Dans une lettre rendue publique par L'express, Abdellatif Kechiche tient à "dissiper un malentendu des plus fâcheux". Il revient sur le malaise qui a régné autour de la présentation de son film à Cannes. En effet, Ophélie Bau, l'actrice principale du film a monté les marches du palais des festivals avec tout le monde, mais s'est éclipsée de la salle de cinéma juste après le début de la projection. Après 3h28 de film principalement tourné dans une boite de nuit et qui a fait fuir quelque spectateurs, Kechiche a lancé : "Je m'excuse de vous avoir retenus sans vous prévenir et voilà... je m'en vais ", avant de quitter précipitamment la salle.

C'est le maintien au montage d'une scène de cunnilingus de 13 minutes qui est à l'origine de la dissension entre l'actrice et le cinéaste. Et ce, sans qu'il ne lui donne l'occasion de la visionner avant la projection publique. Dans sa lettre, Kechiche propose à Ophélie Bau de revoir cette scène avec elle : "j'invite volontiers Ophélie à la table de montage pour me signifier précisément ce qui choque sa pudeur récente, et je m'engage, dans la mesure du possible à éliminer dans le montage du film final les plans qui la gêneraient encore." Un "engagement" dont a pris acte l'agent Elisabeth Tanner, qui représente Ophélie Bau.

Cependant, le cinéaste ne cesse de se défendre. Il assure d'ailleurs, attaquant directement l'agent de l'actrice, que "contrairement à ce que vous cherchez à faire croire aujourd'hui, Ophélie Baufle [nom d'Ophélie Bau à l'état civil] a, en toute conscience, accepté pleinement son rôle dans mes films, et n'a jamais, à aucun moment, manifesté la moindre gêne ni quant à sa nudité, qu'elle a publiquement et à plusieurs reprises défendue et approuvée, ni quant à la dimension érotique de certaines séquences." Il affirme même avoir concédé à l'actrice le choix de son partenaire pour la scène. Elle devait originellement être tournée avec Salim Kechiouche, mais le sera finalement avec Roméo de Lacour, "dont elle était tombée amoureuse entre temps", écrit-il.

Le cinéaste franco-turc ne s'arrête pas là et se dit même victime d'une "conspiration [.] dont le syndicat des agents artistiques français", justement présidé par Elisabeth Tanner, "était le principal instigateur". Cette accusation a été démentie par l'intéressée dans sa réponse écrite : "Nous n'avons fait aucune déclaration publique à propos ou à l'encontre du film ou des conditions de tournage. Il est donc particulièrement surprenant de vous voir prétendre aujourd'hui à un complot, une conspiration."

Ce n'est pas la première fois qu'une polémique apparait autour d'un des films radicaux d'Abdellatif Kechiche. En 2013, une discussion similaire avait fait surface autour du film La vie d'Adèle, dont les deux actrices, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, avaient dénoncé les conditions de tournages particulièrement difficiles.

Mektoub My Love : Intermezzo, suite de Mektoub My Love : Uno Canto (2017) sera distribué par Pathé, mais n'a pas encore de date de sortie en salles.

Sophie Decaestecker