PHOTOGRAPHE, SCÉNARISTE ET ÉCRIVAIN NÉ EN CÔTE D'IVOIRE EN 1971, GAUZ EST L'AUTEUR DE DEBOUT-PAYÉ. EN SEPTEMBRE, IL PUBLIERA CAMARADE PAPA AUX ÉDITIONS LE NOUVEL ATTILA.
...

Surpris en flagrant délit de dérêve par un commando formé par des agents de la DREAM (Département Reprogrammation et Exécution des Anarchistes Mentaux), un individu est arrêté dans la zone rouge du supercalculateur Kampala. Le sujet se rend sans opposer de résistance physique et est immédiatement téléporté aux services de la BD, la Brigade Déstupéfiante. Le sujet est un dérêveur de la classe S immatriculée 2385. Comme prévu par les articles 15alpha et 17gamma du Code de procédure de décontamination mentale, le sujet est placé en observation dans la salle d'intrusion. Sous la surveillance de l'inspecteur général Iboga, il est procédé à une intrusion dans son système onirique après injection de tétraline 200. Écrans noirs: le sujet ne montre toujours aucun signe d'activité onirique. Il oppose une forte résistance mentale à l'intrusion. Le désanesthésieur en chef pense que l'attitude du sujet a pu être facilitée par l'injection d'une substance bêtabloquante dans les instants précédant son interpellation. Les tests toxicologiques sont négatifs. Constantes vitales normales, activité onirique zéro. Doublement de la dose de tétraline. La tétraline n'a toujours pas produit d'effet primaire sur le sujet. Par contre, des effets secondaires caractérisés par une tétanie des muscles sont observés. En plus du priapisme habituel, on constate une raideur du majeur droit tendu au-dessus du poing fermé. Le sujet, toujours en résistance, ne livre aucune image aux moniteurs d'intrusion. Sur les ordres de l'inspecteur général Iboga, nous lançons au TGI (Très Grand Inquisiteur) la demande de décalotage. Pendant la procédure, l'inspecteur général Iboga se prend dans l'oeil droit le majeur du sujet après avoir glissé sur un objet plastique non identifié visiblement tombé des vêtements du sujet. L'objet à l'origine de la malencontreuse chute du fonctionnaire est envoyé au laboratoire d'identification. Avec un bandage sommaire sur le visage lui donnant l'aspect d'un pirate du millénaire dernier, l'inspecteur général Iboga signe le formulaire CIV-OTP 16 autorisant un décalotage létal du sujet à cause du danger qu'il présente pour la sûreté de la station. Le rapport du laboratoire d'identification est envoyé par transfert quantique sécurisé. L'objet est reconnu comme un crypto-périphérique appelé "Clé USB" en usage au milieu du millénaire passé pour sauvegarder des données dites informatiques. Seule la rébellion des dérêveurs possède encore des terminaux d'ordinateurs numériques sur lesquels fonctionne ce genre d'objet. Cela confirme les lourdes présomptions d'appartenance du sujet à cette bande de séditieux qui veut renverser notre multiséculaire pouvoir de paix établi en extirpant de toutes les consciences les rêves, les désirs cachés et autres archaïsmes qui ont failli mener l'inhumanité à sa perte. Décalotage létal interrompu quelques secondes avant intervention de la scie circulaire : le moniteur d'intrusion onirique présente une image fixe. - C'est tout?- Oui c'est tout, mon fils. Cette photo est le dernier élément du dernier rapport retrouvé dans les vestiges de la station qui est à l'origine de la Nouvelle Commune. On sait très peu de choses sur les événements qui ont suivi, mais on est sûrs que le Grand Bogue a été provoqué par une séquence numérique introduite dans le système lorsque le service d'identification testait la "Clé USB".- Mais comment une simple séquence numérique de la préhistoire a pu flouer tous les ordinateurs quantiques?- On n'a aucune réponse claire à ce sujet, fiston.- Quelle est la vraie identité du dérêveur classe S 2385?- On garde le secret. Il s'est échappé dans la confusion et les scènes de chaos qui ont suivi le Grand Bogue. Il est représenté sans visage pour passer le message que chacun de nous peut être celui par qui viendra la révolution.- Et l'image?- Personne ne sait. L'université a cessé les recherches à ce sujet. Aujourd'hui, on garde le symbole fort que notre monde a été créé d'une image.L'homme et son fils sont restés à contempler le grand tableau jusqu'à ce que la vieille cloche de bronze sonne la fin des visites au musée des civilisations anciennes.