Paris, par une belle journée de mars. James Ivory reçoit dans un appartement des bords de Seine au décor minimaliste. Si sa biographie lui prête 90 printemps désormais, le temps n'a, de toute évidence, guère de prise sur lui et n'a pas entamé son énergie. Le réalisateur américain se multiplie ainsi sur les terrains les plus divers, qui raconte avoir mis la dernière main au script de The Judge's Will (d'après l'oeuvre de Ruth Prawer Jhabvala, autrice des scénarios de 22 films de la paire Merchant-Ivory) pour Alexander Payne, avant d'embarquer pour la France. Et entend bien profiter de son séjour à Paris, où il va présenter Quartet, le film adapté de Jean Rhys qu'il y tournait en 1980 avec Isabelle Adjani, au festival Toute la mémoire du monde, pour se livrer à un travail d'archéologue -à savoir explorer les films rapportés d'Afghanistan quand il n'était encore qu'un jeune homme. "Un ami a retrouvé du matériel que j'y avais tourné il y a presque 60 ans sans avoir jamais eu l'occasion de le monter. J'ai 10.000 pieds de films 16 mm tournés en Afghanistan, avant les Russes, avant les Talibans, avant les Américains, quand il y avait encore un roi. J'ai conservé ce matériel sans jamais le monter, ce à quoi nous allons maintenant nous atteler, en ignorant ce que cela pourra donner. Étant en Inde à l'époque, je souhaitais me rendre dans un endroit qui soit plus frais. Je ne savais pas grand-chose de l'Afghanistan, si ce n'est que c'était un pays musulman et qu'il y faisait moins chaud qu'en Inde. J'y suis donc allé et j'ai filmé pendant tout un été, amassant ce matériel que je n'avais jamais eu l'occasion d'assembler..."
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