Quand Oscar Wilde déclara un jour qu'il ne faut pas se fier aux apparences, il pensait surtout aux gens qui ne sont pas aussi sots qu'ils en ont l'air. La célèbre quote de l'écrivain et poète irlandais peut se décliner et s'appliquer à La Femme au manteau bleu, le nouveau polar de Deon Meyer, qui figure aux côtés de Michael Connelly ou de Jo Nesbø dans le top des auteurs de romans noirs les plus lus et les plus appréciés dans le monde. Pour en revenir à cette crème d'homme qu'est Deon Meyer -deux e-mails en direct et l'entretien Skype est calé-, La Femme au manteau bleu a de quoi surprendre les fans de l'auteur du récent et foudroyant La Proie, qui ressort en poche chez Folio/Policier.
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Quand Oscar Wilde déclara un jour qu'il ne faut pas se fier aux apparences, il pensait surtout aux gens qui ne sont pas aussi sots qu'ils en ont l'air. La célèbre quote de l'écrivain et poète irlandais peut se décliner et s'appliquer à La Femme au manteau bleu, le nouveau polar de Deon Meyer, qui figure aux côtés de Michael Connelly ou de Jo Nesbø dans le top des auteurs de romans noirs les plus lus et les plus appréciés dans le monde. Pour en revenir à cette crème d'homme qu'est Deon Meyer -deux e-mails en direct et l'entretien Skype est calé-, La Femme au manteau bleu a de quoi surprendre les fans de l'auteur du récent et foudroyant La Proie, qui ressort en poche chez Folio/Policier. Habitué à nous offrir des pavés qui tournent généralement autour des 500 pages, La Femme au manteau bleu s'achève à la 192e. Est-ce que ça en fait un roman inférieur au prémonitoire L'Année du lion, où le Sud-Africain imaginait en 2016 une humanité décimée à 95% par le coronavirus? Loin de là. Différent dans la forme et dans le fond. Et cela pour une seule et simple raison. Ce treizième roman de Deon Meyer a été écrit en 2017 exclusivement pour la Boekenweek organisée par le CPNB (Collectieve Propaganda van het Nederlandse Boek), une organisation caritative qui promeut la littérature néerlandaise. Chaque année, et ce depuis 1932, l'organisation sollicite un auteur étranger (Salman Rushdie, Hugo Claus...) pour une oeuvre inédite tirée à 4.000 exemplaires et offerte gratuitement en guise de cadeau à celles et ceux qui dévalisent les librairies lors de cette fameuse Boekenweek de mars. Pour l'affable Deon Meyer, qui nous répond face caméra depuis son bureau de Stellenbosch (la région viticole des environs du Cap) le challenge est multiple. "C'est d'abord un grand honneur et surtout une opportunité de toucher un lectorat qui, à 80%, ne me connaît pas. Ensuite, l'exercice est intéressant pour l'écrivain que je suis parce que la consigne est stricte et ça m'oblige à sortir de ma zone de confort. Il faut se limiter à un nombre de mots précis. Ce qui équivaut à une novela, un récit entre la nouvelle et le roman. Comme la majorité des gens ne me connaissent pas et que l'histoire est courte, je ne dois pas traîner pour installer l'intrigue. J'ai repris Benny Griessel et Vaughn Cupido, mon tandem de la brigade des Hawks. Et l'intrigue est classique: la découverte du corps d'une femme dont on apprend qu'elle est experte en peinture hollandaise du XVIIe siècle. Il me fallait évidemment tisser un lien avec les Pays-Bas et cette période qui coïncide avec l'âge d'or de la peinture hollandaise et l'arrivée des colons en Afrique du Sud." Benny Griessel et Vaughn Cupido se retrouvent bien démunis face à ce corps nu et lavé à l'eau de javel sur un muret en pleine pampa à une soixantaine de kilomètres du Cap. Qu'est venue faire cette Américaine en Afrique du Sud? Comme La Femme au manteau bleu démarre -et s'achève- à Delft, la ville de Carel Fabritius, l'élève de Rembrandt, on devine assez rapidement que l'intrigue tournera autour d'un tableau du peintre du fameux Le Chardonneret, popularisé par le roman éponyme de Donna Tartt, et dont l'atelier a été détruit lors de l'explosion de la poudrière de Delft le 12 octobre 1654. Deon Meyer nous emmène pied au plancher dans cette chasse au trésor sud-africaine avec une écriture frénétique générée par le format de cette novela, et cela n'en est que plus jouissif. Rencontrer, même virtuellement, un auteur de la trempe de Meyer, c'est aussi évoquer son Afrique du Sud -il écrit toujours en afrikaans- et le plus récent La Proie, où l'écrivain de 63 ans imagine avec une intrigue machiavélique et vertigineuse l'assassinat de son président. Deon avoue que la présidence de Jacob Zuma (de 2009 à 2018), pourtant figure de la lutte anti-apartheid aux côtés de Nelson Mandela, l'a mis en colère. "J'étais plus calme une fois le roman achevé, sourit Deon. Je me considère comme un patriote. J'adore profondément l'Afrique du Sud. Il n'y a rien que j'ai détesté plus que l'apartheid et vivre la libération de Mandela et l'instauration de la démocratie dans mon pays est l'une des plus belles choses qui me soient arrivées dans la vie. J'ai mis beaucoup d'énergie et de temps à aider à la construction de ce nouveau pays parce que je croyais au rêve de Mandela et j'ai travaillé dans ce sens. Arrive Zuma qui détruit son économie et le corrompt. La plupart des Sud-Africains lui étaient opposés (Zuma est aujourd'hui incarcéré, NDLR)." Insatiable et intarissable sur le sujet, Deon Meyer reprend: "Je ne peux pas échapper à l'Afrique du Sud, c'est impossible. J'essaie d'être honnête envers mes personnages et à ce qu'ils véhiculent comme idéologie, mais c'est cause perdue de ne pas être influencé par l'Histoire de mon peuple. Ma responsabilité est de ne pas laisser ma propre idéologie prendre le pas sur mes personnages et sur l'histoire. Si j'écris en afrikaans, c'est parce que c'est ma langue maternelle et parce que j'ai des fidèles aficionados afrikaners. C'est ma contribution pour garder cette langue vivante." Noble cause s'il en est.