Il paraît qu'une fois que vous avez chaussé les lunettes de genre, on ne peut plus les retirer: tout se lit selon la grille de la répartition hommes/femmes. Est-ce pour cela qu'il se dégageait à nos yeux quelques effluves de girl power de cette 45e édition du festival de Chassepierre? On y a en tout cas croisé quelques femmes au caractère bien trempé, assumant seules le show.
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Il paraît qu'une fois que vous avez chaussé les lunettes de genre, on ne peut plus les retirer: tout se lit selon la grille de la répartition hommes/femmes. Est-ce pour cela qu'il se dégageait à nos yeux quelques effluves de girl power de cette 45e édition du festival de Chassepierre? On y a en tout cas croisé quelques femmes au caractère bien trempé, assumant seules le show. À commencer par l'impressionnante Française Chloé Moglia qui, dans son solo Horizon, se hissait sur son agrès à trois pieds pour une lente évolution défiant la pesanteur et mettant tout son corps à l'épreuve. Une performance déclenchant plus d'une fois la standing ovation. Dans un autre style, façon clown triste mais avec un sourire faisant tout chavirer, Claire Ducreux convoquait la participation de membres du public pour des saynètes délicates au pied de l'arbre en métal de Silencis. Pour faire perler, l'air de rien, les larmes aux yeux devant tant de douceur complice. Autre registre encore avec la formidable Emma Lloyd, de Scopitone et Cie, qui revisitait dans son castelet le conte de Cendrillon. Suivant les sillons d'un vinyle vintage racontant l'histoire, la comédienne plonge le conte dans les produits de nettoyage et les accessoires de la ménagère. L'héroïne et ses deux demi-soeurs deviennent des éponges, la fée une brosse à chiotte, le prince un liquide pour laver les vitres à l'effigie de Monsieur Propre, etc. Et pendant l'entracte entre les deux faces du disque, la comédienne inversait les rôles, en mettant quelques messieurs au balayage avec Maldon de Zouk Machine en bande son (rappelez-vous du tube guadeloupéen: "Nétwayé, baléyé, astiké Kaz la toujou penpan"). Totalement irrésistible. Et c'était à trois nanas que les Obstinées de La Burrasca débarquaient sur la prairie au bord de l'eau pour monter à leur façon leur trapèze ballant, n'hésitant pas à remettre à leur place ces messieurs qui oseraient les siffler au moment où elles se désapent dans les airs. Une prestation acrobatico-clownesque énergique mais qui gagnerait à être condensée.Le souffle a été coupé plusieurs fois sur les plaines du festival, notamment avec les envolées, lancers, portés, bousculades et étreintes du duo L'Éolienne et Joli Vyann, déclinant acrobatiquement les relations de dépendance, d'attraction/répulsion d'un couple. Coup de coeur aussi pour le cocktail de jonglage, trampoline et musique live offert par le collectif Sur Mesure avec Fillage. Combinant les talents du groupe féminin de swing/jazz old school Belcirque, du contrebassiste Axel Gilain et d'un trio masculin de circassiens formés à l'ESAC à Bruxelles, Fillage a conquis les foules intergénérationnelles du festival. Francis sauve le monde, de la compagnie Victor B., s'adressait lui à un public averti. Car les courtes aventures du blaireau farceur Francis, même si racontées à l'aide de peluches et de jouets, sont cruelles, cyniques et parfois sexuelles. Jean-Michel Frère adapte ici avec panache -et dans un food truck pour la version de rue- la bande dessinée de Claire Bouilhac et Jake Raynal (chez Cornélius), où chaque strip commence invariablement par "Francis se promène dans la campagne. Soudain...". De courtes fables animalières qui en disent long sur notre humanité.Tout cela au milieu de robot-tambour, de moult musiciens klezmers, manouches et balkaniques, de marionnettes et de clowns, de plaine de jeux sonorisées et de piano envolé, pour un festin spectaculaire entrecoupé de tranches de saucisson gaumais et de poêlées de champignons des bois. Roboratif.