous promet plutôt du sang, du stupre, et d'incessantes embardées en Fiat 1100 et à travers le temps! Picca ne connaît que l'itinéraire bis d'une Rome où on "trempe les parts de pizzas dans le cappuccino", peuplée de furieux malfrats et de putains cocaïnées. Désolé... Si on a bien tout saisi, c'est la littérature qui a sauvé Picca. Cet orphelin de père (ce dernier est mort alors qu'il venait de naître) avait tout pour mal finir: parmi ses amis, une belle ribambelle de truands notoires. Quand il y a du grabuge, Picca n'est jamais loin. Et de conter ces minutes qui "valent bien des destins", comme ce casse de 1967 mal embarqué, achevé dans un effroyable bain de sang. En fait, c'est une mythologie parallèle et insoupçonnée pour nous autres étrangers que Picca exhume avec l'excitation d'un supporter durant un de ces brûlants derby Roma-Lazio (dans un Stadio Olimpico plein à craquer). Excédé par la Rome des "habituels bouffons, avec leurs hypothèques, leurs crédits revolving et leurs leasings", le "Henry Miller des Castelli Romani" (son surnom en Italie) égrène ses passades, ses artistes et joueurs de foot préférés, et après les dieux de l'Olimpico, au tour des gloires du grand banditisme romain: comme son ami Massimo Trabacchi, un ancien policier qui "commettait des braquages en tenue de carabinier pendant ses heures de service" -à sa mort, Picca et ses amis noieront leur chagrin dans une de ces soirées désespérées comme on en trouve dans le Husbands de Cassavetes. "Au fond, la haine entre Romanisti et Laziali est un grand amour", ose Picca. On n'est pas certain que les tifosi des deux clubs de football ancestralement rivaux de la capitale romaine adhèrent unanimement à cette théorie. Serait-il possible qu'on se soit mépris à l'égard de l'auteur, et que ce qu'on a entre les mains depuis le début est un véritable poème amoureux, une ode âpre à la gloire de la face sombre de la Ville éternelle.