Chacun se drape dans "sa" vérité pour justifier ses opinions et ses actes. Comme si les faits étaient désormais à géométrie variable. Prenez le cas de la culture. Qui peut encore croire que la décision d'en prohiber une bonne partie pendant ces longs mois reposait uniquement sur une logique de prévention? Soit les politiques se sont menti à eux-mêmes, et c'est inquiétant, soit ils savaient pertinemment qu'ils devaient sacrifier certains secteurs pour permettre à d'autres, économiquement plus importants et plus puissants, de rouvrir massivement. Mais plutôt que d'assumer un choix idéologique moralement peu flatteur, ils ont fait passer cette trahison sur le compte de l'urgence sanitaire. Aujourd'hui, il suffit de toute façon de répéter une ânerie en boucle pour créer un écran de fumée. L'ancien homme politique français Édouard Herriot (1872-1957) avait déjà tout compris, lui qui affirmait qu'"une vérité est un mensonge qui a longtemps servi".

Une pandémie peut en cacher une autre. À côté du Covid, le virus du mensonge a lui aussi abondamment circulé ces derniers mois.

Les réseaux sociaux portent une lourde responsabilité dans cette prolifération toxique. En ne faisant pas la distinction entre les pommes saines et les pommes pourries, ces arènes ont fait une publicité d'enfer aux délires de toutes sortes. Pire, elles ont rendu le mensonge presque fréquentable. Il n'a plus besoin de se cacher ou de se déguiser puisque ceux qui sont censés le combattre en ont fait un allié dans la conquête du pouvoir. À commencer par Trump évidemment, le champion toutes catégories de la mystification. Comme le rappelle Tom Phillips dans Bobards! Une brève histoire des plus gros mensonges (éd. La Librairie Vuibert), d'après l'équipe de vérification des faits du Washington Post, à la date du 20 janvier 2020, le compteur de l'ex-président en était déjà à 16.241 "déclarations fausses ou trompeuses depuis son entrée à la Maison-Blanche" trois ans plus tôt. Soit une moyenne record de plus de quatorze fake news par jour. Une stratégie qui ne lui a heureusement pas permis de rempiler mais qui a laissé des traces. Avec d'autres menteurs pathologiques, il a banalisé l'usage massif de la tromperie. Ce qui semblait inacceptable, comme de croire à d'évidentes inepties ou de contredire des vérités établies, est devenu monnaie courante. Dans le brouillard créé par l'avalanche d'intox, le faux a gagné une respectabilité. On en voit les effets jusque dans une nouvelle terminologie, validée par les dictionnaires, qui assume sa duplicité. On ne parle plus de "bobards" ou de "boniments" mais de "post-vérités" ou de "faits alternatifs". Des termes qui ne sont pas neutres puisqu'ils suggèrent littéralement que plusieurs vérités coexistent. Et que toutes se valent. Un boulevard pour les complotistes, pour les démagos, pour les conspirationnistes.

On n'est pas entrés pour autant avec Facebook ou Twitter dans une ère généralisée du soupçon qui succéderait à une ère vertueuse de la vérité. Ce serait trop simple. Le mensonge a toujours existé, comme le montre l'expo Fake for Real, une histoire du faux et de la contrefaçon à la Maison de l'Histoire européenne, à Bruxelles. Chacun et chacune le pratique d'ailleurs dès l'âge de deux ou trois ans. Un point commun avec beaucoup d'espèces animales. Il faut juste faire la distinction entre les mensonges prosociaux ou altruistes comme la politesse, qui visent à protéger, à lubrifier les rapports humains, et ceux, nuisibles, qui servent à préserver des intérêts particuliers pas toujours avouables. "Les mensonges de politesse font partie des habiletés sociales indispensables à l'établissement de rapports humains harmonieux", rappelle Xavier Seron, docteur en neuropsychologie dans Mensonges! Une nouvelle approche psychologique et neuroscientifique (Odile Jacob, 2019), cité dans un article récent du Monde. Tout mensonge n'est donc pas immoral. Comme le cholestérol, il faut juste éviter d'accumuler le mauvais. Un régime s'impose donc pour retrouver le sens de la vérité. Cela tombe bien, c'est aussi ce que préconise le docteur Biden.

Chacun se drape dans "sa" vérité pour justifier ses opinions et ses actes. Comme si les faits étaient désormais à géométrie variable. Prenez le cas de la culture. Qui peut encore croire que la décision d'en prohiber une bonne partie pendant ces longs mois reposait uniquement sur une logique de prévention? Soit les politiques se sont menti à eux-mêmes, et c'est inquiétant, soit ils savaient pertinemment qu'ils devaient sacrifier certains secteurs pour permettre à d'autres, économiquement plus importants et plus puissants, de rouvrir massivement. Mais plutôt que d'assumer un choix idéologique moralement peu flatteur, ils ont fait passer cette trahison sur le compte de l'urgence sanitaire. Aujourd'hui, il suffit de toute façon de répéter une ânerie en boucle pour créer un écran de fumée. L'ancien homme politique français Édouard Herriot (1872-1957) avait déjà tout compris, lui qui affirmait qu'"une vérité est un mensonge qui a longtemps servi". Les réseaux sociaux portent une lourde responsabilité dans cette prolifération toxique. En ne faisant pas la distinction entre les pommes saines et les pommes pourries, ces arènes ont fait une publicité d'enfer aux délires de toutes sortes. Pire, elles ont rendu le mensonge presque fréquentable. Il n'a plus besoin de se cacher ou de se déguiser puisque ceux qui sont censés le combattre en ont fait un allié dans la conquête du pouvoir. À commencer par Trump évidemment, le champion toutes catégories de la mystification. Comme le rappelle Tom Phillips dans Bobards! Une brève histoire des plus gros mensonges (éd. La Librairie Vuibert), d'après l'équipe de vérification des faits du Washington Post, à la date du 20 janvier 2020, le compteur de l'ex-président en était déjà à 16.241 "déclarations fausses ou trompeuses depuis son entrée à la Maison-Blanche" trois ans plus tôt. Soit une moyenne record de plus de quatorze fake news par jour. Une stratégie qui ne lui a heureusement pas permis de rempiler mais qui a laissé des traces. Avec d'autres menteurs pathologiques, il a banalisé l'usage massif de la tromperie. Ce qui semblait inacceptable, comme de croire à d'évidentes inepties ou de contredire des vérités établies, est devenu monnaie courante. Dans le brouillard créé par l'avalanche d'intox, le faux a gagné une respectabilité. On en voit les effets jusque dans une nouvelle terminologie, validée par les dictionnaires, qui assume sa duplicité. On ne parle plus de "bobards" ou de "boniments" mais de "post-vérités" ou de "faits alternatifs". Des termes qui ne sont pas neutres puisqu'ils suggèrent littéralement que plusieurs vérités coexistent. Et que toutes se valent. Un boulevard pour les complotistes, pour les démagos, pour les conspirationnistes. On n'est pas entrés pour autant avec Facebook ou Twitter dans une ère généralisée du soupçon qui succéderait à une ère vertueuse de la vérité. Ce serait trop simple. Le mensonge a toujours existé, comme le montre l'expo Fake for Real, une histoire du faux et de la contrefaçon à la Maison de l'Histoire européenne, à Bruxelles. Chacun et chacune le pratique d'ailleurs dès l'âge de deux ou trois ans. Un point commun avec beaucoup d'espèces animales. Il faut juste faire la distinction entre les mensonges prosociaux ou altruistes comme la politesse, qui visent à protéger, à lubrifier les rapports humains, et ceux, nuisibles, qui servent à préserver des intérêts particuliers pas toujours avouables. "Les mensonges de politesse font partie des habiletés sociales indispensables à l'établissement de rapports humains harmonieux", rappelle Xavier Seron, docteur en neuropsychologie dans Mensonges! Une nouvelle approche psychologique et neuroscientifique (Odile Jacob, 2019), cité dans un article récent du Monde. Tout mensonge n'est donc pas immoral. Comme le cholestérol, il faut juste éviter d'accumuler le mauvais. Un régime s'impose donc pour retrouver le sens de la vérité. Cela tombe bien, c'est aussi ce que préconise le docteur Biden.