Trouble Sleep
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Dessiné par des rues étroites et sinueuses qui se faufilent entre les maisons couvertes de tôles, Ibadan, qui était encore un village au début du XIXe siècle, est aujourd'hui la troisième ville du Nigeria. Diplômé mais sans boulot comme beaucoup de jeunes de la région, Fred commence à travailler comme chauffeur de taxi. Happant les voitures au beau milieu de la circulation, Akin taxe lui les véhicules commerciaux pour le syndicat national des transports. Artiste franco-congolais programmateur d'une salle de cinéma d'art et essai en banlieue parisienne pendant cinq ans, Alain Kassanda suit leur quotidien et chorégraphie la vie en ville. Non sans évoquer les questions sociales fondamentales. Le travail qui obsède et l'argent qui manque. "C'est quoi la ville, tu dis? C'est le goulot où nos histoire se joignent. Ce n'est pas un lieu de bonheur. Ce n'est pas un lieu de malheur. C'est une calebasse du destin. La ville n'est pas à prendre. C'est un endroit que le monde te donne. Comme il donne l'air." Une espèce de poème urbain bercé par la musique de Fela Kuti (le titre du docu fait référence à l'une de ses chansons). Le 15 avril 1989 est une date funeste dans l'Histoire du football anglais. À Sheffield, où Liverpool affronte Notthingham Forest en demi-finale de la Coupe d'Angleterre, 96 personnes meurent étouffées ou sont mortellement blessées. "Je n'aurais jamais cru qu'une foule soit une menace avant Hillsborough. Je m'étais toujours senti en sécurité dans le kop. Il y avait toujours du mouvement et la foule pouvait se disperser." "C'était comme une marée humaine. Une masse d'humanité." Plans, dessins, animations genre jeux vidéo mais aussi vieilles scènes de foule qui tangue en chantant les Beatles... L'image s'arrête sur des visages. Passionné par la manière dont la simulation permet de transformer les modes de représentation et contrôler les espaces, le réalisateur français Nicolas Gourault signe un court documentaire singulier sur le drame et ses conséquences. Filmant la fabrication de sièges, il explique comment les stades entièrement assis ont modifié le type de spectateurs, exclu les pauvres et attiré les plus fortunés. Surprenant et intelligent. On est en Afrique. Les ouvriers fabriqués avec des cailloux et coiffés de casques en coquille de noix sont à l'ouvrage. L'usine déverse des substances toxiques qui polluent Lubumbashi. Les travailleurs se mettent à tousser et s'écroulent... Fabriqué avec des pierres, de la craie et une plaque de cuivre, Machini questionne avec une technique unique l'industrie automobile, le business du cobalt et du lithium, ces matières premières des voitures électriques dont le Congo est la plus grande réserve. Réalisateurs congolais qui se sont familiarisés à l'animation en regardant des tutos sur YouTube et se sont professionnalisés dans un studio bruxellois, Frank Mukunday et Tétshim ont planché pendant quatre ans sur ce remarquable court métrage qui épingle les ravages écologiques et sanitaires. Le premier a grandi près de la déchèterie de la Gécamines (société qui administre les mines congolaises) et la famille du second vit dans un quartier rongé par les acides. Une petite merveille. Attirée par les marges et les gens qui y vivent, l'artiste, réalisatrice et activiste culturelle Andrea Luka Zimmerman aime jouer avec la frontière parfois ténue entre la réalité et la fiction. Fabriqué avec le metteur en scène Adrian Jackson, formé au Théâtre de l'Opprimé, courant artistique qui cherche à faire émerger la parole de groupes minoritaires, et fondateur de la compagnie Cardboard Citizens qui implique des (ex-)sans abris, Here for Life raconte les marqueurs d'une époque dans un Londres changeant. Des quartiers où plus personne ne peut se permettre de vivre sauf des riches. Les voix se mélangent, partagent des histoires sans qu'on sache à qui elles appartiennent. Les vols de vélo, l'alcool, la came; l'enfant qui change tout. "J'ai passé tellement de temps ici. Ils me gardaient dans les cellules en dessous. Ce n'est plus un tribunal maintenant. C'est quoi?" "C'est un chantier. Ça va devenir un hôtel." Un film polyphonique qui résiste à la gentrification, qu'on ne sait trop où ranger et qui a fini par nous perdre.