Voilà une trentaine d'années d'un parcours balisé par Un air de famille, La Dilettante, la trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant - Cavale - Après la vie) ou le rôle récurrent de Prudence Beresford, que Catherine Frot impose une présence atypique dans le cinéma français. Après ceux de détective décalée chez Pascal Thomas, de pianiste virtuose dans La Tourneuse de pages de Denis Dercourt, de cheffe émérite dans Les Saveurs du palais de Christian Vincent, ou encore de cantatrice fausse dans la Marguerite de Xavier Giannoli (avec un César à la clé), la comédienne endosse aujourd'hui les habits d'experte sage-femme dans le film éponyme de Martin Provost. Un rôle dont elle s'acquitte avec sa maestria coutumière, relevée de cet air pincé qui ne la quitte que rarement: "Le côté amusant et le grand charme de ce métier, c'est de pouvoir s'imaginer dans une autre...

Voilà une trentaine d'années d'un parcours balisé par Un air de famille, La Dilettante, la trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant - Cavale - Après la vie) ou le rôle récurrent de Prudence Beresford, que Catherine Frot impose une présence atypique dans le cinéma français. Après ceux de détective décalée chez Pascal Thomas, de pianiste virtuose dans La Tourneuse de pages de Denis Dercourt, de cheffe émérite dans Les Saveurs du palais de Christian Vincent, ou encore de cantatrice fausse dans la Marguerite de Xavier Giannoli (avec un César à la clé), la comédienne endosse aujourd'hui les habits d'experte sage-femme dans le film éponyme de Martin Provost. Un rôle dont elle s'acquitte avec sa maestria coutumière, relevée de cet air pincé qui ne la quitte que rarement: "Le côté amusant et le grand charme de ce métier, c'est de pouvoir s'imaginer dans une autre profession, dans un autre monde, commence-t-elle, de passage à la Berlinale. Mais là, c'est la chose la plus difficile que j'aie eu à faire." À tel point, d'ailleurs, que l'actrice a hésité avant de se lancer dans l'aventure. "Moi-même, je n'ai jamais accouché. J'ai donc, à cette occasion, assisté à des accouchements pour la première fois de ma vie. C'est alors que j'ai dit à Martin: "Je ne sais pas comment je vais réagir, on verra si je peux le faire." À la première naissance, j'ai vu ce visage comme une sculpture qui sortait du ventre de la femme, c'était comme un miracle. J'ai trouvé cela beau, et j'ai voulu le revivre encore et encore. Et j'ai donc décidé de tourner le film..." En accoucheuse, Catherine Frot fait plus qu'illusion, et les premières séquences de Sage femme (tournées en Belgique, la législation française n'autorisant pas que l'on filme des bébés âgés de moins de trois mois) ont une dimension quasi documentaire. L'actrice, qui "sortait" elle-même les nouveau-nés, évoque un travail avant tout technique -"j'étais froide à l'intérieur, sans quoi je n'aurais pas pu"-, même si elle consent avoir vécu là une "expérience unique". Non sans avoir acquis, au passage, des compétences dont elle pourrait, au besoin, faire usage. Pour autant, le film de Martin Provost traite moins d'obstétrique que de la rencontre entre deux femmes à la philosophie de l'existence opposée, l'austère Claire et la fantasque Béatrice. Pour camper cette opposition de tempéraments, le réalisateur s'est montré particulièrement inspiré en faisant appel aux deux Catherine du cinéma hexagonal, Frot et Deneuve, ne tenant pas rigueur à la première d'avoir refusé le rôle de Simone de Beauvoir dans Violette. Curieusement, les deux stars n'avaient jamais été réunies à l'écran, même si leurs routes s'étaient croisées fortuitement dès... les années 60. "Je devais avoir une dizaine d'années lorsque Catherine Deneuve est venue à Rochefort-sur-Mer tourner Les Demoiselles de Rochefort. Toute ma famille, tous les Frot sont à Rochefort, et c'est comme cela que j'ai découvert Catherine Deneuve, se souvient Catherine Frot. Je ne la connaissais pas à l'époque, et je ne l'ai pas rencontrée. J'ai dû attendre ce film pour le faire: on s'était croisées dans le métier, dans des festivals, mais c'est tout. Elle est, pour moi, l'incarnation de quelqu'un qui a écrit l'Histoire du cinéma."Entre les deux comédiennes, l'opposition de styles n'est pas que de circonstance, leurs méthodes de travail divergeant aussi sensiblement. "Elle est incroyablement instinctive, très au présent, alors que j'ai tendance à réfléchir davantage. Cela ne l'empêche pas de réfléchir à sa manière, mais nous sommes vraiment différentes. Comme nos personnages l'étaient aussi, c'était en un sens bénéfique, cela se mélangeait un peu. L'irréalité que peut représenter Catherine Deneuve pour certains se retrouvait dans un personnage de soi-disant princesse hongroise qui est en fait une fille de concierge. Catherine Deneuve est quelqu'un de très concret dans la vie. Quand on l'idéalise trop, ça l'énerve."Actée dès le scintillant générique, leur confrontation fait des étincelles devant la caméra bienveillante d'un Martin Provost qui n'a jamais autant justifié sa qualité de cinéaste des femmes. Le duel des Catherine, s'il ne s'écarte guère d'un schéma éprouvé, accouche ainsi d'un film sensible et savoureux. On n'en attendait, à vrai dire, pas moins...