Luc Besson adaptant les aventures de Valérian (et Laureline, son indispensable partenaire de l'espace), il en est vaguement question depuis l'époque où le réalisateur de Léon se lançait dans Le Cinquième Élément, film de science-fiction sous influence, entre autres, des bandes dessinées créées par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, ce dernier étant d'ailleurs de l'aventure. Rendu possible notamment par la révolution Avatar, le projet mettra finalement 20 ans à se concrétiser. En découvrant le film, on ne regrette pas l'attente tant, d'un point de vue technique, il semble se situer à des années-lumière du Cinquième Élément. Le réalisateur se montre fidèle à l'esprit (et même parfois à la lettre) de la BD, pour plonger le spectateur dans une aventure spatio-temporelle immersive combinant charme vintage et technologie dernier cri. Et de s'en ouvrir avec passion dans ses locaux de la Cité du cinéma, à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne.
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Luc Besson adaptant les aventures de Valérian (et Laureline, son indispensable partenaire de l'espace), il en est vaguement question depuis l'époque où le réalisateur de Léon se lançait dans Le Cinquième Élément, film de science-fiction sous influence, entre autres, des bandes dessinées créées par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, ce dernier étant d'ailleurs de l'aventure. Rendu possible notamment par la révolution Avatar, le projet mettra finalement 20 ans à se concrétiser. En découvrant le film, on ne regrette pas l'attente tant, d'un point de vue technique, il semble se situer à des années-lumière du Cinquième Élément. Le réalisateur se montre fidèle à l'esprit (et même parfois à la lettre) de la BD, pour plonger le spectateur dans une aventure spatio-temporelle immersive combinant charme vintage et technologie dernier cri. Et de s'en ouvrir avec passion dans ses locaux de la Cité du cinéma, à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. Elle m'a accompagné pendant mon enfance et mon adolescence, mais après, il y a eu un grand trou. Valérian faisait juste partie de ma jeunesse, au même titre qu'Astérix, Spirou, Tintin, Lucky Luke... tout en étant plus moderne: ils étaient dans l'espace, conduisaient des vaisseaux, tapaient sur des aliens... Quand j'avais dix ans, en France, il n'y avait qu'une chaîne de télé, et pas Internet, c'était vraiment une porte ouverte sur le désir, l'inconnu, le rêve, et donc quelque chose d'assez important quand même. Après, il y a eu Moebius, Bilal, Druillet, Métal Hurlant: je n'ai pas ouvert beaucoup de livres quand j'étais jeune, mais bien des bandes dessinées. Mais je n'avais jamais pensé en faire un film. Mézières, le papa de Valérian, est le premier à m'avoir dit, pendant Le Cinquième Élément: "Mais pourquoi ne fais-tu pas Valérian, plutôt que ce truc stupide de cinquième machin?"Je suis rentré chez moi, j'ai regardé les bandes dessinées et je lui ai répondu le lendemain: "Parce que ce n'est pas possible." Dix ans ont passé et ça me taraudait. Chaque fois que j'avais Mézières, il me répétait: "Tu es sûr que tu ne veux vraiment pas faire Valérian?"Il s'est montré très insistant, et il y a dix ans, je lui ai racheté les droits, avant de me dire, il y a sept ans, avec beaucoup d'humilité, que j'allais essayer. Je ne savais même pas si c'était possible, ni si j'en avais la capacité, pour être sincère. C'est une entreprise énorme, mais qui devient faisable quand on a la bonne idée de la découper par jour -chaque jour, il faut arriver à faire ceci- plutôt que d'envisager la grande image. C'est une volonté, et une philosophie en tout cas. Le passé est écrit, le présent est subi, le futur est une page blanche. Pourquoi, quand il y a une page blanche, les gens mettent-ils dessus des films où il pleut, c'est la nuit et le héros se pose des questions existentielles? Pourquoi y a-t-il autant de drames alors qu'on est responsables de notre futur? Aujourd'hui, ce futur, on en fait ce qu'on veut, on peut essayer. Je ne dis pas qu'on y arrivera, mais on peut en tout cas rêver de la façon dont on veut. Donc, pourquoi ne pas rêver d'un futur où tout le monde s'entend bien, où on se serre la main, même quand on ne vient pas de la même planète? C'est juste ma philosophie. Maintenant, le contre-pied dans l'autre sens se comprend. Le drame, l'apocalypse, ça fait vendre, c'est un thème récurrent. Souvent, ces films viennent d'Amérique, et le principe de l'Amérique réside dans l'hégémonie américaine, la défense du bien qu'ils représentent, contre le mal. Cette philosophie est imposée, et les films lui ressemblent. Mais ce n'est pas la mienne: pour moi, le bien et le mal cohabitent dans une même personne. Ce qui m'intéresse dans le film, sa dimension actuelle, c'est de dire: "On a fait une erreur, mais on ne va pas l'admettre, parce qu'on ne veut pas payer."On en trouve des exemples tous les jours dans les journaux, et ça m'intéresse. Et en même temps, c'est rigolo, on fait un voyage, et on se demande si le garçon et la fille vont être ensemble. J'essaie de raconter des histoires qui ressemblent à la vie, je n'aime pas trop les philosophies très carrées. Pas tellement. Si on considère les 29 albums, Laureline tient la boutique. Valérian est un peu frimeur, menteur. Ce n'est pas un super-héros, il n'a pas de super-pouvoir, et ce n'est pas un héros, mais un homme héroïque. Quand il sait qu'il va perdre Laureline, il peut sortir deux sabres et aller se farcir des monstres de 300 kilos. Il est capable d'héroïsme, mais quand il rentre à la maison, il est comme tous les hommes, il se la pète un peu, est un peu menteur, et c'est ce que j'aime bien. Parce que même quand on est des petites personnes, comme nous, on peut aussi, par moments, être héroïque. Ce sont des gens comme nous, ou nos parents et nos grands-parents, qui ont eu des moments d'héroïsme pour sauver la liberté pendant la guerre. Les petites personnes sont capables d'être des héros, voilà une autre philosophie. J'ai beaucoup de mal à m'identifier à quelqu'un qui a des super-pouvoirs, parce que je n'en ai pas, et n'en aurai jamais. Et je n'ai pas de collants roses, surtout. (rires)La seule façon de ne pas trop prendre ce risque-là, c'est de rester concentré sur les personnages. Quand je dis personnages, le premier alien que l'on voit rentrer, dans la scène des poignées de mains, est un Kortan Dahuk. On a pris des semaines à regarder des bandes vidéo d'animaux pour déterminer sa démarche. On a trouvé des images de dromadaires, d'autruches dont on a fait un pot-pourri, et après, il y a eu des jours entiers de répétitions avec l'acteur, pour lui apprendre à marcher comme un Kortan Dahuk. Dans trop de films comme Galactica ou Star Trek, on sent l'acteur dans la peau de l'alien et on a l'impression d'un humain déguisé. Et là, tout est fait pour qu'on ait l'impression de découvrir quelqu'un. Pour chaque alien, il y a un background d'une dizaine de pages, disant d'où ils viennent, ce qu'ils mangent, comment ils se reproduisent. C'est comme ça que l'on gagne en vérité. Je travaille beaucoup sur les détails pour rendre l'ensemble crédible. Au début, quand Valérian et Laureline arrivent, ce qui choque les militaires, ce n'est pas leur vaisseau mais la façon dont ils sont habillés. Tout est décalé de la sorte pour rendre les choses crédibles. Le film est financé à 95 % depuis trois ans, donc je ne comprends même pas ces articles. Nous sommes allés à Cannes avec un scénario, des dessins, un casting, on a vu 120 acheteurs étrangers et l'argent est là, on a fait le film avec. Si risque il y a, c'est un risque de réputation: si le film sort et qu'il ne plaît à personne, ce sera compliqué d'aller revoir ces acheteurs en leur soumettant une nouvelle idée. Le risque dont parle le Figaro, c'est juste pour vendre, c'est ridicule et ça me fait rire. (...) Après, nous sortons d'une très mauvaise année, mais il faut mettre les choses en perspective: les sociétés de cinéma marchent par vagues. Dans les 20 ans d'Histoire d'Europa, comme chez Disney ou Universal, il y a toujours eu une vague de deux ou trois ans où tout se passe très bien, suivie d'une autre où tout se passe très mal. On a connu une bonne vague il y a trois ans avec Lucy et Taken, et là, on sort d'une période vraiment mauvaise, mais a priori, on a l'air d'entrer dans une bonne... Pour Valérian, c'est facile: c'est vraiment Starsky et Hutch dans l'espace, chaque film est une enquête. Et en plus, c'est agréable, parce que l'éventuelle deuxième enquête peut se situer n'importe où, n'importe comment, on peut partir dans quelque chose d'excitant parce que nouveau. Prenons Spider-Man, par exemple. J'ai adoré les deux premiers, mais après, ça commence à s'essouffler, on est toujours à New York, on change le méchant mais on ne sort pas du décor. Au bout d'un moment, en tant que spectateur, ça me lasse, et en tant que metteur en scène, je pars en courant. Là, éventuellement, si on en fait un autre, ce ne sera pas sur Alpha, ni avec les mêmes aliens, il y a de quoi s'éclater. Le deux, je l'ai déjà écrit, je suis en train de finir le trois, sans savoir si on va les faire. Des amis m'ont dit que j'étais complètement débile d'écrire un film en ignorant si on allait le tourner, mais j'y prends du plaisir. Je trouve le deux super, on aurait tort de ne pas le faire. Et je suis très content d'être le premier à l'avoir vu, je ne laisserais ce plaisir à personne.