Le titre respire les parfums de l'Orient, évoque ses mystères profonds et cette Shéhérazade qui arrêta le sabre d'un roi cruel en lui racontant des histoires. Mais si l'imaginaire y joue un rôle majeur, c'est la réalité qui inspire et motive le triptyque de Miguel Gomes. Plus précisément la réalité d'un Portugal soumis, en 2013 et 2014, à un régime économique d'austérité forcée, aux lourdes conséquences sociales. Le premier volume des Mille et Une Nuits, L'Inquiet, s'ouvre ainsi sur un long travelling longeant les quais de chantiers navals sinistrés, témoins d'un passé prospère et d'un présent blafard. Un plan documentaire pour inaugurer un pari cinématographique où la fiction, même chevillée au réel, aura pour mission et vertu de ré-enchanter un monde envahi par une misère programmée. Un monde dont la Banque Mondiale, le FMI, les "régulateurs" européens aussi, tirent les parfois bien grosses ficelles, qui saucissonnent les plus fragiles à défaut de pouvoir et même de vouloir viser les profiteurs de la crise... Miguel Gomes ne tardera pas à apparaître lui-même, dans le rôle d'un réalisateur perplexe, qui prend soudain la poudre d'escampette, fuyant son propre tournage en causant la panique de l'équipe!

Osez l'utopie

L'humour est là, compagnon de route d'une mélancolie bien lusitanienne, comme il l'était déjà chez Manoel de Oliveira ou dans les poèmes de Fernando Pessoa. Miguel Gomes n'est dupe de rien, y compris de lui-même. Et il questionne sa propre démarche, son rôle d'artiste, en même temps qu'il critique -en termes radicaux- ceux qu'il juge responsables de l'enfer économique où bascule son pays. Pier Paolo Pasolini, auquel on peut penser parfois, aurait sans doute aimé son approche de rebelle mais aussi de poète, échappant à toutes les normes (narratives, formelles) pour s'inventer des images encore et toujours libres. Maniant l'ironie envers les puissants -via notamment un récit dans le récit à dimensions sexuelles- et affichant envers les faibles une solidarité sans faille, Gomes se tourne vers la nature pour y chercher les traces d'une utopie aimable, d'autant plus belle qu'elle est si fragile dans le cynisme ambiant. Le cinéma sort gagnant, l'humanité aussi, d'un spectacle au style aussi multiple et chamarré que son propos est sauvage, iconoclaste. On est impatient de découvrir la suite!

Les Mille et Une Nuits-volume 1: L'Inquiet sortira le 04/11

Le titre respire les parfums de l'Orient, évoque ses mystères profonds et cette Shéhérazade qui arrêta le sabre d'un roi cruel en lui racontant des histoires. Mais si l'imaginaire y joue un rôle majeur, c'est la réalité qui inspire et motive le triptyque de Miguel Gomes. Plus précisément la réalité d'un Portugal soumis, en 2013 et 2014, à un régime économique d'austérité forcée, aux lourdes conséquences sociales. Le premier volume des Mille et Une Nuits, L'Inquiet, s'ouvre ainsi sur un long travelling longeant les quais de chantiers navals sinistrés, témoins d'un passé prospère et d'un présent blafard. Un plan documentaire pour inaugurer un pari cinématographique où la fiction, même chevillée au réel, aura pour mission et vertu de ré-enchanter un monde envahi par une misère programmée. Un monde dont la Banque Mondiale, le FMI, les "régulateurs" européens aussi, tirent les parfois bien grosses ficelles, qui saucissonnent les plus fragiles à défaut de pouvoir et même de vouloir viser les profiteurs de la crise... Miguel Gomes ne tardera pas à apparaître lui-même, dans le rôle d'un réalisateur perplexe, qui prend soudain la poudre d'escampette, fuyant son propre tournage en causant la panique de l'équipe! L'humour est là, compagnon de route d'une mélancolie bien lusitanienne, comme il l'était déjà chez Manoel de Oliveira ou dans les poèmes de Fernando Pessoa. Miguel Gomes n'est dupe de rien, y compris de lui-même. Et il questionne sa propre démarche, son rôle d'artiste, en même temps qu'il critique -en termes radicaux- ceux qu'il juge responsables de l'enfer économique où bascule son pays. Pier Paolo Pasolini, auquel on peut penser parfois, aurait sans doute aimé son approche de rebelle mais aussi de poète, échappant à toutes les normes (narratives, formelles) pour s'inventer des images encore et toujours libres. Maniant l'ironie envers les puissants -via notamment un récit dans le récit à dimensions sexuelles- et affichant envers les faibles une solidarité sans faille, Gomes se tourne vers la nature pour y chercher les traces d'une utopie aimable, d'autant plus belle qu'elle est si fragile dans le cynisme ambiant. Le cinéma sort gagnant, l'humanité aussi, d'un spectacle au style aussi multiple et chamarré que son propos est sauvage, iconoclaste. On est impatient de découvrir la suite!