Il plane sur The Front Runner, dernier film en date de Jason Reitman, inédit en salles mais désormais disponible sur supports vidéo, un parfum tenace des années 70, lorsque l'ordinaire (néo-)hollywoodien se composait de films ambitieux embrassant des sujets de grande ampleur. Filiation que le réalisateur canadien, auteur notamment de Juno et Up in the Air, apprécie avec un large sourire: "Ce film est inspiré à 100 % des drames politiques des années 70, c'est une déclaration d'amour à The Candidate , de Michael Ritchie. Je l'ai tourné en ayant à l'esprit des films comme Les Hommes du président ou ceux de Robert Altman. L'histoire se situe en 1987, mais nous l'avons filmée comme on l'aurait fait dans les années 70. "
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Il plane sur The Front Runner, dernier film en date de Jason Reitman, inédit en salles mais désormais disponible sur supports vidéo, un parfum tenace des années 70, lorsque l'ordinaire (néo-)hollywoodien se composait de films ambitieux embrassant des sujets de grande ampleur. Filiation que le réalisateur canadien, auteur notamment de Juno et Up in the Air, apprécie avec un large sourire: "Ce film est inspiré à 100 % des drames politiques des années 70, c'est une déclaration d'amour à The Candidate , de Michael Ritchie. Je l'ai tourné en ayant à l'esprit des films comme Les Hommes du président ou ceux de Robert Altman. L'histoire se situe en 1987, mais nous l'avons filmée comme on l'aurait fait dans les années 70. "Adapté de l'ouvrage All the Truth Is Out, de Matt Bai, The Front Runner retrace l'histoire de la candidature de Gary Hart à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de 1988. Donné largement favori, le charismatique sénateur du Colorado allait voir sa campagne dérailler après la découverte de sa liaison extraconjugale avec Donna Rice, une jeune femme rencontrée à Miami; un sujet dont une certaine presse allait faire ses choux gras, fût-elle du ressort strictement privé. "J'avais dix ans à l'époque et si j'entendais ces noms, tout comme celui d'Oliver North qui se trouvait au coeur d'un autre scandale, j'ignorais de quoi il retournait. Je n'ai vraiment pris connaissance de cette histoire que voici trois ans, en écoutant un podcast de Radiolab consacré au livre de Matt."Pour ce dernier, nul doute que cette campagne avortée (le candidat démocrate à la présidentielle sera finalement Michael Dukakis, battu par George Bush père) a constitué un tournant dans l'Histoire politique américaine, thèse n'ayant pas manqué d'interpeller le cinéaste. "La plupart des gens considèrent le destin de Gary Hart comme une plaisanterie, une histoire de bateau et de blonde ayant donné du grain à moudre aux tabloïds pendant une semaine. Mais Matt Bai y a vu quelque chose d'intéressant, signant un livre fascinant faisant écho à beaucoup de sujets actuels. Le destin de cet homme m'a parlé en termes cinématographiques, mais a aussi nourri ma curiosité à l'encontre de ce qui se passe aujourd'hui: qu'est-ce qui est pertinent? Qu'est-ce qui relève du divertissement, et qu'est-ce qui est réellement important? Quel rapport entre les complications d'un mariage et les gens que nous élisons et leur politique?" Toutes questions envisagées par le film avec un recul appréciable. "Parler de 2018 (l'interview s'est déroulée en octobre dernier, NDLR) est vraiment délicat, tant les choses changent vite et que nous manquons de perspective. C'est une période déroutante, et la notion de vérité n'a jamais été aussi évasive. Se pencher sur 1987 représente une opportunité de parler de notre relation à ce qui ressortit au privé ou au public, du journalisme et de son impact politique ou encore des stéréotypes de genres de façon mieux maîtrisée, parce que le volume de la discussion est un peu atténué et que nous jouissons d'une vision plus large."Et de tendre un miroir réfléchissant aux spectateurs, Jason Reitman prenant soin de laisser les réponses aux questions qu'il soulève à leur appréciation. "J'essaie de mettre en scène des personnages complexes dont les interrogations rejoignent les nôtres. J'ai constaté que les débats du film reflètent souvent les conflits intérieurs des spectateurs, suscitant des conversations animées. Mais je ne cherche aucunement à les influencer. Certains cinéastes font des films à messages, cela ne m'a jamais intéressé. " Ce qui fait aussi le prix de son cinéma, vérifié de Thank You For Smoking au récent Tully, modèles de divertissements intelligents comme Hollywood n'en produit plus que trop rarement. "Un film comme The Front Runner n'a été rendu possible que par le fait qu'Hugh Jackman ait eu envie de le faire, c'est aussi simple que cela. Et il a été produit de manière indépendante par la société canadienne BRON, déjà derrière Tully. Tourner des films "difficiles" est de plus en plus compliqué: il y a de moins en moins de studios, et le modèle de distribution a changé, les gens n'allant plus voir que de tout gros films en salles. Je ne sais pas pendant combien de temps je serai encore en mesure de réaliser des films comme celui-ci." En attendant quoi le voilà attelé à... Ghostbusters 2020, suite des deux comédies cultes tournées par son père Ivan dans les années 80!