Changement de cap pour Damien Chazelle qui, après avoir donné un formidable coup de jeune à la comédie musicale avec La La Land, se risque, avec First Man, sur le terrain du film d'aventures spatiales. Un genre auquel Stanley Kubrick, bien sûr, dans l'insurpassable 2001: A Space Odyssey mais aussi, plus récemment, Alfonso Cuaron (Gravity) ou Christopher Nolan (Interstellar) ont donné ses lettres de noblesse. Et auquel le réalisateur de Whiplash appose aujourd'hui sa griffe toute personnelle, l'éclatante réussite de l'entreprise venant témoigner, si besoin en était, de l'étendue de son talent.

Adapté de l'oeuvre de James R. Hansen, First Man n'est autre qu'un portrait de Neil Armstrong (Ryan Gosling, imparable), le premier homme à avoir posé le pied sur la Lune -c'était le 21 juillet 1969, événement consacré par une phrase passée à la postérité: "Un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'humanité." S'emparant de son histoire, Chazelle s'écarte aussi bien des canons du film à grand spectacle que de ceux du biopic classique. Non, pour autant, que First Man ne ménage son lot d'émotions fortes, et cela dès une scène d'ouverture magistralement immersive, comme saisie dans le cockpit au bord de l'implosion, celui du zinc d'un Armstrong qui n'est encore que pilote d'essai pour la Nasa. Nous sommes en 1961, en effet, et le film s'applique, dans la foulée, à retracer le programme qui devait conduire à la réussite de la mission Apollo 11, sur arrière-plan de rivalité exacerbée avec l'URSS, la guerre froide battant son plein. Non sans exécuter en parallèle le portrait contrasté de l'individu, cherchant les failles, nombreuses, derrière l'icône publique, envisagée aussi dans son versant intime.

L'ivresse de l'espace

Le résultat est tout simplement soufflant, qui n'est pas sans évoquer l'épatant The Right Stuff (L'Étoffe des héros en vf), maîtresse transposition par Philip Kaufman de l'essai éponyme de Tom Wolfe. S'il y a là une incontestable success story, le film en arpente aussi les zones d'ombre, s'attardant notamment sur le coût humain de l'opération. En quoi il est tentant de voir la matrice de l'oeuvre de Damien Chazelle, explorée sous des contours différents dans Whiplash et La La Land, auxquels ce nouvel opus fait ainsi indirectement écho. Le tout, parfaitement exécuté par un réalisateur qui revisite l'aventure spatiale américaine avec brio, signant un film dont la remarquable sobriété n'entame en rien l'ampleur. On n'est pas près d'oublier une ahurissante scène d'alunissage à laquelle la partition de Justin Hurwitz (compositeur attitré du cinéaste depuis son premier long métrage, Guy and Madeline on a Park Bench) apporte un surcroît de lyrisme. L'ivresse de l'espace en somme, pour un moment de pure magie cinématographique. Grand film.

De Damien Chazelle. Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke. 2h20. Sortie: 17/10. ****(*)