À quand la réouverture des salles de cinéma? Bien malin qui pourrait apporter la réponse à cette question, même si la fin janvier reste évoquée. Seule certitude dans ce contexte incertain: ce ne sont pas les films qui manqueront à l'heure d'une rentrée attendue par tout un secteur et par d'innombrables spectateurs. Entre ceux dont le parcours a été interrompu par le second confinement (Adieu les cons, Drunk, Petit vampire...), ceux dont la sortie était prévue fin 2020 (Aline, Falling, L'Origine du monde, Wonder Woman 1984...), ceux annoncés dans les premiers jours de 2021 (Nomadland...), sans même parler de quelques grosses pointures n'en finissant plus d'espérer des jours meilleurs (No Time to Die...), il y a pléthore, et la concurrence sera rude sur les écrans... En prélude à ce grand embouteillage, panorama en onze titres d'une rentrée sans précédent.
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À quand la réouverture des salles de cinéma? Bien malin qui pourrait apporter la réponse à cette question, même si la fin janvier reste évoquée. Seule certitude dans ce contexte incertain: ce ne sont pas les films qui manqueront à l'heure d'une rentrée attendue par tout un secteur et par d'innombrables spectateurs. Entre ceux dont le parcours a été interrompu par le second confinement (Adieu les cons, Drunk, Petit vampire...), ceux dont la sortie était prévue fin 2020 (Aline, Falling, L'Origine du monde, Wonder Woman 1984...), ceux annoncés dans les premiers jours de 2021 (Nomadland...), sans même parler de quelques grosses pointures n'en finissant plus d'espérer des jours meilleurs (No Time to Die...), il y a pléthore, et la concurrence sera rude sur les écrans... En prélude à ce grand embouteillage, panorama en onze titres d'une rentrée sans précédent. Sale temps pour les super-héro(ïne)s, totalement évincé(e)s des grands écrans en 2020. Après un lancement sur la plateforme HBO Max, Wonder Woman devrait être la première à reprendre du service, puisque le deuxième volet de ses aventures, qui l'expédiera dans les années 80 pour affronter Maxwell Lord (Pedro "The Mandalorian" Pascal) est annoncé au cinéma fin janvier -on peut toujours rêver. Après quoi Gal Gadot et Patty Jenkins se consacreront à une autre héroïne hors norme, Cleopatra... Pour son huitième long métrage, Quentin Dupieux réunit les comparses du Palmashow dans une comédie loufoque qui voit deux amis guère futés -Grégoire Ludig et David Marsais donc- se mettre en tête de dresser la mouche géante qu'ils ont trouvée dans le coffre d'une voiture volée, histoire de se faire de l'argent facile. L'argument passablement allumé d'un road-movie burlesque déclinant son humour absurde sous le soleil généreux de la Côte d'Azur. Et une fantaisie qui, l'air de rien, fait mouche. Empire, sa petite ville du Nevada, ayant fait faillite avec l'entreprise qui en assurait l'essentiel de l'activité, Fern (Frances McDormand, impressionnante de justesse) embarque dans son van pour une errance à travers l'Ouest américain, nomade des temps modernes dérivant d'emplois incertains en petits boulots le temps d'un road-movie habité par ceux qui, par choix ou par obligation, ont décidé de vivre sur la route. Inscrit dans l'immensité et la stupéfiante beauté de l'espace états-unien, le troisième long métrage de Chloé Zhao (The Rider) s'attache aux marginaux en rupture de rêve américain. Et d'arpenter les paysages tourmentés de l'existence, pour porter un regard aiguisé sur une réalité précaire, non sans vibrer d'un puissant appel de liberté. Un grand film, Lion d'or à Venise. Étonnant objet "bâtard" que ce vrai-faux biopic consacré par Valérie Lemercier à Céline Dion. Bluffante dans la peau de la chanteuse québécoise, l'actrice-réalisatrice met le paquet dans ce qui n'est ni vraiment une parodie ni totalement une hagiographie. À la fois très premier degré et teinté d'ironie permanente, c'est un film kitsch et potache, ringard et drôle. Gros potentiel commercial en tout cas pour ce qui pourrait bien devenir l'un des premiers cartons populaires d'envergure à la réouverture des salles. Qu'elle est réjouissante cette très décomplexée production de genre hexagonale qui fait le pont entre le désoeuvrement plouc de la Macronie rurale et la grande tradition saignante des films de loup-garou américains des années 80! Teddy, c'est un peu comme si le P'tit Quinquin de Bruno Dumont avait fusionné à la pleine lune avec le meilleur du cinéma de John Landis (An American Werewolf in London) ou de Joe Dante (The Howling). Un régal d'iconoclasme punk à l'humour ravageur teinté de commentaire social. Premier long métrage de la réalisatrice française Kamir Aïnouz, Cigare au miel se déploie au début des années 90 entre Neuilly et la Kabylie, alors que le terrorisme rattrape l'Algérie. Et accompagne Selma, une jeune fille franco-algérienne à l'écoute de son désir, dans une quête d'émancipation qui n'ira pas sans provoquer de nombreux remous. Soit, inscrit dans une réalité mouvante, un récit d'apprentissage sensible et sensuel révélant, aux côtés d'Amira Casar, la lumineuse Zoé Adjani-Vallat... Révélé en 2017 par God's Own Country, Francis Lee s'attache, dans Ammonite, à une romance au féminin, celle rapprochant, dans l'Angleterre du milieu du XIXe siècle, la paléontologue Mary Anning d'une riche touriste en convalescence sur la côte du Dorset, Charlotte Murchison. Soit, inscrit dans un environnement austère, un drame pudique et sensuel transcendant les époques, et porté à incandescence par Kate Winslet et Saoirse Ronan, deux comédiennes d'exception que l'on devrait retrouver aux Oscars... Voilà quelques années que l'on était sans nouvelles de Naomi Kawase, son opus précédent, Voyage à Yoshino, étant resté inédit sous nos latitudes en dépit de la présence de Juliette Binoche au générique. Avec True Mothers, la réalisatrice japonaise questionne la maternité à travers l'histoire d'un couple qui, ayant épuisé les possibilités de traitement de l'infertilité, décide d'adopter un petit garçon. Et de mener une vie sans histoires jusqu'au jour où, six ans plus tard, une jeune femme se présentant comme la mère biologique de l'enfant se manifeste. La réalisatrice des Délices de Tokyo embrasse une matière sensible avec sa délicatesse coutumière au gré d'un scénario d'une sinueuse fluidité, pour livrer un film de toute beauté, imprégnant l'air de rien le spectateur en profondeur. Certes, le film a déjà connu une diffusion remarquée sur Arte en décembre dernier. Mais sa sortie en salles ne devrait pas moins créer l'événement en mars prochain. Dans Petite fille, le Français Sébastien Lifshitz (Presque rien, Les Invisibles) s'intéresse à la question de la dysphorie de genre à travers le portrait documentaire de Sasha, une jeune gamine d'une grande intelligence sensible née dans un corps de garçon. Entre témoignages sans fard et combats douloureux menés au quotidien par son entourage pour faire valoir sa différence, il livre une lumineuse leçon de vie et d'amour. Remarqué dans la section Panorama de la Berlinale l'an dernier et récompensé en octobre par le Grand Prix du festival de Gand, un film essentiel sur le fond mais également porté par un vrai regard de cinéaste. Pour son premier passage derrière la caméra, le comédien américano-danois s'attaque à l'intime avec ce drame filmé avec justesse au plus près de l'humain, et gravitant autour d'un conflit de générations entre un fils vivant avec son mari et leur fille, et un père atteint de démence, en guise d'écho à une Amérique plus divisée que jamais. Le tout, au fil des quatre saisons, entre passé et présent, pour un résultat émouvant. Avec cette adaptation du douloureux et personnel roman de Laurent Mauvignier, le réalisateur de l'impeccable trilogie Un couple épatant/Cavale/Après la vie revient à son meilleur en évoquant les cicatrices de la guerre d'Algérie au sein d'une famille. Bien plus qu'un film sur l'absurdité de la guerre, Des hommes aborde aussi le deuil et le lâcher-prise, seule façon de retrouver une relative paix intérieure.