"Nous sommes deux soeurs jumelles/Nées sous le signe des Gémeaux/Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do..." Cinquante ans déjà que les jumelles Solange et Delphine Garnier -les soeurs Françoise Dorléac et Catherine Deneuve au civil- s'installaient dans l'imaginaire cinéphile à la faveur de La Chanson des jumelles, moment emblématique des Demoiselles de Rochefort, parenthèse enchantée où Jacques Demy portait à quintessence un précepte voulant qu'"un film léger parlant de choses graves vaut mieux qu'un film grave parlant de choses légères". En ressortirait un chef-d'oeuvre absolu, inventant la comédie musicale à la française dans le respect des conventions hollywoodiennes (à quoi Damien Chazelle répondra joliment à un demi-siècle de distance en signant, avec La La Land, un musical américain sous inspiration française); virevoltant sur les sentiments avec la grâce de Gene Kelly et George Chakiris, "guest stars" venues illuminer cent cinq minutes tendues vers le bonheur au rythme des chansons de Michel Legrand; orchestrant ses chassés-croisés amoureux dans une humeur allègre à même de traverser les époques -un pied dans l'effervescence colorée des sixties, l'autre dans l'éternité.
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"Nous sommes deux soeurs jumelles/Nées sous le signe des Gémeaux/Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do..." Cinquante ans déjà que les jumelles Solange et Delphine Garnier -les soeurs Françoise Dorléac et Catherine Deneuve au civil- s'installaient dans l'imaginaire cinéphile à la faveur de La Chanson des jumelles, moment emblématique des Demoiselles de Rochefort, parenthèse enchantée où Jacques Demy portait à quintessence un précepte voulant qu'"un film léger parlant de choses graves vaut mieux qu'un film grave parlant de choses légères". En ressortirait un chef-d'oeuvre absolu, inventant la comédie musicale à la française dans le respect des conventions hollywoodiennes (à quoi Damien Chazelle répondra joliment à un demi-siècle de distance en signant, avec La La Land, un musical américain sous inspiration française); virevoltant sur les sentiments avec la grâce de Gene Kelly et George Chakiris, "guest stars" venues illuminer cent cinq minutes tendues vers le bonheur au rythme des chansons de Michel Legrand; orchestrant ses chassés-croisés amoureux dans une humeur allègre à même de traverser les époques -un pied dans l'effervescence colorée des sixties, l'autre dans l'éternité. Inestimable, donc, mais aussi inépuisable, comme le démontre aujourd'hui Les Demoiselles de Rochefort. Histoires de Soeurs, beau livre paraissant aux Éditions de La Martinière, sept ans après le volume incontournable que consacraient ces dernières à Jacques Demy. Tombées comme tant d'autres sous le charme du film, Elsa et Natacha Wolinksi, deux demi-soeurs (ce qui ne s'invente pas) y emmènent le lecteur à Rochefort, sur les traces des Demy-soeurs, en quelque pèlerinage faisant converger histoire personnelle et exégèse subjective. Organisé à la manière d'un lexique, l'ouvrage embrasse, au fil des chapitres, des thématiques nombreuses, s'arrêtant à la fascination de Demy pour la comédie musicale hollywoodienne; "scattant" avec Michel Legrand; s'enthousiasmant sur "l'envolée féminine et féministe" qui traverse l'oeuvre; cherchant l'homme idéal "avec ou sans défaut"; devisant sur les perruques, l'une blonde l'autre rousse, qui "restent aujourd'hui encore liées au fantasme d'une beauté que rien n'entame, ni le vent ni le temps"; s'arrêtant sur le pont transbordeur, emblématique de Rochefort (à laquelle Demy faillit préférer Hyères, avant de la transformer en un extraordinaire décor de studio de cinéma); se pâmant devant les tenues "aux couleurs de bonbons fruités" imaginées par la costumière Jacqueline Moreau; revenant sur les jeux chromatiques mis en place par le décorateur Bernard Evein; rendant hommage à un cinéaste "plus que jamais enchantement et lucidité, ce dont notre époque ne peut se passer." Un créateur dont Agnès Varda, associée de près à la confection de l'album, au même titre que leur fille Rosalie, confia par ailleurs aux auteures qu'il "était un pessimiste qui faisait des films pour croire en l'optimisme" -tout un programme. Soit une somme de réflexions sérieuses et/ou amusées qu'accompagnent de brefs témoignages, une riche iconographie -photos du film et du tournage d'Hélène Jeanbrau, mais aussi d'Agnès Varda, planches-contacts, polaroïds...- de même que des documents divers -extraits annotés du scénario, paroles de chansons, roman-photo mettant en scène les demoiselles... Et jusqu'à une délicieuse conversation avec les soeurs Dorléac publiée par l'Express en juillet 1966, dialogue semblant vouloir prolonger l'insouciance du film: Françoise. - Dire qu'on ne voulait pas tourner ensemble!Catherine. - Ça ne nous apportait rien.Françoise. - Ça risquait de détruire notre amitié.Catherine. - Et puis, deux principaux rôles féminins, dans un film, c'est moche.Françoise. - Demy a tout combiné.Catherine. - Et maintenant, nous en sommes au même point. (...) Au final, si Jacques Demy disait vouloir "faire un film dont le sentiment serait joyeux, faire en sorte que le spectateur soit, après la projection, moins maussade qu'il ne l'était en entrant dans la salle", c'est un sentiment voisin qui étreint le lecteur au sortir de ces 192 pages revisitant, l'air de rien, la mélodie du bonheur...