"Non mais sérieusement, tu vas te donner les moyens de faire quelque chose jusqu'au bout à un moment ou quoi?!" Cette question, générationnelle s'il en est, posée en début de film servira logiquement de fil rouge aux aventures d'Ana, 26 ans, jeune femme dont le prénom palindrome en dit long à lui seul sur une existence à la fois toujours en stand-by et résolument sens dessus dessous. Gavée par un boulot de régie merdique sur le tournage d'un film en Belgique, elle prend la tangente et rentre sur Strasbourg, fume, boit, traîne, baby-sitte, roule trop vite, couche avec son meilleur ami, retombe amoureuse et se pose des questions... "Je passe ma vie à prendre l'air", se plaît-elle à ironiser. C'est pourtant dans le cadre confiné de la salle de bain d'une mamie-gâteau en séjour hospitalier (attachante Claude Gensac, popularisée au cinéma en épouse de Louis de Funès dans les années 60-70) que, le temps d'un été aux perspectives brouillées, Ana va apprendre à se dépatouiller avec l'existence.

Inventaire avant travaux

Dernier volet d'un triptyque-même actrice, même personnage- sur le passage à l'âge adulte amorcé par deux courts métrages (Pour toi je ferai bataille en 2010, Les Navets blancs empêchent de dormir en 2011), le premier long de Rachel Lang, militaire (!) et cinéaste alsacienne diplômée de l'IAD à Louvain-la-Neuve, a la symbolique assez explicite -une salle de bain à réparer en même temps qu'un foutoir de vie à mettre en ordre- mais jamais appuyée. Tout l'art équilibriste d'un film-inventaire d'une jeunesse en fuite où Salomé Richard explose en tomboy désarmante de désir fragile.

Portée par un élan de vérité et de fraîcheur -une scène de douche au confondant naturel dans un hôtel Formule 1-, une fantaisie jamais ostentatoire -un plongeon farceur depuis un bateau-mouche-, cette co-production franco-belge à la BO discrète mais parfaite (The Rapture, La Femme, Django Django, Adam Green) ose la maladresse et le burlesque décomplexé -le vendeur de sanitaires énamouré- dans un esprit d'absolue liberté -un simple arrosage de plante qui se transforme en déambulation moite et rêveuse dans une jungle luxuriante. Entre l'ordre et le chaos, Rachel Lang ne choisit pas. Mieux: elle embrasse l'un et l'autre dans une même affusion de cinéma réparateur, authentique et sincère. Baden power.

DE RACHEL LANG. AVEC SALOMÉ RICHARD, SWANN ARLAUD, CLAUDE GENSAC. 1H34. SORTIE: 11/05.

"Non mais sérieusement, tu vas te donner les moyens de faire quelque chose jusqu'au bout à un moment ou quoi?!" Cette question, générationnelle s'il en est, posée en début de film servira logiquement de fil rouge aux aventures d'Ana, 26 ans, jeune femme dont le prénom palindrome en dit long à lui seul sur une existence à la fois toujours en stand-by et résolument sens dessus dessous. Gavée par un boulot de régie merdique sur le tournage d'un film en Belgique, elle prend la tangente et rentre sur Strasbourg, fume, boit, traîne, baby-sitte, roule trop vite, couche avec son meilleur ami, retombe amoureuse et se pose des questions... "Je passe ma vie à prendre l'air", se plaît-elle à ironiser. C'est pourtant dans le cadre confiné de la salle de bain d'une mamie-gâteau en séjour hospitalier (attachante Claude Gensac, popularisée au cinéma en épouse de Louis de Funès dans les années 60-70) que, le temps d'un été aux perspectives brouillées, Ana va apprendre à se dépatouiller avec l'existence. Dernier volet d'un triptyque-même actrice, même personnage- sur le passage à l'âge adulte amorcé par deux courts métrages (Pour toi je ferai bataille en 2010, Les Navets blancs empêchent de dormir en 2011), le premier long de Rachel Lang, militaire (!) et cinéaste alsacienne diplômée de l'IAD à Louvain-la-Neuve, a la symbolique assez explicite -une salle de bain à réparer en même temps qu'un foutoir de vie à mettre en ordre- mais jamais appuyée. Tout l'art équilibriste d'un film-inventaire d'une jeunesse en fuite où Salomé Richard explose en tomboy désarmante de désir fragile. Portée par un élan de vérité et de fraîcheur -une scène de douche au confondant naturel dans un hôtel Formule 1-, une fantaisie jamais ostentatoire -un plongeon farceur depuis un bateau-mouche-, cette co-production franco-belge à la BO discrète mais parfaite (The Rapture, La Femme, Django Django, Adam Green) ose la maladresse et le burlesque décomplexé -le vendeur de sanitaires énamouré- dans un esprit d'absolue liberté -un simple arrosage de plante qui se transforme en déambulation moite et rêveuse dans une jungle luxuriante. Entre l'ordre et le chaos, Rachel Lang ne choisit pas. Mieux: elle embrasse l'un et l'autre dans une même affusion de cinéma réparateur, authentique et sincère. Baden power.