La Folle Journée de Ferris Bueller
...

Roi de la comédie teenage US dans les années 80, John Hughes (The Breakfast Club) invite à faire l'école buissonnière en compagnie d'un cancre populaire et charmeur dans ce très jouissif doigt d'honneur à toutes les figures d'autorité, qui célèbre les petits et grands plaisirs de la vie. Dès la séquence d'ouverture, survoltée, où Ferris feint d'être malade pour ne pas aller à l'école, le ton est donné: regards caméra complices, adresse directe au spectateur, trucs et astuces pour sécher les cours au son de l'irrésistible Love Missile F1-11 de Sigue Sigue Sputnik produit par Moroder... Il plane en permanence sur cette ode à la joie et à la désobéissance riche en moments cultes (celui du défilé en tête) un grain de folie salvateur. Ferris est le remède miracle, l'antidote absolu à la peur de l'avenir et aux incertitudes propres à l'adolescence symbolisées par son meilleur ami Cameron. Imparable! Réalisé avec beaucoup de compassion et d'humilité par Wayne Wang, sur un scénario de Paul Auster, Smoke chronique les destins croisés d'une série de personnages qui gravitent en réseau autour d'un débit de tabac à Brooklyn. Le plaisir simple de raconter des histoires transpire de chaque plan de ce petit film indépendant à hauteur d'hommes ordinaires qui invite à ralentir et à mieux regarder le monde qui nous entoure. À l'image d'Auggie (Harvey Keitel) qui, chaque matin à huit heures, prend invariablement en photo son petit coin de commerce pour mieux mesurer le temps qui passe, imperceptiblement. Davantage drame que feel good? Après tout, qu'importe: Smoke a la délicatesse et la légèreté d'une volute de fumée. Et le conte de Noël qui clôture le film au son de la voix brinquebalante de l'ogre Tom Waits est le plus doux des remontants qui soit. Bonheur garanti dans les chaumières. Déformations physiques et fascination pour les corps élastiques, ressorts slapstick arrosés d'humour sexuel et/ou scatologique... Il y aurait une thèse entière à écrire sur l'art de la comédie, tendre et vachard à la fois, des frangins Farrelly (Mary à tout prix, Fous d'Irène). Parmi leurs plus belles réussites, Deux en un témoigne peut-être mieux qu'aucun autre de leur amour infini pour les outsiders. Jubilatoire, le film suit les folles aventures de deux frères siamois (Matt Damon et Greg Kinnear) reliés par la hanche et partageant un seul et même foie. Aussi dissemblables que possible, ils sont les évidents doubles fictionnels d'un tandem de réalisateurs généreux comme jamais, laissant poindre sous un torrent de rires des trésors de beauté. Pour un éloge passionné de la différence assumée qui donne envie de croire que tout, ou presque, est possible. Le cinéma vignettisant au maniérisme maniaque de Wes Anderson atteint des sommets de drôlerie et de style, mais surtout de tendresse et d'émotion, dans cette fondante chronique familiale bourrée de névroses appelées à éclater en délicates bulles de savon irisées. Découpé en chapitres et emmené par un casting cinq étoiles, le film pop réussit le petit miracle d'être à la fois éminemment littéraire et pourtant purement cinématographique. Marionnettiste obsessionnel à l'humour oblique, Anderson y fait montre d'un sens souvent assez stupéfiant du cadre et de l'espace: jamais gadget, le spectacle qu'il bricole sous nos yeux a des allures de grande maison de poupées pastel au coeur gros comme ça. On en ressort invariablement avec le désir de vivre en survêt rouge Adidas, un bandana éponge sur le front, en sifflant à tue-tête.En matière de feel good, les comédies sociales à l'anglaise en connaissent un rayon, dont les enjeux se fondent sur deux axes immuables se répondant en miroir: les luttes ouvrières et la question de l'accomplissement personnel. Parmi elles, Billy Elliot reste à coup sûr l'une des propositions les plus enthousiasmantes, boostée aux tubes glam de T. Rex et au punk-rock frondeur de The Clash et The Jam. Noyauté autour de la figure innocente d'un jeune lad du nord-est de l'Angleterre, piètre boxeur attiré par l'interdit de la danse, le film transcende en effet la mélancolie inhérente à son contexte humain (mort de la mère et dureté prolétaire) en euphorisantes envolées chorégraphiées. Être en accord avec soi et ne pas s'en laisser conter sont les conditions sine qua non de l'épanouissement dans cette comédie inspirante qui renverse les stéréotypes de genre propres à son cadre viriliste.