Du 06 au 09/09.
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Indéniablement le Brussels Gallery Weekend est devenu l'événement qui marque le retour aux affaires visuelles. Au programme (béton), une cinquantaine de lieux -galeries, musées et project spaces- à visiter à pied, à vélo (partenariat avec Villo) ou en navette... À vous de biffer la mention inutile. Bien vu, le panachage intelligent de galeries n'ayant plus rien à prouver et d'endroits émergents. À ne pas manquer: l'exposition Generation Brussels, à l'espace Vanderborght, qui mettra la jeune création locale à l'honneur. Peut-être est-ce un signe tangible de la montée en puissance du dessin, médium perçu comme proche et accessible par le grand public: la quatrième édition d'Art on Paper, dont le sous-titre est "The Brussels Contemporary Drawing Fair", double de volume. Pour rappel, l'événement s'affiche depuis le début dans un format -"un stand, une galerie, un artiste"- éminemment lisible. On ne peut que louer cette volonté de clarification qui aide à rendre compte de la diversité des approches du genre. Au menu de l'édition 2018, on trouve une programmation percutante qui, durant cinq jours (le mercredi est réservé aux VIP), fait place à 50 galeries belges et internationales. Parmi les nouveautés, Marie Cantos, la nouvelle directrice artistique, pointe un rapprochement audacieux: "Nous ferons entendre le rapport du dessin au son, à la musique expérimentale, à la matérialité physique de l'univers sonore, à la trace du son sur un support". Côté "not to be missed", on conseille d'être attentif aux oeuvres foisonnantes d'un Steven Baelen (1981, Roeselare), artiste belge présenté par la galerie Levy.Delval. Idem pour les Italiens de Montoro12 qui, après lui avoir dédié un solo show, mettent Serena Fineschi à l'honneur. On aime ses compositions qui respirent les lendemains de fête douloureux. Ainsi des fleurs écrasées qui croisent chewing-gums dûment mâchés et autres taches suspectes dont l'assemblage n'est pas sans rappeler l'univers d'un Cy Twombly.L'utopie? Un sujet qui a fait rêver mais aussi cauchemarder plus d'un littérateur -on pense au Nous autres de Zamiatine ou à Karel Capek et sa fameuse Guerre des salamandres. Fort d'une expérience politique marquante, la plasticien chilien Ivan Navarro -qui réside à New York depuis plus de 20 ans- investit la galerie Daniel Templon le temps d'une exposition s'attelant à déconstruire cette notion ambiguë. À coups de sculptures électriques et d'objets détournés -échelles, barrières, miroirs et puits-, l'intéressé montre comment l'utopie est aujourd'hui mise en scène, bradée. Au centre de l'événement, on note un percutant totem lumineux dont on ne sait pas exactement s'il augure un espace préservé ou s'il est cet angoissant point de vue panoptique sur le monde que s'est employé à décrire Michel Foucault. Comment faire face à la mort, à l'éphémère et à la vulnérabilité? Que signifie être humain? Quelle est cette violence qui constitue notre humanité? Autant de questions que suscite l'oeuvre hyperréaliste de Cindy Wright. Ses toiles virtuoses qui s'inscrivent dans la tradition des "vanitas", ces natures mortes méditatives, donnent à voir un bestiaire éminemment symptomatique. Le tout souligné par une bande-son, un "paysage sonore" devrait-on écrire, du compositeur et joueur de luth néerlandais Jozef van Wissem."Depuis un certain temps déjà, ma curiosité me pousse vers la Corne de l'Afrique. Cette Afrique n'est ni charmante ni accueillante, au sens où on l'entend communément. C'est un paysage brut et puissant qui s'étend autour de la vallée du Rift, une terre volcanique, ce n'est pas l'Éden et encore moins le paradis." Telle est la note d'intention alléchante livrée par le photographe Thomas Chable, qui débarque chez Contretype avec une sélection de photographies prises en Éthiopie durant les dix dernières années. Il n'est pas interdit d'imaginer que c'est la colère destructrice qui a était le carburant de l'oeuvre de Niki de Saint-Phalle. On pense à ses fameux Tirs, sortes de "meurtres sans victime" qui résultaient de tirs de carabine dans des pots de peinture giclant sur une couche de plâtre immaculée. Envie d'en savoir plus sur la puissance cathartique de la création chez cette plasticienne disparue en 2002? Le BAM lui dédie sa première grande rétrospective en Belgique: plus de 140 oeuvres présentées sur deux étages retracent chronologiquement son parcours artistique. Plus un doute à avoir là-dessus, la Fondation CAB compte parmi les adresses bruxelloises dont il ne faut rater la programmation sous aucun prétexte. Sceptique? La nouvelle exposition consacrée à l'artiste britannique Richard Long devrait dérider les plus rétifs à explorer de nouvelles crèmeries visuelles. Pour cause, à Bruxelles, l'événement est le premier depuis... 40 ans à se consacrer à cette pointure de l'art contemporain. Outre une sélection de pièces majeures, textes et photographies, Along the Way fera place à une nouvelle oeuvre spécialement conçue pour l'occasion et réalisée in situ. Celle-ci occupera le centre du show. Le pitch? Un cercle de pierres blanches s'inscrivant dans la lignée d'une pratique minimaliste et conceptuelle qui refuse les petits accommodements avec le marché de l'art actuel.Figure culte de la création du siècle précédent, Chris Marker a touché à tout: écriture, cinéma, photographie, multimédia, musique... Un tel paysage méritait une exposition à la hauteur de l'ambition à l'oeuvre. On doit Memories of the Future à la Cinémathèque française, qui a rassemblé plus de 500 livres, documents, archives et films témoignant d'un homme parmi les derniers à oser le "grand rêve encyclopédique de la culture occidentale". Une précieuse étincelle juste avant la nuit post-moderne. On ne pourra pas dire que la résistance ne se sera pas organisée en 2018. Cinquante ans après Mai 68, de nombreuses institutions se sont appliquées à souffler sur les braises de ce qu'il reste d'activisme politique. Avec plus ou moins d'opportunisme. Ayant l'engagement inscrit dans son ADN, le BPS22 ajoute sa voix au choeur contestataire en donnant à voir la collection privée a/political. Basée à Londres, ce corpus d'oeuvres est centré sur les plasticiens ayant à coeur les grandes questions sociales. L'occasion d'y croiser quelques signatures essentielles: Kendell Geers, Nancy Spero ou Andrei Molodkin. Peintre et graveur belge, Kurt Peiser a signé une oeuvre fascinante faisant revivre un monde disparu, celui des premières décennies du XXe siècle. Ses images se retrouvent dans les collections de plusieurs musées à l'étranger (Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, British Museum...). Un peu oublié, il est actuellement remis à l'honneur le temps de deux expositions, l'une à Anvers, l'autre à Bruxelles (Uccle). Notre choix? Direction la ville sur l'Escaut où le Museum De Reede donne à voir 40 gravures aux côtés d'une collection permanente rassemblant des oeuvres de Rops, Goya et Munch.