La comparaison s'arrête là, cependant, parce que si la Palme d'or octroyée à Titane, de Julia Ducournau, avait fait des vagues, il ne se trouvera pas grand-monde pour contester le Lion d'or octroyé à un film qui comptait parmi les plus appréciés de cette 78e édition - il a d'ailleurs reçu également le prix Fipresci de la presse internationale. Deux ans après Mais vous êtes fou, la romancière cinéaste française d'origine libanaise adapte le roman éponyme d'Annie Ernaux, retraçant, dans la France des années 60, le comba...

La comparaison s'arrête là, cependant, parce que si la Palme d'or octroyée à Titane, de Julia Ducournau, avait fait des vagues, il ne se trouvera pas grand-monde pour contester le Lion d'or octroyé à un film qui comptait parmi les plus appréciés de cette 78e édition - il a d'ailleurs reçu également le prix Fipresci de la presse internationale. Deux ans après Mais vous êtes fou, la romancière cinéaste française d'origine libanaise adapte le roman éponyme d'Annie Ernaux, retraçant, dans la France des années 60, le combat d'une jeune étudiante - épatante Anamaria Vartolomei - pour avorter, elle qui refuse de se résigner face à "une maladie qui ne frappe que les femmes et qui les transforme en femmes au foyer." Si le film est dur et tendu, il est aussi d'une force rare, sa résonance avec le présent n'étant d'ailleurs point à souligner. Ce qu'a, du reste, fort bien résumé la lauréate au moment de recevoir son prix : "malheureusement quand vous travaillez sur l'avortement, vous êtes toujours dans l'actualité." Un palmarès conforme aux attentesLa suite du palmarès est globalement conforme aux attentes, même si Jane Campion aurait objectivement pu prétendre à mieux que le prix de la mise en scène pour l'étincelant The Power of the Dog, western vénéneux situé dans le Montana dans les années 1920 où la cinéaste néo-zélandaise questionne la masculinité. Paolo Sorrentino complète le podium avec The Hand Of God, cette plongée sensible dans ses souvenirs dans le Naples des années 80 lui valant le Grand Prix du jury, Filippo Scotti, qui y campe son alter ego adolescent obtenant par ailleurs le prix du meilleur espoir. Si le prix d'interprétation féminine de Penélope Cruz pour le mélodrame Madres Paralelas, de Pedro Almodovar, ne souffre guère de contestation (a fortiori dès lors que l'actrice n'était pas moins remarquable dans la comédie Competencia Oficial, de Gaston Duprat et Mariano Cohn), celui d'inteprétation masculine accordé à John Arcilla pour On the Job : the Missing 8, d'Erik Matti, laisse par contre dubitatif, le (télé)film comptant parmi les plus faibles vus cette année sur le Lido. Le prix du scénario remporté par Maggie Gyllenhaal pour The Lost Daughter, adaptation un brin bancale du roman d'Elena Ferrante, suscite également certaines réserves, mais achève de donner à ce palmarès une coloration d'ensemble féminine sinon féministe. Tandis qu'en attribuant son prix spécial à Il Buco, de Michele Frammartino, le jury présidé par Bong Joon-ho a veillé à saluer un geste de cinéma d'une souveraine beauté.