"J'adore aller vers des univers de cinéastes aussi différents que possible. Dès le départ, j'ai voulu éviter les projets qui me faisaient répéter ce que je connaissais déjà, je préférais découvrir des mondes que je n'avais pas encore eu l'occasion d'habiter." Natacha Régnier mène, depuis une vingtaine d'années, une trajectoire d'actrice riche de curiosité, d'expériences très diverses. Elle utilise volontiers le mot "couleurs" pour désigner la variété de ses rôles. Et sa palette est riche de nuances en grand nombre, passant avec aisance de Chantal Akerman à Michel Gondry, d'Anne Fontaine à Costa-Gavras, de François Ozon à Lucas Belvaux, du cinéma exigent d'un Emmanuel Bourdieu, d'un Eugène Green, au film de genre populaire comme Tueurs ou la série télévisée Marseille, signée Florent Emilio Siri et où elle brille dans une deuxième saison débarquant le 23 février sur Netflix. Ce samedi, Natacha présidera la 8e cérémonie des Magritte du cinéma belge. Un an après avoir "marrainé" les espoirs et quelques années de plus après avoir remis le Magritte du meilleur acteur à Fabrizio Rongione. "Ç...

"J'adore aller vers des univers de cinéastes aussi différents que possible. Dès le départ, j'ai voulu éviter les projets qui me faisaient répéter ce que je connaissais déjà, je préférais découvrir des mondes que je n'avais pas encore eu l'occasion d'habiter." Natacha Régnier mène, depuis une vingtaine d'années, une trajectoire d'actrice riche de curiosité, d'expériences très diverses. Elle utilise volontiers le mot "couleurs" pour désigner la variété de ses rôles. Et sa palette est riche de nuances en grand nombre, passant avec aisance de Chantal Akerman à Michel Gondry, d'Anne Fontaine à Costa-Gavras, de François Ozon à Lucas Belvaux, du cinéma exigent d'un Emmanuel Bourdieu, d'un Eugène Green, au film de genre populaire comme Tueurs ou la série télévisée Marseille, signée Florent Emilio Siri et où elle brille dans une deuxième saison débarquant le 23 février sur Netflix. Ce samedi, Natacha présidera la 8e cérémonie des Magritte du cinéma belge. Un an après avoir "marrainé" les espoirs et quelques années de plus après avoir remis le Magritte du meilleur acteur à Fabrizio Rongione. "Ça m'a hyper touchée qu'on me le propose, confie-t-elle, j'ai moi-même pu commencer ma carrière en étant primée de façon extraordinaire (prix d'interprétation à Cannes 1998 et César du meilleur espoir féminin 1999, NDLR), et je me souviens avoir été présente aux discussions menant à la création des Magritte. Avec tout ce qui se passe dans le cinéma belge, je pense qu'il était important de fêter ça! Notre singularité dans l'audace, dans un humour très particulier bien de chez nous, mérite d'être célébrée. J'éprouverai beaucoup de joie à ouvrir cette soirée!" Régnier a percé spectaculairement à la fin d'une folle décennie qui a vu Jaco Van Dormael, les frères Dardenne et la bande turbulente de C'est arrivé près de chez vous mettre sens dessus dessous le Festival de Cannes. "Je suis fière d'avoir été la première actrice belge à y être primée (pour La Vie rêvée des anges d'Erik Zonca, NDLR), et heureuse qu'Émilie Dequenne prenne la suite dès l'année suivante pour Rosetta", clame haut et fort celle qui se félicite de tout ce qui s'est passé depuis dans notre cinéma. "Il y a beaucoup plus de films faits chez nous, il y eu le tax shelter, le développement des coproductions, et en France l'émergence d'énormément de comédiens belges. Et tout ça autour d'une vraie sensibilité artistique, puissamment ancrée comme on a pu le voir en littérature, en peinture, dans la danse, dans la mode." L'académie, les cours en art d'expression, le théâtre amateur, avaient jalonné le parcours d'une jeune fille en désir d'être actrice, et dont la vie bascula d'un seul coup, à 24 ans. Cette "entrée flamboyante" dans le monde dont elle rêvait, ce "cadeau magnifique", Natacha aura su la prolonger par des choix intelligents, bien posés. "Je me suis immédiatement retroussé les manches, raconte-t-elle, parce qu'il y avait encore plein de choses dont je ne savais rien dans le métier. J'avais encore un peu de naïveté, mais aussi beaucoup de détermination. J'avais juste envie d'apprendre, d'apprendre, d'apprendre!" En peu de temps, la comédienne née à Ixelles a réussi la synthèse "de la rencontre artistique et du plaisir de travailler ensemble". Une combinaison gagnante qui l'a menée à s'inscrire dans la fidélité à quelques réalisateurs comme Bourdieu, Green et Belvaux. Tout en portant son enthousiasme (une qualité essentielle à ses yeux) vers les horizons les plus variés. Cinéphiles, pointus ou grand public, les choix de Natacha se sont faits de manière d'autant plus libre qu'elle avait décidé d'avoir "un minimum de contraintes matérielles, pour pouvoir réellement accepter tout ce que j'avais envie de faire, comme j'avais envie de le faire!" Le sens de l'économie au service de la liberté, le cinéma belge en a fait lui aussi globalement bon usage...