Révélé il y a une demi-douzaine d'années par Snabba Cash, un petit polar madré, le Suédois Daniel Espinosa a ensuite rallié le contingent nordique de Hollywood, suivant cette "scandinavian trail" empruntée avec des fortunes diverses par les Lasse Hallström, Nicolas Winding Refn, Stellan Skarsgård ou autre Mads Mikkelsen. Après le thriller dans Safe House et Child 44, le voilà qui tâte de la science-fiction avec Life, un huis clos racontant l'odyssée de l'équipage d'une mission spatiale n'étant pas au bout de ses surprises lorsqu'il découvre avoir embarqué sur Mars un échantillon d'une forme de vie extra-terrestre... "Réaliser un film de science-fiction me paraissait impossible en Suède, commence le cinéaste. Mais tous les réalisateurs rêvent de s'y frotter un jour. À mes yeux, même un film comme Le Silence, de Bergman, relève du genre, parce qu'il en a certaines caractéristiques. Au cinéma, la SF se limite souvent à un espace intérieur confiné -il s'agit, pour ainsi dire, de films de sous-marins, en termes de perspective. L'intérêt fondamental de placer des gens dans un tel espace tient à l'anxiété qui peut alors jouer à deux niveaux: le fait d'être perdu dans l'éternité et le néant, combiné à un sentiment claustrophobique. Voilà pourquoi Tarkovski s'y est essayé avec Solaris, Kubrick avec 2001 et d'autres encore, comme Carpenter, Cuaron, Nolan ou Scott..."
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Révélé il y a une demi-douzaine d'années par Snabba Cash, un petit polar madré, le Suédois Daniel Espinosa a ensuite rallié le contingent nordique de Hollywood, suivant cette "scandinavian trail" empruntée avec des fortunes diverses par les Lasse Hallström, Nicolas Winding Refn, Stellan Skarsgård ou autre Mads Mikkelsen. Après le thriller dans Safe House et Child 44, le voilà qui tâte de la science-fiction avec Life, un huis clos racontant l'odyssée de l'équipage d'une mission spatiale n'étant pas au bout de ses surprises lorsqu'il découvre avoir embarqué sur Mars un échantillon d'une forme de vie extra-terrestre... "Réaliser un film de science-fiction me paraissait impossible en Suède, commence le cinéaste. Mais tous les réalisateurs rêvent de s'y frotter un jour. À mes yeux, même un film comme Le Silence, de Bergman, relève du genre, parce qu'il en a certaines caractéristiques. Au cinéma, la SF se limite souvent à un espace intérieur confiné -il s'agit, pour ainsi dire, de films de sous-marins, en termes de perspective. L'intérêt fondamental de placer des gens dans un tel espace tient à l'anxiété qui peut alors jouer à deux niveaux: le fait d'être perdu dans l'éternité et le néant, combiné à un sentiment claustrophobique. Voilà pourquoi Tarkovski s'y est essayé avec Solaris, Kubrick avec 2001 et d'autres encore, comme Carpenter, Cuaron, Nolan ou Scott..."Ridley Scott et son cultissime Alien (réalisé en 1979, NDLR) constituent d'ailleurs la référence manifeste de Life, même si le film brouille quelque peu les pistes en lorgnant aussi du côté de Gravity, d'Alfonso Cuaron, ou de Das Boot, de Wolfgang Pedersen, parmi quelques autres encore dont on laissera volontiers la surprise au lecteur. Une influence que Daniel Espinosa admet voire même revendique, tout en nuançant quelque peu le propos: "La différence entre Alien et Life, c'est que quand Alien a été produit, nous étions en pleine ère atomique, on attendait la bombe et le seul moyen d'imaginer le futur, c'était à bonne distance; d'où un film se déroulant dans une dystopie néo-punk. Dans le monde chaotique dans lequel nous vivons aujourd'hui, envisager l'avenir à un horizon de cent ans semble impossible, nous ne pouvons pas regarder au-delà de demain. Voilà pourquoi j'ai voulu que Life soit plus réaliste, et repose sur quelque chose qui soit sur le point d'exister."Un souci qui a conduit le réalisateur à recourir aux services de divers scientifiques au titre de conseillers techniques, et notamment au généticien britannique Adam Rutherford (associé auparavant à l'impeccable Ex Machina d'Alex Garland), à l'origine du design de la créature. "Je lui ai donné le scénario et un ensemble de règles, et il a travaillé sur un schéma évolutif et les capacités de cette créature, avant d'être rejoint par Ziggy, un graffeur de ma connaissance. C'est un artiste très sombre, avec le même genre de noirceur et d'absence de compromis que H.R. Giger (designer suisse dont le nom reste associé au monstre de... Alien, NDLR)". Descendant des slime molds -des micro-organismes gluants et mouvants, à organisation cellulaire simple- et se voulant tout à la fois plausible et terrifiante, la forme de vie imaginée par le duo n'a, en tout état de cause, guère à envier au huitième passager du film de Ridley Scott. "À partir de là, nous sommes arrivés à cet univers mais aussi à l'idée d'une évolution différente: les humains ont toujours la conviction de constituer le stade le plus avancé de l'évolution, mais ce n'est pas le cas, l'humanité a été menacée d'extinction; cette dernière est la règle, et non la survie."Au-delà de son réalisme, la force de Life tient cependant à son équilibre, où tension et effroi font bon ménage, à quoi Espinosa a veillé à ajouter d'utiles respirations -ces moments dont il concède qu'ils sont ceux qu'il préfère dans ses films où il revisite inlassablement la grammaire du cinéma de genre. "Si j'aime le cinéma de genre, c'est, je pense, parce que j'ai fait mes débuts au Danemark, observe-t-il. J'aime les règles et ce type de cinéma vous en donne -c'est l'autre facette de Dogma, si vous voulez. La science-fiction repose sur des règles et le côté amusant réside dans le fait qu'on est censé en briser certaines. J'aime ainsi tout particulièrement les deux tournants inattendus qui se produisent dans ce film (...) et qui en nourrissent d'autres éléments. Le genre infecte l'ensemble. Parfois, c'est trop simple, mais d'autres fois, quelque chose se produit, et cela devient alors intéressant." Une règle que le cinéaste a toutefois respectée, c'est celle voulant que la science-fiction ait une portée volontiers métaphorique. S'il est avant tout un divertissement efficace, Life avance aussi d'autres ambitions. "Pour moi, Calvin représente l'inconnu et nous place face à l'incertitude. Le scientifique Carl Sagan a dit que dans l'hypothèse d'une rencontre avec des extra-terrestres, le problème résiderait moins dans leurs intentions à notre égard que dans nos réactions vis-à-vis d'eux. Ce qui se vérifie si l'on envisage l'histoire de l'humanité. Voyez encore aujourd'hui, alors que les migrants se bousculent aux frontières de l'Europe: avec la peur que nous projetons sur eux, comment imaginer qu'ils ne vont pas nous répondre? Si l'on compare Calvin à Alien, il ne s'agit pas d'une créature malfaisante au départ; il est plutôt bienveillant, et ce sont peut-être les projections de nos propres peurs qui le nourrissent et provoquent sa réaction, constat qui renvoie plutôt à Solaris. Quand j'ai reçu ce scénario, je venais de devenir père. Depuis, je passe beaucoup de temps à réfléchir à mes mauvais côtés et à ces facettes de ma personnalité que je déteste, avec lesquelles je crains de contaminer ma fille. Voilà aussi ce dont parle ce film; personne n'est tenu de le comprendre mais c'est un sujet qui me préoccupe... "