Je n'en peux plus des gratte-ciels d'un kilomètre de haut, des hologrammes publicitaires de cinquante étages et des voitures volantes. Mute et Altered Carbon sur Netflix, la bande-annonce du remake de Fahrenheit 451 sur HBO. Le Blade Runner de Villeneuve, Ghost in the Shell, Luc Besson, les mangas, tout le toutim. Bordel, les gars: cette imagerie a 40 ans. Ce futur est rétro. Via le premier Blade Runner, il nous vient de Métal Hurlant, de Moebius, de Bilal. De Metropolis, de l'architecture à la fois fonctionnelle et mégalomane. De la guerre froide, de l'angoisse de la lutte nucléaire finale, de l'insalubrité des villes en faillite. Du militantisme contre la spéculation immobilière, des lois antitrusts, des dérives du corporatisme. C'est charmant mais c'est feignasse. Déjà, moi qui suis bruxellois et donc habitué aux travaux pour ainsi dire continus dans mon environnement urbain, je n'ai jamais très bien compris pourquoi on ne voit jamais une seule grue dans tous ces films et séries cyberpunks? Ces mondes sont systématiquement livrés clé sur porte. On n'y construit pas, on n'y répare rien et les grands conglomérats économiques qui sont généralement les méchants de ces histoires ne spéculent pas dans l'immobilier, ce qui est pourtant dans notre réalité une constante...

Je n'en peux plus des gratte-ciels d'un kilomètre de haut, des hologrammes publicitaires de cinquante étages et des voitures volantes. Mute et Altered Carbon sur Netflix, la bande-annonce du remake de Fahrenheit 451 sur HBO. Le Blade Runner de Villeneuve, Ghost in the Shell, Luc Besson, les mangas, tout le toutim. Bordel, les gars: cette imagerie a 40 ans. Ce futur est rétro. Via le premier Blade Runner, il nous vient de Métal Hurlant, de Moebius, de Bilal. De Metropolis, de l'architecture à la fois fonctionnelle et mégalomane. De la guerre froide, de l'angoisse de la lutte nucléaire finale, de l'insalubrité des villes en faillite. Du militantisme contre la spéculation immobilière, des lois antitrusts, des dérives du corporatisme. C'est charmant mais c'est feignasse. Déjà, moi qui suis bruxellois et donc habitué aux travaux pour ainsi dire continus dans mon environnement urbain, je n'ai jamais très bien compris pourquoi on ne voit jamais une seule grue dans tous ces films et séries cyberpunks? Ces mondes sont systématiquement livrés clé sur porte. On n'y construit pas, on n'y répare rien et les grands conglomérats économiques qui sont généralement les méchants de ces histoires ne spéculent pas dans l'immobilier, ce qui est pourtant dans notre réalité une constante chez le blaireau fortuné. Autre réflexion typiquement bruxelloise: ces voitures volantes, ça n'emmerde personne? Dans ce futur, il n'y a pas un Pascal Smet pour plutôt encourager l'usage de l'ULM? Et elles se garent où? Sous terre? En banlieue, dans des parkings de dissuasion, et le reste du trajet se fait à vélo? Et au niveau de l'omnium, que se passe-t-il si un pigeon en percute le rotor et que le véhicule s'écrase sur un rooftop où chillent 300 personnes? J'ai toujours préféré la science-fiction crédible aux sagas intersidérales. Soleil Vert plutôt que Dune, Black Mirror plutôt que Star Wars. S'inspirer de quelque chose qui existe et en imaginer l'évolution, de préférence néfaste. Ça m'énerve dès lors d'autant plus que le cyberpunk stagne dans ses clichés passéistes que de mon existence entière, je n'ai jamais autant ressenti une impression d'étrangeté par rapport au monde réel que depuis disons 5 ans. En fait, depuis que Elon Musk est mainstream et qu'on a arrêté de se foutre de la gueule des transhumanistes. Depuis que s'accélère la quatrième révolution industrielle, diraient ceux qui s'intéressent plus que moi à ces matières. Le gros de ma vie s'est déroulé dans la séquence qui part de Graham Bell pour arriver au Wi-Fi. Des évolutions étonnantes mais logiques à partir du moment où il était clair que l'information pouvait être transmise par des ondes et transformée en bits. Là, c'est fait, fini, et nous sommes au commencement d'un autre chapitre, auquel je ne comprends rien, dont les concepts et les idées me foutent à la fois le vertige et le bourdon. Une entreprise privée parle très sérieusement de coloniser Mars. Ça pourrait bientôt mettre une demi-heure d'aller de Los Angeles à San Francisco en prenant un tube subsonique souterrain. Certains gamins pourraient voir le début du XXIIIe siècle, stocker leur conscience sur un cloud et il paraît même que l'on pourra bientôt aussi lire la pensée des gens qui nous entourent sur une tablette. Désolé que ça me troue le fondement mais passer du télégraphe à Skype n'était pas si WTF. On sait par ailleurs que chez les urbanistes, Hong Kong et Tokyo ne font plus fantasmer. Que la mode dans le secteur du réaménagement des villes est aux piétonniers, aux pistes cyclables, aux cités-jardins comme on en construit de plus en plus en Asie. Bien entendu, des buildings lépreux, des néons et une constante nuit pluvieuse, c'est avant tout un ressort scénaristique bien pratique pour surligner l'impression d'oppression sociale. Mais c'est justement là mon problème: comment ne pas bâiller devant ce cliché tellement usé? Comment dès lors, puisqu'il s'agit surtout de tromper l'ennui, ne pas activer son esprit contraire et se mettre à chercher la petite bête? Il suffit de passer deux heures sur Twitter devant des news technologiques pour avoir la tête pleine de nouveaux concepts vertigineux et, malgré tout, Hollywood et le cyberpunk en reviennent encore et toujours à leur vieux décor de club növö eighties pour héroïnomanes nihilistes et à la question de ce qui est humain ou non, réel ou programmé. Et la réponse, trop souvent, c'est qu'au fond, on ne sait pas. Ça réveille forcément le troll. La scène de sexe dans Blade Runner 2049, soi-disant si triste parce que Ryan Gosling loue un corps pour faire l'amour à sa dulcinée virtuelle? Ben, je la connaissais dès 1990 avec ma main et Cindy Crawford. La révolte des robots, ce grand danger pour l'humanité? Calmos, les gars, on a le "kill switch". Des hologrammes publicitaires hauts de cinquante étages? Combien de minutes avant qu'un trublion ne hacke le système et foute une grosse bite ou une caricature politique outrancière à la place du mannequin asiatique et du logo Atari? Même ces bars louches dans Blade Runner, Altered Carbon et Mute ne sont plus crédibles alors que l'amplification des endroits publics est désormais limitée à 95 dB et qu'une serveuse à poil avec un serpent serait automatiquement considérée comme victime d'exploitation sexiste et cruelle envers une espèce protégée. Bref, il est vraiment plus que temps de nous revoir tout cela de fond en comble, d'autant que la majorité de la science-fiction contemporaine nous descend en fait aussi en droite ligne de 1983 (Star Wars, les arcs narratifs de Marvel, Stranger Things...) et 1983, c'était il y a trop longtemps pour que cela soit encore de la science-fiction. Ce n'est pourtant pas compliqué d'imaginer un polar/thriller dans un environnement futuriste qui repose sur une évolution perverse de notre présent. Exemple: dans une smart city nord-européenne où il fait 45 degrés à l'ombre en février, ce gros bobo de Ryan Gosling se doit de signaler Harrison Ford, son vieux voisin ronchon, aux autorités écoresponsables quand il sort ses poubelles avant l'heure. Autre exemple: comment faire disparaître le corps de son épouse dans un environnement zéro-déchet? Ou alors, plus proche encore de nos préoccupations: après une chute à vélo, un androïde flamand en service à Linkebeek se met soudainement à parler français. Wat te doen? Question subsidiaire: est-ce que ceci est vraiment une chronique ou une offre de service?