Janvier

Il y a un truc qui me turlupine en sortant de The Revenant, avec Leonardo DiCaprio qui a vu l'ours qui a vu l'ours. En soi, le film vaut ce qu'il vaut et pour ma part, je pense qu'on est plus proche du clip d'INXS tourné par Russell Mulcahy que du délire animiste et brutal à la Werner Herzog. Mais ce n'est pas ça qui me tracasse, c'est le révisionnisme hollywoodien. The Revenant est basé sur une histoire vraie. Un trappeur sévèrement blessé par un ours a été abandonné par sa team en forêt, a décidé de ne pas se laisser mourir, est parvenu à ramper sur des centaines de kilomètres pour rentrer chez lui et a survécu. Il n'a jamais cherché à se venger, il n'a jamais eu de fils tué par les types l'ayant abandonné et, au bout du compte, ils sont même tous restés bons copains. Mieux: les gars présentés comme de fieffés salopards dans le film sont en fait eux-mêmes des héros nationaux de l'histoire américaine. Autrement dit, The Revenant (et le best-seller dont il s'inspire) charcute une histoire vraie assez humainement sympathique, collective et inspirante, de surcroît jadis apprise à l'école US, pour la faire entrer dans un canevas plus moderne, simpliste, revanchard, individualiste, anti-ours, sadique et, oui, complètement révisionniste. Et comme on a besoin de "méchants" pour que ça fonctionne, on a transformé deux zigues oubliés de tous et qui n'ont franchement rien fait de mal en gros pourris. Bref, on dirait du François Fillon qui raconte les colonies.

Février

Avez-vous remarqué que le vocabulaire utilisé dans les critiques musicales redevient de plus en plus ramenard, carrément même au-delà du simplement prétentieux? L'album de Kanye West sort et Libération introduit dans l'article qui en vante les mérites des mots comme "dérapage démiurgique", "tintamaresque", "polysémie" et "prolégomènes". Je ne suis pas très client des chroniques musicales écrites en Jérôme Colin ou "à la Vice" mais de là à parler de rap de façon aussi abracadabrantesque, il y a de la marge. Or, ça a vraiment été une tendance lourde, cette année, et pas que dans Libé. Cette fois, ça n'a pas non plus l'air de simplement tenir de la vieille blague entre journalistes ("je te parie un Starbuck au potiron que je place "prolégomènes" dans ma chronique sur Kanye"). Un bon sujet de tir au gros pour 2017, tiens.

Mars

Sans aucun doute pour très longtemps encore, c'est le mois dont personne ne veut se souvenir en Belgique. On ne saura donc jamais à combien de blagues sur le rap de Samy Naceri on a échappé grâce aux attentats de Bruxelles et Zaventem.

Avril

J'ai à peine fini Spotlight, un film qui semble n'avoir été monté que pour rassurer les journalistes qu'ils restent un pilier essentiel de la démocratie que je tombe sur cette nouvelle hallucinante: le CDJ constate que le site Nordpresse n'est pas du journalisme. Ceci n'est pas un poisson d'avril. Le Conseil de déontologie journalistique a vraiment pris sur son temps de belote pour étudier le dossier Nordpresse. En moins de 2 secondes, il saute aux yeux de n'importe qui que Nordpresse tient très simplement de la couillonnade potache mais non, le CDJ, tel Mark Ruffalo allant chicaner l'Archevêché de Boston, a pris la peine de contacter Vincent Flibustier, le taulier du site, afin de le questionner sur sa démarche médiatique. "Je fais ce que je veux", leur a évidemment répondu le bonhomme. Ce qui a inspiré au CDJ un magnifique communiqué où, en toute logique, l'instance se déclare incompétente pour juger déontologique ou non ce qui se publie sur Nordpresse. Sauf que le CDJ n'aime pas insinuer qu'il ne sert strictement à rien. Alors, le CDJ y va au culot et écrit "qu'on ne peut pas comparer Nordpresse à des médias satiriques pour lesquels le CDJ a déjà conclu que la liberté de satire doit reposer sur une base factuelle exacte". Autrement dit, le CDJ défend là sa vision de la satire, une conception de l'humour, la sienne. Ce qui relève de la critique. Mais une critique qui part d'un parti-pris et non d'une analyse est-elle vraiment déontologique? #dumb&dumber #balledanslepied #nananère

Mai

En vacances en Bretagne, je caresse l'idée de ne pas revenir. Ça manque de librairies d'occasion par là-bas, et j'ai justement un petit stock de livres chinés pour 50 balles que je pense un jour pouvoir écouler à 500, au moins. Une sélection que j'estime finaude: de la bonne SF, du polar culte, des classiques qui méritent de le rester, de la bédé pour "connoisseurs" et quelques grosses conneries pour touristes. Bref, je me vois déjà libraire. Trois mois plus tard, ayant finalement décidé de rester célibataire, bruxellois et pauvre pigiste, je revends ces bouquins à une librairie d'occasion ixelloise et je n'en tire qu'une trentaine d'euros. Sur base de cette anecdote, tirez l'histoire qui vous sied au mieux: 1/ Les bouquins, ça vaut plus rien, 2/ J'ai vraiment rien d'un entrepreneur et des goûts perso qui n'intéressent que moi, 3/ Revendre des livres chez les soldeurs bruxellois, c'est sans vaseline, 4/ En Bretagne, ils ne lisent de toute façon que des histoires de pirates et des recettes de crêpes, 5/ Une anecdote sans storytelling reste une anecdote. #redumb&dumber #reballedanslepied #renananère

Juin

Je suis profondément jaloux de ce que raconte ce type. Dire des choses intelligentes sur des grosses bêtises est un délice et doit le rester. La suite la semaine prochaine...

Il y a un truc qui me turlupine en sortant de The Revenant, avec Leonardo DiCaprio qui a vu l'ours qui a vu l'ours. En soi, le film vaut ce qu'il vaut et pour ma part, je pense qu'on est plus proche du clip d'INXS tourné par Russell Mulcahy que du délire animiste et brutal à la Werner Herzog. Mais ce n'est pas ça qui me tracasse, c'est le révisionnisme hollywoodien. The Revenant est basé sur une histoire vraie. Un trappeur sévèrement blessé par un ours a été abandonné par sa team en forêt, a décidé de ne pas se laisser mourir, est parvenu à ramper sur des centaines de kilomètres pour rentrer chez lui et a survécu. Il n'a jamais cherché à se venger, il n'a jamais eu de fils tué par les types l'ayant abandonné et, au bout du compte, ils sont même tous restés bons copains. Mieux: les gars présentés comme de fieffés salopards dans le film sont en fait eux-mêmes des héros nationaux de l'histoire américaine. Autrement dit, The Revenant (et le best-seller dont il s'inspire) charcute une histoire vraie assez humainement sympathique, collective et inspirante, de surcroît jadis apprise à l'école US, pour la faire entrer dans un canevas plus moderne, simpliste, revanchard, individualiste, anti-ours, sadique et, oui, complètement révisionniste. Et comme on a besoin de "méchants" pour que ça fonctionne, on a transformé deux zigues oubliés de tous et qui n'ont franchement rien fait de mal en gros pourris. Bref, on dirait du François Fillon qui raconte les colonies. Avez-vous remarqué que le vocabulaire utilisé dans les critiques musicales redevient de plus en plus ramenard, carrément même au-delà du simplement prétentieux? L'album de Kanye West sort et Libération introduit dans l'article qui en vante les mérites des mots comme "dérapage démiurgique", "tintamaresque", "polysémie" et "prolégomènes". Je ne suis pas très client des chroniques musicales écrites en Jérôme Colin ou "à la Vice" mais de là à parler de rap de façon aussi abracadabrantesque, il y a de la marge. Or, ça a vraiment été une tendance lourde, cette année, et pas que dans Libé. Cette fois, ça n'a pas non plus l'air de simplement tenir de la vieille blague entre journalistes ("je te parie un Starbuck au potiron que je place "prolégomènes" dans ma chronique sur Kanye"). Un bon sujet de tir au gros pour 2017, tiens.Sans aucun doute pour très longtemps encore, c'est le mois dont personne ne veut se souvenir en Belgique. On ne saura donc jamais à combien de blagues sur le rap de Samy Naceri on a échappé grâce aux attentats de Bruxelles et Zaventem. J'ai à peine fini Spotlight, un film qui semble n'avoir été monté que pour rassurer les journalistes qu'ils restent un pilier essentiel de la démocratie que je tombe sur cette nouvelle hallucinante: le CDJ constate que le site Nordpresse n'est pas du journalisme. Ceci n'est pas un poisson d'avril. Le Conseil de déontologie journalistique a vraiment pris sur son temps de belote pour étudier le dossier Nordpresse. En moins de 2 secondes, il saute aux yeux de n'importe qui que Nordpresse tient très simplement de la couillonnade potache mais non, le CDJ, tel Mark Ruffalo allant chicaner l'Archevêché de Boston, a pris la peine de contacter Vincent Flibustier, le taulier du site, afin de le questionner sur sa démarche médiatique. "Je fais ce que je veux", leur a évidemment répondu le bonhomme. Ce qui a inspiré au CDJ un magnifique communiqué où, en toute logique, l'instance se déclare incompétente pour juger déontologique ou non ce qui se publie sur Nordpresse. Sauf que le CDJ n'aime pas insinuer qu'il ne sert strictement à rien. Alors, le CDJ y va au culot et écrit "qu'on ne peut pas comparer Nordpresse à des médias satiriques pour lesquels le CDJ a déjà conclu que la liberté de satire doit reposer sur une base factuelle exacte". Autrement dit, le CDJ défend là sa vision de la satire, une conception de l'humour, la sienne. Ce qui relève de la critique. Mais une critique qui part d'un parti-pris et non d'une analyse est-elle vraiment déontologique? #dumb&dumber #balledanslepied #nananèreEn vacances en Bretagne, je caresse l'idée de ne pas revenir. Ça manque de librairies d'occasion par là-bas, et j'ai justement un petit stock de livres chinés pour 50 balles que je pense un jour pouvoir écouler à 500, au moins. Une sélection que j'estime finaude: de la bonne SF, du polar culte, des classiques qui méritent de le rester, de la bédé pour "connoisseurs" et quelques grosses conneries pour touristes. Bref, je me vois déjà libraire. Trois mois plus tard, ayant finalement décidé de rester célibataire, bruxellois et pauvre pigiste, je revends ces bouquins à une librairie d'occasion ixelloise et je n'en tire qu'une trentaine d'euros. Sur base de cette anecdote, tirez l'histoire qui vous sied au mieux: 1/ Les bouquins, ça vaut plus rien, 2/ J'ai vraiment rien d'un entrepreneur et des goûts perso qui n'intéressent que moi, 3/ Revendre des livres chez les soldeurs bruxellois, c'est sans vaseline, 4/ En Bretagne, ils ne lisent de toute façon que des histoires de pirates et des recettes de crêpes, 5/ Une anecdote sans storytelling reste une anecdote. #redumb&dumber #reballedanslepied #renananère Je suis profondément jaloux de ce que raconte ce type. Dire des choses intelligentes sur des grosses bêtises est un délice et doit le rester. La suite la semaine prochaine...