Point Break : sans planches de surf
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Vous ne nous entendrez pas prétendre que tous les remakes doivent être une reproduction scène par scène de l'original. Personne n'avait besoin du Psycho (1998) de Gus Van Sant. Mais si on reprend un film de Patrick Swayze qui finance sa vie de surfeur en commettant des hold-up, masqué en président mort, on penserait qu'un des éléments clés "Patrick Swayze", "surf", et "masques de présidents morts" seraient conservés. Eh bien, non.On s'attendait à ce que Patrick Swayze ne soit pas du remake. Pas de masques de présidents morts, voilà qui était déjà un peu plus regrettable. Mais si en plus, vous retirez le surf de Point Break (1991), vous atteignez notre - le voici ! -point de rupture. Pun intented.Ou dirait-on : Punt intended !Point intended !Pointe intended ! S'abstenir, dites-vous ? Vous avez raison !Venons-en au fait : dans le remake de Point Break, Bodhi et Utah ne sont plus surfeurs, mais des sportifs extrêmes. Cela ne signifie pas pour autant qu'on ne surfe pas du tout, seulement pas autant que le parapente, la moto tout-terrain, le snowboard et le vol en wingsuit. Ca ne rime à rien. Mieux vaut alors réaliser un remake de Dirty Dancing dans un milieu aérobic. En plus, si vous ne considérez pas le surf comme un élément essentiel de Point Break, il y a déjà eu un remake du film de Kathryn Bigelow. Pas moins de sept. Deux johnnies, réunis dans leur amour pour les kifs. Le premier est agent secret, l'autre un criminel. Une amitié se crée, mais le devoir exige de l'agent qu'il trahisse le criminel. Le fera-t-il ? Pour connaître la réponse, vous pouvez regarder Point Break. Ou The Fast and the Furious.Il y a des remakes qui sont mauvais, il y a des remakes qui sont honteusement mauvais et il y a des remakes à ce point honteusement mauvais que le réalisateur de l'original exige publiquement que son nom soit supprimé de tout matériel de promotion. Cette version de The Wicked figure est, comme notre introduction le laissait deviner, dans la troisième catégorie.De toute manière, il était déjà étrange qu'Hollywood tente un remake du film culte de Robin Hardy de 1973. Dans l'original The Wicker Man, un agent radical chrétien partait à la recherche d'une fille disparue au sein d'une communauté païenne fermée attirée par les sacrifices humains - un croisement de True Detective et Top of the Lake, si vous voulez. Mais surtout : un film à suspense qui devait beaucoup à son atmosphère sexuelle et religieuse. Et ce sont là justement deux sujets adorés par Hollywood depuis le tournant du siècle. Donc exit atmosphère.Par contre, vous verrez Nicolas Cage dans le remake. Plus précisément : Nicolas Cage en mode maniaque. Le terme "surjouer" ne réussit pas à décrire comment Cage se hurle, se court, se tape, se saute, se jure et se rosse un passage à travers le film. À moment donné, vêtu en ours, il terrasse une femme sans explication. Eh bien, sérieusement, c'est là la troisième scène la plus bizarre du film. Sérieusement : The Wicker Man était si bizarre qu'on a inventé le terme "comédie non intentionnelle" pour lui et que le film ne continue sa vie que dans les compilations YouTube des scènes de Nicolas Cage les plus ridicules. "Not the bees ! NOT THE BEES ! AAAAAARGL !" : il a fallu deux ans à internet pour trouver autre chose pour rire.C'était d'ailleurs en 2008. L'année de la sortie de The Happening avec Mark Wahlberg. La paternité, c'est faire des choix. Des choix comme : "Dois-je toujours être conséquent ou dois-je apprendre à mon enfant d'accepter les inconséquences ?" "Est-ce que j'essaie de le protéger ou je le laisse suivra sa voie ?" Et, dans certains cas très spécifiques : "Est-ce que je laisse intacte la nostalgie de tous ceux qui étaient jeunes dans les années quatre-vingt ou est-ce que je veux que mon fils devienne le plus garçon le plus populaire de sixième primaire ?"Will Smith a choisi cette dernière option. Pour tenter de lancer la carrière cinématographique de son fils Jaden, Smith a produit The Karate Kid en 2010, un remake de l'original de 1984. Le résultat est une gifle pour tous ceux qui à dix ans, le front ceint d'un bandeau blanc, avaient essayé la technique de la grue dans leur jardin. Pas parce que le nouveau Mister Miyagi est joué par Jackie Chan. Pas parce que le nouveau Daniel n'avait que onze ans au moment du tournage et qu'il est très difficile d'investir émotionnellement dans un personnage qui n'a pas de poils sous les bras. Pas parce que la grue dans la scène finale a été remplacée par un saut périlleux à 360°. Pas même parce que le film se déroule en Chine et que Justin Bieber chante la chanson titre.Non, si The Karate Kid est un scandale, c'est pour une autre raison.Il n'y a pas de karaté dans le film.Le nouveau Daniel-san pratique le kung-fu. Un petit merci au soutien financier chinois - là-bas le film s'appelle effectivement The Kung Fu Kid.Si vous ne pouvez pas mettre "salade de crabe" sur du surimi à la mayonnaise, c'est pour une raison: le surimi ne contient pas de crabe. Et c'est contre la loi. C'est de la publicité trompeuse. The Karate Kid sans karaté: cela devrait être illégal. À mi-chemin des années nonante, un producteur a remarqué le succès télévisé de "Touched by an Angel", il a pensé que les anges étaient "les nouveaux vampires" et s'est demandé à haute voix si personne n'avait pas de script. Un autre producteur lui a répondu que son neveu un peu arty lui avait parlé de "l'un ou l'autre film allemand, Der Himmler über Berlin ou quelque chose de ce genre. "Himmel?" "Ah oui, ça va aussi."Il faut que les choses se soient à peu près passées comme ça, car il n'y a pas d'autre explication pour City of Angels. Le film de Wim Wenders "Der Himmel über Berlin" était un film méditatif baigné dans une atmosphère de tristesse et de rêverie, totalement dans la lignée des héros de Truffaut et de Tarkowski. City of Angels était un mélodrame romantique avec Nicolas Cage et Meg Ryan dont le punchline était "She didn't believe in angels... until she fell in love with one". Au niveau remake, c'est là une nette différence de ton. Un peu comme Shaving Ryan's Privates qui arrive à capter l'esprit de camaraderie mâle en temps de guerre, mais dont l'atmosphère diffère fondamentalement de l'original de Steven Spielberg. On peut faire, ça, même si on se demande si le réalisateur a vu l'original. Certainement si on balance Goo Goo Dolls sur la bande-son.C'est que c'est là le pire: Iris, le titre qui a incité toutes les jeunes filles qui avaient 14 ans en 1998 à noter "You bleed just to know you're alive" sur leur farde de biologie, est la chanson-titre de City of Angels.Pour être tout à fait francs, nous n'avons jamais été les plus grands fans de Wim Wenders. Mais personne ne mérite de devoir encaisser des propos tels que "Pas mauvais, ton Himmel über Berlin. Mais tu sais ce qui manque à ton film ? Goo Goo Dolls!".