Vous les aurez reconnues. On veut parler des terrasses de café, ces petits îlots dispersés dans l'océan du mouvement perpétuel qui rendent la ville plus humaine, plus chaleureuse, plus vivable. La simple vue d'une pile de chaises métalliques abandonnées devant un troquet fermé suffirait à nous arracher des larmes. Sans ses trottoirs animés, Paris n'est plus tout à fait Paris, la place Saint-Marc plus tout à fait Venise, Brooklyn plus tout à fait cet endroit accueillant et décontracté. Une partie de leur âme, de leur sève s'est évaporée en même temps que les serveurs et serveuses.

Elles nous manquent, les terrasses de café. Plus encore aujourd'hui avec le retour des beaux jours.

Ce n'est pas seulement une question d'urbanisme, d'équilibre entre espaces fonctionnels et de loisir. Dans la géographie mentale, ce lieu à cheval entre le privé et le public, entre le dedans et le dehors, occupe aussi une place à part. Qu'elle se compose de deux tables sur un bout de trottoir lépreux ou qu'elle déploie ses fastes à l'orée d'un boulevard chic de Saint-Germain-des-Prés, qu'elle se la joue branchée et rebelle comme au Belga à Ixelles ou qu'elle voie défiler des cohortes de touristes comme sur toutes les Grand-Places du monde, la terrasse est un territoire de convivialité, d'échange, où l'on est à la fois acteur et spectateur de la tragi-comédie humaine. "C'est un endroit intermédiaire", notait récemment sur France Inter le sociologue Pierre Boisard. Un endroit de passage, hybride, ouvert. Une sorte d'antidote à l'accélération, à la vitesse. Car s'asseoir à une terrasse, c'est suspendre le temps. S'extraire littéralement du flux qui s'écoule au pied de l'enchevêtrement de guéridons. Des conditions propices autant à l'introspection qu'au lâcher-prise. Tout dépend de l'heure et du taux d'alcool dans le sang.

En solo, en duo ou en groupe, la terrasse est le laboratoire de toutes les combinaisons sociologiques possibles. Riches et pauvres s'y côtoient plus que n'importe où ailleurs. Et comme le faisait remarquer la philosophe Laurence Devillairs dans Philosophie Magazine en octobre dernier, la terrasse permet d'échapper au réel, à l'entre-soi auquel nous condamne l'enfermement. Nous avons tous besoin d'évasion, de fuir le quotidien, l'ordinaire. La terrasse offre ce sursis pour quelques minutes ou quelques heures. Mieux, on n'y est jamais à l'abri de la rencontre, de l'imprévu, de l'aventure qui "viennent bousculer ce que nos vies ont de figé".

Pour ces raisons autant que pour sa photogénie naturelle, elle a nourri les fantasmes du cinéma. On se souvient de cette scène magnifique dans Le Feu follet de Louis Malle où Alain Leroy (Maurice Ronet) est assis à une terrasse bondée et regarde défiler les Parisiens au son du piano langoureux et mélancolique d'Erik Satie. Cette insouciance jette du sel sur son mal de vivre. On aurait pu tout aussi bien citer Catherine Deneuve dans Belle de jour, Dirk Bogarde dans Mort à Venise, Jean Seberg dans À bout de souffle... Au fond, qu'on y sirote un café, un p'tit blanc, une trappiste, un thé glacé ou un cocktail sophistiqué, c'est avant tout une soif de liberté et de légèreté qu'on vient étancher sur ce petit théâtre de l'imaginaire. "Garçon! La même chose, s'il-vous-plaît."

Vous les aurez reconnues. On veut parler des terrasses de café, ces petits îlots dispersés dans l'océan du mouvement perpétuel qui rendent la ville plus humaine, plus chaleureuse, plus vivable. La simple vue d'une pile de chaises métalliques abandonnées devant un troquet fermé suffirait à nous arracher des larmes. Sans ses trottoirs animés, Paris n'est plus tout à fait Paris, la place Saint-Marc plus tout à fait Venise, Brooklyn plus tout à fait cet endroit accueillant et décontracté. Une partie de leur âme, de leur sève s'est évaporée en même temps que les serveurs et serveuses. Ce n'est pas seulement une question d'urbanisme, d'équilibre entre espaces fonctionnels et de loisir. Dans la géographie mentale, ce lieu à cheval entre le privé et le public, entre le dedans et le dehors, occupe aussi une place à part. Qu'elle se compose de deux tables sur un bout de trottoir lépreux ou qu'elle déploie ses fastes à l'orée d'un boulevard chic de Saint-Germain-des-Prés, qu'elle se la joue branchée et rebelle comme au Belga à Ixelles ou qu'elle voie défiler des cohortes de touristes comme sur toutes les Grand-Places du monde, la terrasse est un territoire de convivialité, d'échange, où l'on est à la fois acteur et spectateur de la tragi-comédie humaine. "C'est un endroit intermédiaire", notait récemment sur France Inter le sociologue Pierre Boisard. Un endroit de passage, hybride, ouvert. Une sorte d'antidote à l'accélération, à la vitesse. Car s'asseoir à une terrasse, c'est suspendre le temps. S'extraire littéralement du flux qui s'écoule au pied de l'enchevêtrement de guéridons. Des conditions propices autant à l'introspection qu'au lâcher-prise. Tout dépend de l'heure et du taux d'alcool dans le sang. En solo, en duo ou en groupe, la terrasse est le laboratoire de toutes les combinaisons sociologiques possibles. Riches et pauvres s'y côtoient plus que n'importe où ailleurs. Et comme le faisait remarquer la philosophe Laurence Devillairs dans Philosophie Magazine en octobre dernier, la terrasse permet d'échapper au réel, à l'entre-soi auquel nous condamne l'enfermement. Nous avons tous besoin d'évasion, de fuir le quotidien, l'ordinaire. La terrasse offre ce sursis pour quelques minutes ou quelques heures. Mieux, on n'y est jamais à l'abri de la rencontre, de l'imprévu, de l'aventure qui "viennent bousculer ce que nos vies ont de figé". Pour ces raisons autant que pour sa photogénie naturelle, elle a nourri les fantasmes du cinéma. On se souvient de cette scène magnifique dans Le Feu follet de Louis Malle où Alain Leroy (Maurice Ronet) est assis à une terrasse bondée et regarde défiler les Parisiens au son du piano langoureux et mélancolique d'Erik Satie. Cette insouciance jette du sel sur son mal de vivre. On aurait pu tout aussi bien citer Catherine Deneuve dans Belle de jour, Dirk Bogarde dans Mort à Venise, Jean Seberg dans À bout de souffle... Au fond, qu'on y sirote un café, un p'tit blanc, une trappiste, un thé glacé ou un cocktail sophistiqué, c'est avant tout une soif de liberté et de légèreté qu'on vient étancher sur ce petit théâtre de l'imaginaire. "Garçon! La même chose, s'il-vous-plaît."