D'abord parce que, publiée durant la seconde moitié du XIXe siècle, au lendemain de la guerre de Sécession, l'autobiographie romancée de Louisa May Alcott brille toujours aujourd'hui par l'indémodable pertinence de ses thématiques et de ses revendications. Ensuite parce que Greta Gerwig, petite icône indé US en soi, s'empar...

D'abord parce que, publiée durant la seconde moitié du XIXe siècle, au lendemain de la guerre de Sécession, l'autobiographie romancée de Louisa May Alcott brille toujours aujourd'hui par l'indémodable pertinence de ses thématiques et de ses revendications. Ensuite parce que Greta Gerwig, petite icône indé US en soi, s'empare ici de cette matière éminemment littéraire pour mieux imprimer à l'écran une vraie vision de cinéma. Construit en allers-retours répétés sur la ligne du temps, le film casse la plate linéarité du formidable matériau d'origine et multiplie les subtils effets miroirs entre passé et présent, éclairant d'un jour discrètement neuf certains éléments-clés d'un récit que Gerwig s'autorise par ailleurs à encadrer d'un petit jeu méta très malin sur le motif du mariage, histoire de moderniser sans trahir le roman de Louisa May Alcott. Omniprésente, la partition d'Alexandre Desplat accentue encore la fantaisie recherchée d'un charmant film d'époque au sein duquel la réalisatrice parvient à insuffler un élan vital et, mieux, un humanisme profond, mais aussi une complexité et une ambivalence qui se cristallisent bien sûr dans le personnage de Jo March (géniale Saoirse Ronan), héroïne "furieuse et indocile" au coeur gros comme ça. Si bien que quand Greta Gerwig se décide enfin à lâcher les violons du sentimentalisme, la chose décolle au-delà de toute espérance. Irrésistible.