Roi du trash, prince du vomi, pape du mauvais goût...: on ne compte plus les surnoms fleuris accumulés par John Waters depuis ce jour de 1972 où il balança Pink Flamingos (et la scène coprophage de Divine) sur les écrans. Derrière sa moustache dessinée à l'eye-liner, ce dandy punk n'a cessé, depuis, de cultiver un sens aiguisé de la provocation, relevée de ce qu'il fallait d'humour, noir au besoin. Une entreprise subversive menée de films (il en a commis une douzaine, de Mondo Trasho en 1969 à A Dirty Shame en 2004) en livres et autres stand-up, qu'il poursuit aujourd'hui...

Roi du trash, prince du vomi, pape du mauvais goût...: on ne compte plus les surnoms fleuris accumulés par John Waters depuis ce jour de 1972 où il balança Pink Flamingos (et la scène coprophage de Divine) sur les écrans. Derrière sa moustache dessinée à l'eye-liner, ce dandy punk n'a cessé, depuis, de cultiver un sens aiguisé de la provocation, relevée de ce qu'il fallait d'humour, noir au besoin. Une entreprise subversive menée de films (il en a commis une douzaine, de Mondo Trasho en 1969 à A Dirty Shame en 2004) en livres et autres stand-up, qu'il poursuit aujourd'hui avec M. Je-sais-tout, mémoires décapants doublés, comme leur titre l'indique, des Conseils impurs d'un vieux dégueulasse -tout un programme. À bientôt 75 printemps (le 22 avril prochain), Waters n'a rien perdu de son mordant ni de sa verve dévastatrice. Qualités conjuguées à un anticonformisme viscéral qu'il oppose à une respectabilité l'ayant rattrapé malgré lui -"Qu'est-ce qui a bien pu se passer, bordel?", s'offusque-t-il, en ouverture d'un ouvrage le voyant se multiplier sur les terrains les plus divers: militantisme gay, usage de stupéfiants, sexualité, musique, cuisine, voyages, mort et jusqu'à l'art simiesque, sans oublier bien sûr le cinéma. De sa filmographie, le cinéaste de Baltimore s'en tient à la seconde partie (la première avait fait l'objet d'un ouvrage antérieur), courant de Polyester, son film en odorama sorti en 1981, à A Dirty Shame, flop retentissant assimilé à un "retour à la case caniveau". Entre-temps, Waters avait flirté avec Hollywood avec des fortunes diverses le temps de Hairspray, Cry-Baby et autre Serial Mom, période dont il retient de nombreuses anecdotes hilarantes (comme son ravissement lorsqu'il découvrit que Boy George avait emprunté à Kathleen Turner et à la tirade "Is this the Cocksucker Residence?" de Serial Mom le message de son répondeur) mais aussi des enseignements divers, genre "Si vous ne voulez pas de "mémos", de panel de spectateurs, ou de scènes à refaire, faites un film avec votre téléphone portable, sans fric, et personne ne vous emmerdera." Ou ce principe cardinal: "Gagner de l'argent ne devrait pas être votre priorité -mais surprendre le monde, oui." Il y en a d'autres, plus ou moins avisés, dispensés à l'attention des jeunes générations sur la voie d'"un degré de démence supérieur". Waters multiplie, sans se départir d'une solide dose d'autodérision, les observations (im)pertinentes avec une liberté de ton nourrie de son goût prononcé pour l'excentricité. Ces mémoires composent un cocktail d'une ravageuse drôlerie, quelque chose comme le manuel déjanté d'une philosophie transgressive de l'existence. Jouissif.