C'était certes à prévoir, mais après deux jours de festival, on n'a guère eu l'occasion de parler de cinéma sur le Lido. Si les masques n'incitent bien sûr pas aux conversations au long cours, la qualité de la sélection n'y a point contribué non plus, dont le moins que l'on puisse écrire à ce st...

C'était certes à prévoir, mais après deux jours de festival, on n'a guère eu l'occasion de parler de cinéma sur le Lido. Si les masques n'incitent bien sûr pas aux conversations au long cours, la qualité de la sélection n'y a point contribué non plus, dont le moins que l'on puisse écrire à ce stade est qu'elle n'a pas suscité d'envolées lyriques. Eclair dans la grisaille (relative, la météo restant au beau fixe sur Venise), The Duke, du cinéaste britannique Roger Michell, l'auteur, en son temps, de l'impeccable Notting Hill, qui s'essaie ici avec bonheur à la comédie sociale.Le film revient sur un épisode qui avait défrayé la chronique anglaise au début des années 60, lorsque Kempton Bunton, un taximan sexagénaire de Newcastle, militant pour la suppression de la licence sur la télévision pour les pensionnés parmi d'autres causes, avait dérobé à la National Gallery de Londres un portrait du duc de Wellington peint par Goya ; un vol improbable aux motivations incertaines qui allait plonger le pays dans l'émoi. Michell, pour sa part, y trouve la matière à une comédie aussi savoureuse que généreuse, ancrant cette histoire loufoque dans la réalité de l'époque. A quoi vient se greffer une dimension sociale défiant le temps, The Duke réaffirmant, à rebours du moindre cynisme, le sens de la communauté et de la solidarité. Non sans offrir à Jim Broadbent un rôle sur mesure, le comédien donnant à ce personnage excentrique un éclat irrésistible. Une franche réussite.