Respect consacre en effet les premiers pas au cinéma de la réalisatrice sud-africaine Liesl Tommy, après une carrière longue d'une quinzaine d'années au théâtre et à la télévision. Une opportunité dont elle nous confiait, voici quelques semaines lors d'un entretien par Zoom, avoir dû se pincer pour y croire. "Mon nom avait été communiqué au studio et au producteur, Scott Bernstein, et ils m'ont contactée pour avoir une discussion informelle et faire connaissance, se souvient-elle. J'étais tellement excitée que je leur ai tout de suite exposé mes idées pour le film: la période temporelle qu'il faudrait couvrir, les chansons qu'on devrait entendre et les personnages qu'on y retrouverait. J'avais même un slogan pour ce que devait être le film, à savoir l'histoire d'une femme ayant la plus grande voix de la Terre mais se battant pour ...

Respect consacre en effet les premiers pas au cinéma de la réalisatrice sud-africaine Liesl Tommy, après une carrière longue d'une quinzaine d'années au théâtre et à la télévision. Une opportunité dont elle nous confiait, voici quelques semaines lors d'un entretien par Zoom, avoir dû se pincer pour y croire. "Mon nom avait été communiqué au studio et au producteur, Scott Bernstein, et ils m'ont contactée pour avoir une discussion informelle et faire connaissance, se souvient-elle. J'étais tellement excitée que je leur ai tout de suite exposé mes idées pour le film: la période temporelle qu'il faudrait couvrir, les chansons qu'on devrait entendre et les personnages qu'on y retrouverait. J'avais même un slogan pour ce que devait être le film, à savoir l'histoire d'une femme ayant la plus grande voix de la Terre mais se battant pour trouver sa propre voix. Ils m'ont écoutée poliment, puis m'ont dit: "Waouw, c'est beaucoup d'informations pour un premier contact, merci". Je n'ai plus rien entendu pendant un long moment, et je pensais que les choses en resteraient là, lorsqu'ils sont revenus vers moi, me disant que mes idées leur avaient beaucoup plu, et que je réaliserais le film. C'est là que j'ai frôlé la crise de nerfs rien qu'à l'idée de tourner un film sur Aretha Franklin." Si la Queen of Soul revêtait une telle importance aux yeux de Liesl ("vous seriez surpris du nombre de femmes de ma génération portant ce prénom en Afrique du Sud à cause de La Mélodie du bonheur") Tommy, c'est bien sûr en raison de son apport inestimable à la musique, mais aussi pour ce qu'elle représentait, et notamment son engagement continu dans la lutte pour les droits civiques, aux côtés d'un Martin Luther King notamment. "En tant que réalisatrice, on met quelque chose de soi dans chacun de ses projets. J'ai grandi en Afrique du Sud pendant l'apartheid, entourée d'activistes parlant de libération, comme elle le faisait. Et j'ai veillé à introduire cet élément dans l'ensemble de mon travail, comme elle également. Ces questions sont plus que jamais d'actualité. Qu'une artiste comme Aretha Franklin, qui aurait très facilement pu ne se concentrer que sur sa musique et son succès, ait toujours intégré les droits civiques et l'activisme à son parcours reste une source d'inspiration permanente." Ce n'est du reste pas le seul élément du film à avoir une résonance contemporaine, les traumatismes vécus par la chanteuse, enfance abusée comme violence domestique, trouvant un écho amplifié aujourd'hui, changements culturels aidant. "Il était important à mes yeux que les gens sachent que cela peut arriver à n'importe qui. Plus que la violence d'être enfermée dans un mariage abusif, j'ai voulu en montrer l'impact émotionnel. Une partie du regard féminin tient, je suppose, au fait que je suis lasse de voir des excès de violence et des femmes se faire cogner. Je voulais raconter cette histoire sans traumatiser les spectateurs, sans avoir à être graphique dans mes représentations, et en faisant confiance à l'imagination des gens. Plus que le coup, c'est l'effet sur la personne qui importe et que je souhaitais explorer." Un effet qu'Aretha Franklin saurait traduire dans des chansons à l'impact toujours renouvelé: "Une chose que j'ai toujours ressentie avec force, et qui m'a déjà connectée à elle enfant, c'est l'intensité émotionnelle de sa musique. J'étais une enfant plutôt sensible et théâtrale, et sa musique me paraissait tellement dramatique et puissante émotionnellement que j'aimais simplement la chanter, en rêvant à devenir une femme adulte qui lui ressemblerait: quelqu'un qui est passionnément amoureuse, ou qui a le coeur en lambeaux, ou qui chante pour la justice sociale. Elle donnait l'impression d'être un être humain accompli, et elle a contribué à me faire croire que je pourrais moi aussi devenir une femme accomplie émotionnellement et passionnée. Écouter sa musique en étant jeune avait un côté vraiment inspirant, ouvrant sur la conviction qu'il y avait tant de vies à vivre. C'est quelque chose que j'ai découvert avec ses chansons." Respect...