Entre la BD et le cinéma, il n'y a parfois qu'un pas, franchi ces dernières années par Joann Sfar, Riad Sattouf ou Pascal Rabaté notamment. Un petit cercle que rejoint aujourd'hui Nine Antico, l'autrice de Girls Don't Cry, Coney Island Baby et autre Autel California, qui signe avec Playlist un premier long métrage pétillant. Une transition qu'elle décrit volontiers comme naturelle: "J'ai commencé la bande dessinée de façon autodidacte, commence-t-elle. De l'illustration et du dessin sur mes carnets, j'en suis venue au fur et à mesure à découper des dialogues, des scènes, et ensuite à faire des planches de BD. Ma passion de scénariser est venue de me dire "je fais mon film". Je voyais mon découpage de storyboard comme une séquence de film, mon goût du cinéma m'a permis de devenir autrice de bande dessinée, c'est cette écriture-là qui m'a aidée. Ensuite, je suis passée de la BD au cinéma avec ce bagage, une facilité pour l'image et pour la visualiser. Même si je me sentais parfaitement illégitime..."
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Entre la BD et le cinéma, il n'y a parfois qu'un pas, franchi ces dernières années par Joann Sfar, Riad Sattouf ou Pascal Rabaté notamment. Un petit cercle que rejoint aujourd'hui Nine Antico, l'autrice de Girls Don't Cry, Coney Island Baby et autre Autel California, qui signe avec Playlist un premier long métrage pétillant. Une transition qu'elle décrit volontiers comme naturelle: "J'ai commencé la bande dessinée de façon autodidacte, commence-t-elle. De l'illustration et du dessin sur mes carnets, j'en suis venue au fur et à mesure à découper des dialogues, des scènes, et ensuite à faire des planches de BD. Ma passion de scénariser est venue de me dire "je fais mon film". Je voyais mon découpage de storyboard comme une séquence de film, mon goût du cinéma m'a permis de devenir autrice de bande dessinée, c'est cette écriture-là qui m'a aidée. Ensuite, je suis passée de la BD au cinéma avec ce bagage, une facilité pour l'image et pour la visualiser. Même si je me sentais parfaitement illégitime..." Sa passion pour le cinéma, Nine Antico l'a fait remonter à la découverte, à l'âge de 17 ans, d' Un tramway nommé désir d'Elia Kazan, déniché dans la collection de cassettes vidéo d'un père cinéphile. "Ça a été une révélation, qu'un film datant de 1951, en noir et blanc, puisse être d'une puissance si sensuelle, érotique et moderne. C'était comme une claque, aidée évidemment par Marlon Brando, mais aussi par le scénario de Tennessee Williams, de réaliser que le noir et blanc et ces acteurs, qui étaient maintenant morts, me parlent vraiment à moi, jeune fille de 17 ans en 1999. Du coup, j'ai regardé d'autres films de Kazan et d'autres films américains de l'époque, ça m'a donné une ouverture, même s'il n'y avait pas que ça: j'ai aussi vu 300 fois Pretty Woman et Mystic Pizza , pour Julia Roberts. Mais voilà, j'alternais entre des films mainstream qui m'étaient complètement nécessaires et d'autres du passé."Une forme de grand écart que l'on retrouve aujourd'hui dans Playlist, croquant dans un noir et blanc vintage assorti d'une voix off (celle de Bertrand Belin) qui aurait pu appartenir à la Nouvelle Vague, le portrait savoureux de Sophie -incarnée avec un irrésistible aplomb par Sara Forestier-, jeune femme de 28 ans à la croisée des chemins professionnel et sentimental. Du choix esthétique, la cinéaste souligne: "J'ai toujours pensé que la couleur n'était pas une nécessité pour véhiculer la modernité, et même qu'elle pouvait tout gâcher, que ce soit en bande dessinée ou au cinéma. Du coup, je cultive une approche de l'image qui pourrait être vintage. Ça vient aussi de l'idée utopique que ce qui a été vécu avant, ce qu'on lit et ce qu'on voit peut nous nourrir et nous aider à mieux vivre." Quant au personnage de Sophie, dont l'on pourrait se demander, pour paraphraser l'une des situations du film, s'il lorgne plutôt vers l'autofiction ou l'autoportrait? "J'avais envie de parler de l'état d'urgence de se définir soi-même alors que, dans sa vie professionnelle comme dans sa vie sentimentale, on n'a aucune garantie. Une période que j'ai vécue comme très enragée, très vulnérable, et à la fois comme très intense, très forte. Et très douloureuse. C'est centré sur des choses personnelles, mais qui deviennent fiction parce qu'il y a une réécriture. Aucun personnage n'égale une personne dans la vie, c'est un mélange de plusieurs choses. Le film est beaucoup plus personnel qu'autobiographique. Je dirais plutôt autofiction." Ouvrant, l'air de rien, sur ce qui ressemble à un film générationnel, un portrait au féminin forcément féministe - "Ça coule de source, j'écris sans filtre et j'ai une conscience féministe"-, envisagé avec un mélange d'humour, d'émotion et de mélancolie, un certain naturalisme du quotidien en appoint. Si le film aurait presque pu s'appeler Les Malheurs de Sophie, multipliant les expériences en un apprentissage tumultueux de la vie et de l'amour, Nine Antico a donc opté pour Playlist. Manière de couvrir le chapelet des rencontres qu'égrène le film, en quelque savoureux panel de garçons, tout en suggérant sa composante musicale tout sauf accessoire, qui court de Les Yeux pour pleurer, qu'avait écrit Serge Gainsbourg pour Nana Mouskouri, à True Love Will Find You in the End, de Daniel Johnston. "La musique, c'est vraiment une façon de se définir, observe la réalisatrice. Il y avait six ou sept morceaux déjà présents dans le scénario, qui sont ceux avec lesquels je suis tombée dans la musique quand j'avais 20 ans, cette vague représentée par Daniel Johnston, anti-folk, Do It Yourself, enregistrée de façon autonome, en autoproduction. Moi, j'ai commencé avec des fanzines, avec l'idée que l'on peut faire tout seul, sans attendre la permission." Libre comme Sophie, en définitive...Playlist C'est l'histoire de Louise (Sara Forestier), 28 ans, en quête, dans un (dés)ordre fluctuant, d'un job de dessinatrice et du grand amour. En attendant quoi, elle bosse comme serveuse dans un café avec sa copine Julia (Lætitia Dosch), et multiplie les expériences amoureuses et professionnelles, écorchée attaquant l'existence bille en tête, au risque parfois de se faire mal. Il y a du Frances Ha chez Sophie, et pas seulement parce que Nine Antico choisit de filmer ses évolutions en noir et blanc, mais aussi pour le sentiment de liberté et de légèreté émanant de cette errance amoureuse et professionnelle exécutée au son de Daniel Johnston, de Yo La Tengo ou de... Nana Mouskouri. Si elle égratigne au passage le milieu de la BD dont elle est issue, la réalisatrice signe surtout un sémillant portrait au féminin, vibrant du tempo débridé et irrésistible de Sara Forestier et Lætitia Dosch. Et livre, tout en vignettes pop, une chronique aussi finement observée qu'intensément savoureuse. À voir.