Si la BD flamande est de plus en plus publiée aux Pays-Bas ou dans le nord du pays, elle a encore besoin de l'aura des grandes maisons d'édition françaises (ex-belges en l'occurrence) pour transmettre la bonne parole à un public plus large. En sortant au Lombard, Le Tambour de la Moskova bénéficie d'une parution simultanée des deux côtés de la frontière linguistique, prouvant également de la sorte l'intérêt grandissant pour une autre forme de bande dessinée en Flandre. Plus classique qu'un Brecht Evens, moins introspectif qu'une Judith Vanistendael, Simon...

Si la BD flamande est de plus en plus publiée aux Pays-Bas ou dans le nord du pays, elle a encore besoin de l'aura des grandes maisons d'édition françaises (ex-belges en l'occurrence) pour transmettre la bonne parole à un public plus large. En sortant au Lombard, Le Tambour de la Moskova bénéficie d'une parution simultanée des deux côtés de la frontière linguistique, prouvant également de la sorte l'intérêt grandissant pour une autre forme de bande dessinée en Flandre. Plus classique qu'un Brecht Evens, moins introspectif qu'une Judith Vanistendael, Simon Spruyt n'en a pas moins trouvé sa place entre ces deux géants. Son truc à lui, c'est l'Histoire. Que ce soit par l'humour (Papa Zoglu), par le biais du fantastique (De Furox -non traduit) ou de manière "plus traditionnelle" (Junker et Bouvaert), il apporte à ses récits une touche personnelle qui fait toujours mouche. Il s'attaque cette fois à la campagne de Russie de Napoléon en 1812, se plaçant au bas de l'échelle, à hauteur du tambour.Vincent Bosse, enfant de choeur à la gueule d'ange, promis au séminaire, est fasciné par l'uniforme. "On ne va tout de même pas exposer un aussi beau minois aux tirs ennemis, s'exclame l'officier recruteur. On a encore besoin d'un tambour..." C'est donc armé de baguettes qu'il va suivre l'Empereur sur la route de Moscou. Il va tout vivre: l'incendie de la capitale, les rapines dans les maisons bourgeoises, la retraite hivernale et la capture par les cosaques. Il ne doit la vie qu'à son visage angélique -et une certaine dose de lâcheté assumée- et sera sauvé de la lame d'un sanguinaire cavalier par un certain Denis Davidov, soldat-poète et commandant des hussards. Définitivement affranchi de son style satirique, l'auteur a adopté depuis quelques albums l'aquarelle et le crayon qu'il applique en couleurs directes. Le résultat touche ici au sublime. Il choisit un ton dominant pour chaque ambiance, utilisant la peinture à l'eau de manière à rendre la scène floue, rehaussant ensuite le dessin par des touches de crayon qui font apparaître certains détails sur les visages ou les uniformes. Seule la peau nue de Vincent Bosse n'est traitée que par quelques traits à la mine de couleur, le héros, transformé en figure christique, illuminant la case de sa blancheur. L'auteur a opté pour le flash-back comme mode de narration. Nous retrouvons régulièrement le protagoniste en 1860, questionné par un mystérieux personnage dont l'identité ne reste pas longtemps secrète. Cela permet d'apporter une respiration dans le récit et une réflexion sur les horreurs de la guerre, la douceur de la vie et la lâcheté des hommes. Du grand art. Simon Spruyt est résolument à placer aux côtés des grands raconteurs d'histoires.