Pas n'importe où à Minneapolis d'ailleurs. Les violences policières se concentrent le plus souvent à la lisière entre quartiers blancs et noirs, matérialisant le ségrégationnisme géographique et social à l'oeuvre aux États-Unis, qui n'est lui-même que la traduction dans l'espace du racisme persistant gangrénant la société américaine. Un racisme que ni deux mandats successifs à la présidence d'un métis ni le contingent de sportifs et d'artistes africains-américains célébrés aux quatre coins du monde, de Michael Jordan à Beyoncé en passant par Michael Jackson, n'ont permis d'endiguer. "Le coin de rue où est mort M. Floyd constitue une frontière invisible destinée à filtrer les Africains-Américains", faisait ainsi remarquer le professeur de droits civiques Myron Orfield dans les colonnes du New York Times.

On n'a pas fini de tirer les leçons de l'exécution de George Floyd.

Si ce meurtre a provoqué une onde de choc à travers la planète, c'est aussi parce qu'il expie certains doux rêves dont on se berçait naïvement. À commencer par celui de l'avènement d'une société post-coloniale apaisée. Bien sûr, le multiculturalisme est une réalité dans les grandes villes, mais outre qu'il n'est admis et encouragé que par une minorité d'individus "éclairés", cette modeste concrétisation d'un principe pourtant inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen -"Tous les hommes naissent libres et égaux en droit"- a suffi à provoquer une puissante réaction inflammatoire, libérant à grande échelle le poison de l'intolérance. Ce qui s'est traduit par l'élection sur tous les continents de présidents populistes exécrant la diversité et chérissant le fantasme d'une pureté en danger.

"La société américaine est encore très ségréguée, regrettait l'écrivain Russell Banks dans la revue America. Par conséquent elle n'est pas normalisée. La plupart des jeunes Blancs américains ne jouent pas avec les jeunes Noirs américains, et cela dès les plus petites classes dans les écoles publiques." Le documentaire consacré à Colin Kaepernick, à voir sur Netflix, illustre ce qu'il faut bien appeler un racisme structurel. La carrière du footballeur américain a été brisée net le jour où, en 2016, il a osé défier l'ordre établi, c'est-à-dire blanc, en posant un genou à terre lors de l'hymne national pour dénoncer les violences policières. Son talent et sa notoriété ne l'ont pas immunisé contre un assassinat professionnel. Le quarterback a été rapidement black-listé par les clubs de la NFL et même traité de "fils de pute" par un certain Trump. Un déclassement brutal qui fait écho au sort réservé aux deux sprinteurs qui avaient levé un poing ganté aux JO de 1968 à Mexico en soutien au mouvement des Black Panthers, radiés à vie des compétitions dans la foulée. Comme si ces sportifs n'avaient pas le droit d'avoir une conscience politique. Et même une conscience tout court. Et qu'ils pouvaient déjà s'estimer heureux, en tant que Noirs, de pratiquer un sport et de représenter leur pays.

Depuis plus d'un siècle, les artistes, de couleur ou non, dénoncent pourtant les persécutions. En chansons (Billie Holiday, NWA, Public Enemy...), en mots (James Baldwin, Percival Everett, Toni Morrison...), en images (Alan Parker, Ava DuVernay, Steve McQueen...). L'art qui fait d'ordinaire bouger les lignes a échoué à dissoudre cette tumeur. Peut-être parce que beaucoup de gens bien intentionnés n'ont même pas conscience de participer à la perpétuation d'un modèle fait par et pour les Blancs. Alors que comme le clame la journaliste Reni Eddo-Lodge dans un essai, Le racisme est un problème de Blancs. Sans remise en question des privilèges dont ces derniers héritent "naturellement", il faut s'attendre à voir mourir d'autres George Floyd.

L'enjeu n'est pas que symbolique, ou de mettre enfin les gestes en adéquation avec les paroles. Le risque c'est de voir des minorités, lassées de frapper à la porte d'un humanisme qui n'en finit pas de se dérober, se radicaliser et embras(s)er un communautarisme qui les privera certes de banquet mais leur rendra au moins un peu de fierté. Un spectre qui s'invite déjà dans le débat sur la légitimité des Blancs à s'exprimer, dans l'art ou sur les plateaux de télé, au nom de la communauté noire, sous prétexte qu'il leur manque l'expérience du racisme, de l'assignation et de l'invisibilité. Personne n'aurait pourtant à gagner à ces divisions. Sauf bien sûr les semeurs de haine...

Pas n'importe où à Minneapolis d'ailleurs. Les violences policières se concentrent le plus souvent à la lisière entre quartiers blancs et noirs, matérialisant le ségrégationnisme géographique et social à l'oeuvre aux États-Unis, qui n'est lui-même que la traduction dans l'espace du racisme persistant gangrénant la société américaine. Un racisme que ni deux mandats successifs à la présidence d'un métis ni le contingent de sportifs et d'artistes africains-américains célébrés aux quatre coins du monde, de Michael Jordan à Beyoncé en passant par Michael Jackson, n'ont permis d'endiguer. "Le coin de rue où est mort M. Floyd constitue une frontière invisible destinée à filtrer les Africains-Américains", faisait ainsi remarquer le professeur de droits civiques Myron Orfield dans les colonnes du New York Times. Si ce meurtre a provoqué une onde de choc à travers la planète, c'est aussi parce qu'il expie certains doux rêves dont on se berçait naïvement. À commencer par celui de l'avènement d'une société post-coloniale apaisée. Bien sûr, le multiculturalisme est une réalité dans les grandes villes, mais outre qu'il n'est admis et encouragé que par une minorité d'individus "éclairés", cette modeste concrétisation d'un principe pourtant inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen -"Tous les hommes naissent libres et égaux en droit"- a suffi à provoquer une puissante réaction inflammatoire, libérant à grande échelle le poison de l'intolérance. Ce qui s'est traduit par l'élection sur tous les continents de présidents populistes exécrant la diversité et chérissant le fantasme d'une pureté en danger. "La société américaine est encore très ségréguée, regrettait l'écrivain Russell Banks dans la revue America. Par conséquent elle n'est pas normalisée. La plupart des jeunes Blancs américains ne jouent pas avec les jeunes Noirs américains, et cela dès les plus petites classes dans les écoles publiques." Le documentaire consacré à Colin Kaepernick, à voir sur Netflix, illustre ce qu'il faut bien appeler un racisme structurel. La carrière du footballeur américain a été brisée net le jour où, en 2016, il a osé défier l'ordre établi, c'est-à-dire blanc, en posant un genou à terre lors de l'hymne national pour dénoncer les violences policières. Son talent et sa notoriété ne l'ont pas immunisé contre un assassinat professionnel. Le quarterback a été rapidement black-listé par les clubs de la NFL et même traité de "fils de pute" par un certain Trump. Un déclassement brutal qui fait écho au sort réservé aux deux sprinteurs qui avaient levé un poing ganté aux JO de 1968 à Mexico en soutien au mouvement des Black Panthers, radiés à vie des compétitions dans la foulée. Comme si ces sportifs n'avaient pas le droit d'avoir une conscience politique. Et même une conscience tout court. Et qu'ils pouvaient déjà s'estimer heureux, en tant que Noirs, de pratiquer un sport et de représenter leur pays. Depuis plus d'un siècle, les artistes, de couleur ou non, dénoncent pourtant les persécutions. En chansons (Billie Holiday, NWA, Public Enemy...), en mots (James Baldwin, Percival Everett, Toni Morrison...), en images (Alan Parker, Ava DuVernay, Steve McQueen...). L'art qui fait d'ordinaire bouger les lignes a échoué à dissoudre cette tumeur. Peut-être parce que beaucoup de gens bien intentionnés n'ont même pas conscience de participer à la perpétuation d'un modèle fait par et pour les Blancs. Alors que comme le clame la journaliste Reni Eddo-Lodge dans un essai, Le racisme est un problème de Blancs. Sans remise en question des privilèges dont ces derniers héritent "naturellement", il faut s'attendre à voir mourir d'autres George Floyd. L'enjeu n'est pas que symbolique, ou de mettre enfin les gestes en adéquation avec les paroles. Le risque c'est de voir des minorités, lassées de frapper à la porte d'un humanisme qui n'en finit pas de se dérober, se radicaliser et embras(s)er un communautarisme qui les privera certes de banquet mais leur rendra au moins un peu de fierté. Un spectre qui s'invite déjà dans le débat sur la légitimité des Blancs à s'exprimer, dans l'art ou sur les plateaux de télé, au nom de la communauté noire, sous prétexte qu'il leur manque l'expérience du racisme, de l'assignation et de l'invisibilité. Personne n'aurait pourtant à gagner à ces divisions. Sauf bien sûr les semeurs de haine...