Le temps vient à bout de toute chose. A l'échelle d'une vie humaine, la volonté d'un seul peut parfois se dresser tel un barrage contre les épuisantes marées de l'usure ou celles, plus capricieuses, du goût du jour. Trempés dans l'airain, ces individus-là sont perçus comme profondément inactuels, une notion qu'il n'est pas interdit de considérer comme une vertu cardinale depuis les écrits du philosophe Friedrich Nietzsche. Marqué par des pointures comme Giorgio Morandi, Paul Klee ou Ben Nicholson, Léon Wuidar (Liège, 1938) appartient au cénacle des hommes rivés à la cohérence. Dès 1963, ce peintre liégeois opte pour l'abstraction concrète. Concrète? Si ses tableaux ne sont en rien figuratifs au sens le plus étroit du terme, il faut se rappeler que "Rien n'est plus concret, plus réel qu'une ligne, qu'une couleur, qu'une surface", comme l'écrivait Théo van Doesburg, fondateur et rédacteur de la revue De Stijl. Plus de cinquante ans plus tard, ce cap géométrique harmonieux est plus que jamais celui de Wuidar, soit un "agencement drastique de formes, de lignes et de couleurs en aplats". Au fil de sa carrière, il a multiplié les renouvellements, parfois ténus, parfois manifestes (ainsi des tableaux qui révèlent/dissimulent des mots), mais toujours subtils, sans dévier de la ligne qui est la sienne. Qu'une galerie en vue - celle, bruxelloise, de Rodolphe Janssen (1) - lui consa...