De Bertrand Bonello. Avec Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Manal Issa. Sortie: 07/09.
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S'il fallait désigner le film le plus attendu de cette rentrée, on opterait sans hésiter pour Nocturama, le septième long métrage de Bertrand Bonello. Difficile d'imaginer film plus en phase avec le réel que celui-là, qui voit des jeunes gens d'horizons divers poser des bombes dans différents lieux symboliques de Paris, avant de converger vers un Grand Magasin... Si la résonance avec l'époque est évidente, le réalisateur de L'Apollonide y imprime l'élan de la fiction, pour un film où à une première partie toute de tension muette en répond une autre investissant un temple de la consommation pour une attente jouant la mélodie du désenchantement. "I did it my way", y chante Shirley Bassey avec une grâce dérisoire, bande-son idoine d'une vision en nocturama aussi glaçante que fulgurante. (J.F. PL.)Cinq ans après l'épatant 17 filles, Voir du pays vient confirmer la singularité du regard des soeurs Delphine et Muriel Coulin. Les deux réalisatrices s'y emparent du destin de deux jeunes militaires, envoyées à leur retour de mission en Afghanistan dans un palace chypriote, sas de décompression censé les aider à surmonter le traumatisme de la guerre. Un film au féminin pluriel, puissamment incarné par Ariane Labed et Soko, visage de la rentrée puisqu'on la retrouve également à l'affiche de La Danseuse. (J.F. PL.)Alors que sa suite à Blade Runner est attendue pour octobre 2017, le prolifique et talentueux cinéaste québécois Denis Villeneuve tâte de la SF avec Arrival (Premier contact en vf), un film dont la Mostra de Venise aura la primeur dans quelques jours. Une linguiste (Amy Adams) y est engagée par le gouvernement américain pour décrypter les intentions d'extraterrestres débarqués sur terre, perspective alléchante devant la caméra virtuose du réalisateur d'Incendies, Prisoners et autre Sicario... (J.F. PL.)Divine surprise que ce bijou animé venu de Suisse. Adaptant avec la complicité de Céline Sciamma (Bande de filles) le roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris, Claude Barras y relate l'histoire d'Icare, un gamin de 10 ans "né du mauvais côté de la vie", débarquant dans un foyer pour enfants où il va devoir apprendre à se réinventer une famille. Minimaliste, l'animation en stop motion sert idéalement un propos tout en finesse. L'une des révélations du dernier festival de Cannes! (J.F. PL.)Comme toujours, François Ozon surgit là où on ne l'attendait pas! Son drame d'époque en allemand et en noir et blanc touche juste et profond. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un jeune Français (Pierre Niney) rend visite à la famille allemande qui pleure son fils mort au combat. Un fils qu'il a bien connu... D'une sobre et délicate émotion, Frantz nous parle du mur de la haine et de la vengeance, des nationalismes et de l'identité. De quoi donner des résonances très contemporaines à un film qui marquera, c'est certain, la rentrée. (L.D.)Dans Whiplash, Damien Chazelle filmait le jazz comme un sport de combat, interrogeant l'équation complexe qui relie la souffrance à la réussite à travers la cinglante relation amour-haine enchaînant un jeune batteur à son professeur vachard. Deux ans plus tard, le jeune prodige américain revient avec une comédie musicale où la romance naissante entre une actrice débutante et un pianiste établi est mise à mal par le succès. Thèmes similaires travaillés par des formes variées: Chazelle ou la naissance d'un auteur? (N.C.)Asa Butterfield (Hugo Cabret) fait équipe avec Eva Green, nouvelle muse officielle de Tim Burton, en ado embarqué dans une aventure de dark fantasy sur les traces de son grand-père mystérieusement disparu. Tourné entre Londres, la Floride et... Anvers, Miss Peregrine's Home for Peculiar Children adapte le best-seller jeunesse de Ransom Riggs et ses enfants aux pouvoirs hors normes qui évoquent les jeunes pensionnaires de l'institut cher à un certain professeur Xavier... (N.C.)Derrière Paterson se cache une petite ville du New Jersey, ayant donné son titre à un recueil du poète William Carlos Williams. C'est là également que réside Paterson (Adam Driver), chauffeur de bus consignant dans un carnet secret les poèmes que lui inspire son existence tranquille partagée avec sa copine Laura (Golshifteh Farahani) et leur bouledogue anglais Marvin. Modeste en apparence, le nouveau film de Jim Jarmusch exalte tout en discret décalage un quotidien harmonieux dont il explore les infimes variations sept jours durant. Soit les strophes d'un film-poème où l'on se laisse flotter avec bonheur entre nonchalance bienveillante et excentricité douce, haïku lumineux et zen comme seul peut les concevoir le réalisateur de Night on Earth. En un mot comme en cent, jarmuschissime... (J.F. PL.)Après Marion Cotillard, c'est au tour d'Adèle Haenel de rejoindre l'univers des frères Dardenne, sous les traits d'une médecin généraliste qui, se sentant coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune femme retrouvée morte peu après, va remuer ciel et terre pour trouver son nom. Entre enquête policière et quête morale, La Fille inconnue vibre d'une urgence toute viscérale, non sans prendre, en creux, le pouls d'une époque déclinant la précarité sur tous les modes. Juste et fort. (J.F. PL.)Auteur, en 2012, des Bruits de Recife, le Brésilien Kleber Mendonça Filho signait, avec son deuxième long métrage, l'une des belles surprises de la dernière levée cannoise. Soit l'histoire de Clara, la soixantaine solaire, ancienne critique musicale refusant de quitter son immeuble décati, l'Aquarius, en dépit des pressions de promoteurs immobiliers indélicats. Et une méditation pleine de vie et d'allant sur la fuite du temps, valant à Sonia Braga, qui fut la femme-araignée d'Hector Babenco, un rôle inoubliable. (J.F. PL.)