C'est le genre de nuit qui pourrit toute une vie. Alice, 16 ans, rentre ivre morte accompagnée de deux amis, Richard et Nick. La question à 20 dollars consiste à savoir ce qui s'est réellement passé ce fameux soir: la jeune femme aurait-elle été agressée? Une quinzaine d'années plus tard, la victime, Alice, son amie Haley, transformée en justicière, Richard, l'agresseur présumé d'Alice et son pote Nick, témoin du drame tout aussi présumé, continuent d'être hantés par cette sale soirée. Outre ses allers-retours dans le temps, True Story s'éclate en plusieurs voix et points de vue: des lettres de candidature pour l'université annotées, des e-mails, des extraits d'un scénario écrit par Alice et Haley... Kate Reed Petty signe un premier roman pertinent, audacieux et addictif sur l'Amérique post-#MeToo. Elle était de passage au festival Un Aller et Retour dans le Noir à Pau.
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C'est le genre de nuit qui pourrit toute une vie. Alice, 16 ans, rentre ivre morte accompagnée de deux amis, Richard et Nick. La question à 20 dollars consiste à savoir ce qui s'est réellement passé ce fameux soir: la jeune femme aurait-elle été agressée? Une quinzaine d'années plus tard, la victime, Alice, son amie Haley, transformée en justicière, Richard, l'agresseur présumé d'Alice et son pote Nick, témoin du drame tout aussi présumé, continuent d'être hantés par cette sale soirée. Outre ses allers-retours dans le temps, True Story s'éclate en plusieurs voix et points de vue: des lettres de candidature pour l'université annotées, des e-mails, des extraits d'un scénario écrit par Alice et Haley... Kate Reed Petty signe un premier roman pertinent, audacieux et addictif sur l'Amérique post-#MeToo. Elle était de passage au festival Un Aller et Retour dans le Noir à Pau. Vous concédez volontiers avoir eu l'idée de True Story il y a une dizaine d'années. Quel en a été le déclic? Je voulais écrire une histoire autour d'une agression sexuelle et de la culture du viol. Spécifiquement, sur ceux qui ne prennent pas au sérieux ou doutent de la véracité des témoignages des victimes. Des gens comme le personnage de Nick, par exemple, j'en ai croisé beaucoup sur les campus, et pas que là. C'est le genre de mec qui dégage de mauvaises ondes, avec qui vous n'avez pas grand-chose en commun et qui a des comportements déplacés avec les filles. Comment sont nés les deux personnages féminins, Alice et Haley? Elles ne sont pas inspirées de quelqu'un de précis ou ayant existé. Pour Haley, j'avais en tête une fille qui se préoccupe de la justice sociale et qui est aussi féministe. Elle essaie de faire les choses correctement mais est-ce qu'elle le fait vraiment? Je me suis un peu cachée derrière elle parce que j'espère avec ce roman apporter ma contribution à la cause. Alice, je l'imaginais adolescente avec une énergie incroyable. Elle adore les films, est partante pour tout, mais elle a aussi ses propres traumas qu'elle a parfois du mal à gérer et à affronter. On peut imaginer que vous avez eu beaucoup de réactions féminines aux États-Unis à la sortie de True Story. Des hommes vous ont également fait partager leur retour de lecture? Beaucoup plus que ce que à quoi je pouvais m'attendre, ça m'a vraiment surprise. Bien sûr, il y a eu toute la vague #MeToo mais dans les courriels, c'était surtout des témoignages de personnes qui n'ont jamais dépassé les limites mais qui ont eu des amis impliqués. Certains me demandaient si le personnage de Richard pouvait être pardonné. J'espère en tout cas que la lecture de True Story produira une sorte d'effet miroir, comme une prise de conscience. Vous signez votre premier roman. D'où vient votre intérêt pour la littérature? J'ai grandi à Severna Park, dans la banlieue d'Annapolis, la capitale du Maryland, soit à une demi-heure de Baltimore. Mes parents travaillaient tous les deux à Washington DC et faisaient la navette en train. Je sais qu'en Europe, quand on évoque Baltimore, on pense tout de suite à The Wire mais aussi aux films de John Waters. David Simon, tout comme le réalisateur de Pink Flamingos proposent, certes, un visage différent de Baltimore, mais tout aussi juste et complémentaire. J'étais une enfant assez introvertie. Mon frère et ma soeur sont plus âgés de huit et neuf ans, ce qui était cool parce qu'ils prenaient soin de moi lorsque j'étais petite mais une fois 11-12 ans, c'est comme si j'avais grandi comme fille unique souvent avec un livre entre les mains. Si vous me demandez mon premier choc littéraire, je pense immédiatement à Grace Paley et particulièrement à ses nouvelles (disponibles en français aux éditions Rivages, NDLR). À chaque fois, j'étais bouleversée parce qu'en la lisant, vous avez vraiment l'impression qu'elle vous chuchote une histoire toute simple dans le creux de l'oreille, avec à la fin un twist qui vous laisse sans voix. Après avoir étudié la littérature étrangère aux États-Unis, vous partez en Écosse à l'université de St Andrews pour un master en fiction writing. Vous en revenez "changée"? J'ai beaucoup fantasmé sur ce que pouvait être la vie d'un écrivain. À savoir, passer sa journée à écrire, à réfléchir à une histoire, à construire des personnages, à laisser vagabonder son imagination. Je fantasmais beaucoup plus sur le processus de création parce que ce que je vis depuis la sortie de True Stroy dépasse mes rêves les plus fous. J'étais loin d'imaginer sillonner un jour la France ou me retrouver ici à Pau. À St Andrews, j'ai fait la fête et, si je rentrais à 3 heures du matin, je ne culpabilisais pas. Je m'autorisais à prendre du bon temps. Blague à part, ce que je retiens, c'est surtout un sentiment d'indépendance. Et des sessions d'écriture particulièrement exaltantes.