Shoplifters (Une affaire de famille) s'inscrit ainsi dans la lignée des chroniques dont le cinéaste nippon s'est fait le maître incontesté depuis Nobody Knows, son chef-d'oeuvre, qu'il évoque d'ailleurs par endroits. Comme celui-là, ce nouveau film s'inspire d'une histoire vraie, et gravite autour d'une famille aux liens incertains, combattant la pauvreté à l'aide de différents expédients, fraude à l'assurance-pension et vols à l'étalage en premiers. C'est justement en revenant de l'une de leurs expéditions dans les commerces du quartier que le père, Osamu, et le fils, Shota, avisent une fillette livrée à elle-même dans la froideur de la nuit et manifestement maltraitée. Et de décider de l'accueillir, portant à six personnes ce foyer dont la précarité ne saurait entamer le bonheur. Une harmonie que les circonstances vont cependant malmener...

À défaut, sans doute, de véritable surprise, Shoplifters constitue l'un de ces délicats portraits de famille comme seul Kore-eda sait les composer. Magie de son cinéma, celle d'Osamu, aimante autant que dysfonctionnelle, nous semble éloignée et familière à la fois, ce film sensible et mélancolique éveillant des sentiments universels. Observateur avisé du quotidien, le cinéaste y fait preuve de sa générosité habituelle, disposition nullement synonyme de mièvrerie cependant. Bouleversant, le dernier acte du drame dépasse d'ailleurs le cadre intime pour tendre à une réflexion sociale. Mouvement exécuté avec douceur et élégance, comme il se doit, et porté par une grâce que l'on prête généralement à ces enfants que Kore-eda filme comme personne. Sans avoir la fulgurance de Nobody Knows ni l'évidence tranquille de Still Walking, Une affaire de famille n'en reste pas moins un mélodrame de toute beauté, un film dont la Palme d'or ne souffre, en définitive, guère de contestation...

D'Hirokazu Kore-eda. Avec Lily Franky, Ando Sakura, Matsuoka Mayu. 1h56. Sortie: 12/12. ****

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