En automne, saison des prix littéraires oblige, ils sont nombreux à n'avoir que lui à la bouche. Le reste de l'année, votre libraire de quartier ou son équivalent cathodique vous garantiront qu'il vous est aussi bénéfique que les vitamines. Mais cet allié qui vous voit en pyjama, vous console et vous fournit un sésame vers des mondes luxuriants a-t-il pour autant une santé de fer? Qu'est-ce qui détermine sa présence dans vos étagères? Plutôt thriller, bande dessinée ou exofiction? Et le numérique, ça vous chatouille ou ça vous gratouille? Et quid du livre audio? Autant de grain à moudre au programme de la Foire du livre de Bruxelles (voir encadré ci-dessous).
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En automne, saison des prix littéraires oblige, ils sont nombreux à n'avoir que lui à la bouche. Le reste de l'année, votre libraire de quartier ou son équivalent cathodique vous garantiront qu'il vous est aussi bénéfique que les vitamines. Mais cet allié qui vous voit en pyjama, vous console et vous fournit un sésame vers des mondes luxuriants a-t-il pour autant une santé de fer? Qu'est-ce qui détermine sa présence dans vos étagères? Plutôt thriller, bande dessinée ou exofiction? Et le numérique, ça vous chatouille ou ça vous gratouille? Et quid du livre audio? Autant de grain à moudre au programme de la Foire du livre de Bruxelles (voir encadré ci-dessous).2018 risque de constituer une véritable année charnière pour le secteur en Belgique. Voilà 35 ans que le syndicat des libraires francophones de Belgique se bat pour un projet de protection culturelle du livre. Le décret, porté par la ministre de la Culture Alda Greoli (CDH), a enfin été adopté: adieu tabelle (cette disparité archaïque de coût entre France et Belgique, abolie d'ici à quatre ans) et vive le prix unique, où que vous achetiez votre dose de frisson avec Camilla Läckberg! A prix (bientôt) unique, fournisseurs variés: si nos compatriotes se rendent encore en magasin et ressortent avec un panier moyen de 29 euros (environ le prix d'un poche et d'un grand format), 45% des lecteurs acquièrent aussi des ouvrages en ligne (9% de plus qu'en 2015). Près de la moitié du chiffre d'affaires des ventes physiques se concrétise encore dans les librairies spécialisées, mais acheter un Douglas Kennedy, le dernier Jean Teulé ou un livre politique en vogue est de moins en moins rare en relais presse (9,4% du chiffre d'affaires total, soit une augmentation de près de 7%). Dans les grandes surfaces, en revanche, c'est davantage la débâcle. Au vu de ces premières tendances, on pourrait croire que le patient-livre tire parfois la langue mais n'a pas le teint si pâle. Depuis 2010, le marché du livre de langue française poursuit pourtant bel et bien chez nous sa décroissance. En 2016, il représentait 240 millions d'euros, répartis entre 26% de parts de marché pour les éditeurs belges (avec une diminution de 1,5%) et 74% pour les éditeurs étrangers. Malgré une légère baisse, un des secteurs qui demeurent les plus porteurs dans notre production locale est la bande dessinée. Pas vraiment surprenant au pays d'origine de la ligne claire, de Dargaud ou de Gaston... S'alignent aussi, bons élèves, les livres de sciences humaines et les ouvrages scientifiques, les livres scolaires et les livres juridiques. Les maisons étrangères, majoritairement françaises, se taillent, quant à elles, évidemment la part du lion en littérature générale, en beaux-arts et en ouvrages pratiques. Qu'est-ce qui fait que l'on adopte un livre plutôt qu'un autre? La réputation d'une maison d'édition, ou bien la force de frappe d'une couverture illustrée? A ce que vous en dévoileront les chroniqueurs de La Grande Libraire ou les suppléments littéraires? Ne nous leurrons pas: si la médiatisation d'un auteur dans un cadre dédié joue clairement un rôle sur nos goûts, le silence qui l'entoure (le mystère planant sur l'identité d'Elena Ferrante ou, en son temps, la retraite de J. D. Salinger) ou, au contraire, sa proximité avec son lectorat (les très populaires Gilles Legardinier ou Michel Bussi) pèsent parfois davantage dans la balance que certains conseils de spécialistes. Un coup d'oeil au top 10 des meilleures ventes des auteurs français en 2017 recensé par GFK- Figaro le montre : le grand public snobe dernièrement quelques-uns de ses habituels chouchous (y compris Marc Levy, récemment destitué du top 3) pour élire des inconnues au sérail littéraire (Raphaëlle Giordano, issue du développement personnel; Aurélie Valognes et Agnès Martin-Lugand, phénomènes de l'autoédition). La balise solide du polar (et des mauvais genres) se maintient toutefois avec Fred Vargas ou Frank Thilliez, et du côté des best-sellers étrangers, Harlan Coben ou Stephen King n'ont guère de souci à se faire. Il faut attendre la 11e place pour voir surgir Virginie Despentes et un auteur "GalliGrasSeuil" (du nom des trois éditeurs parisiens les plus en vue). Les blogueurs ou blogueuses (littéraires mais aussi lifestyle) et les communautés d'e-lecteurs (Babelio, mais aussi Booknode) sont-ils en train de remporter la bataille de la prescription? On en viendrait à se dire que la mythologie de la littérature est définitivement révolue, et que pour marquer les esprits, désormais, le style compte moins que la main posée sur l'épaule... Penchons-nous à présent sur le livre numérique, cet animal hybride qui filerait la frousse au papier. Comment se porte-t-il en Belgique? A la suite d'une enquête annuelle confiée à Ipsos pour la cinquième année par l'Adeb (Association des éditeurs belges), il ressort qu'en 2017, sur un échantillon de 1.000 personnes de 15 ans et plus (et parmi les répondants qui se disent lecteurs), quatre personnes sur dix lisent à la fois en format papier et numérique. Les 23% qui lisent exclusivement en imprimé envisagent de se mettre à la tablette ou à la liseuse à l'avenir. Quel que soit le support, c'est la lecture-loisir (surtout la littérature générale et policière) qui remporte les suffrages, mais les usagers des tablettes sont bien plus nombreux (51 contre 42%) à lire pour des raisons professionnelles. En pages ou en data, ce sont de nouveau les recommandations informelles prodiguées par les amis ou la famille qui gardent la cote quand il s'agit de faire son choix parmi l'abondance de titres. Avant de télécharger un ouvrage, certains e-lecteurs se fient malgré tout aux avis des librairies en ligne ou aux moteurs de recherche. A noter également sans surprise que cette année, 63% des achats numériques des sondés ont été réalisés sur le géant Amazon. De nouvelles dimensions au plaisir de la lecture seraient-elles la solution pour éveiller l'intérêt? Aux Etats-Unis, le boom du livre audio est désormais acté: c'est la troisième année consécutive que les ventes augmentent d'environ 20%. Les non-lecteurs seraient séduits par le format, par la possibilité de s'activer à une autre tâche tout en profitant d'embarquer, mais plus passivement, dans un univers. En France, la question interpelle autant la profession que les start-up en quête d'innovation (Chaï et son application qui propose au lecteur d'un livre papier de passer à la version audio quand il le souhaite; Sonobook et ses audiolivres sur clés USB; Audiopicture et ses adaptations sonores de bande dessinée). Une récente enquête du Syndicat national de l'édition, "Les Français et les livres audio", fait le point sur les pratiques: si 82% des adultes sondés n'ont jamais testé cette production, 14% d'entre eux se déclarent intéressés par l'expérience. Chez nous, le format n'atteint pas encore des pics considérables. Nous comptons pourtant une société belge pionnière en la matière (autrement dit, présente dès 1999) et des infrastructures parfaitement équipées pour la production. Le studio 5sur5, relais technique belge d'Audiolib, vient d'ailleurs de finaliser avec le comédien Thierry Janssen la première version lue du Seigneur des Anneaux: une balise de poids pour les 10 ans de la maison! Des prix jugés encore trop élevés et une méconnaissance de l'offre expliquent peut-être encore la frilosité des lecteurs belges. Avec le vif intérêt constaté aussi pour les podcasts, et les barrières que la technologie repousse sans céder sur la qualité de l'objet, on peut imaginer que tendre le pavillon vers la page deviendra bientôt un plaisir récurrent.