Les années se suivent et se ressemblent à Berlin, le festival semblant s'époumoner à courir après sa grandeur passée. En cause, une programmation pléthorique -plus de 400 films, toutes sections confondues-, mais pas toujours à la hauteur, donnant à la sélection des allures de fourre-tout où le meilleur (La Prière de Cédric Kahn, Don't Worry... de Gus Van Sant...) côtoie le quelconque mais aussi le pire (The Bookshop d'Isabel Coixet, The Real Estate d'Axel Petersén et Mans Mansson, Damsel des frères Zellner, ...), sans toutefois que le succès de la manifestation ne s'en ressente -330 000 tickets ont été vendus pour cette édition 2018.
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Les années se suivent et se ressemblent à Berlin, le festival semblant s'époumoner à courir après sa grandeur passée. En cause, une programmation pléthorique -plus de 400 films, toutes sections confondues-, mais pas toujours à la hauteur, donnant à la sélection des allures de fourre-tout où le meilleur (La Prière de Cédric Kahn, Don't Worry... de Gus Van Sant...) côtoie le quelconque mais aussi le pire (The Bookshop d'Isabel Coixet, The Real Estate d'Axel Petersén et Mans Mansson, Damsel des frères Zellner, ...), sans toutefois que le succès de la manifestation ne s'en ressente -330 000 tickets ont été vendus pour cette édition 2018. À défaut de toujours convaincre sur les écrans, la Berlinale n'a par contre pas failli à sa réputation de plus engagé des grands festivals de cinéma, la vague #MeToo déferlant sur la Potsdamer Platz. C'est sans doute sensible à cette réalité nouvelle que le jury présidé par Tom Tykwer a pris tout le monde (ou presque) de court en couronnant de l'Ours d'or le clivant Touch Me Not, de la Roumaine Adina Pintilie, et en octroyant son Grand Prix au médiocre Twarz, de la Polonaise Malgorzata Szumowska. La suite du palmarès (avec notamment Wes Anderson récompensé pour la mise en scène de Isle of Dogs, et la révélation du festival, Las Herederas, du Paraguayen Marcelo Martinessi, deux fois primé) est plus conforme aux attentes. On ne s'explique cependant pas plus l'absence de U: July 22, du Norvégien Erik Poppe, que celle du cinéma allemand, Transit de Christian Petzold, et In den Gängen de Thomas Stuber comptant parmi les rares films franchement enthousiasmants qu'il fut donné de voir pendant cette 68e Berlinale, l'avant-dernière dirigée par Dieter Kosslick... Huit ans après Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson renoue avec l'animation en stop motion pour Isle of Dogs. Échevelée, l'histoire expédie sur une île-décharge les chiens d'une petite ville japonaise. Contexte qui n'empêche pas ce film foisonnant de s'inscrire dans la lignée de l'oeuvre du cinéaste texan.On avait quelque appréhension à voir José Padilha, le réalisateur musclé de Tropa de Elite, Ours d'or 2008, s'emparer de la prise d'otages de Entebbe, en 1976. Le résultat dépasse les espérances: soit un film d'action efficace qui, à défaut parfois de nuances, essaie d'ouvrir des pistes de réflexion...La filmographie de Cédric Kahn n'en finit pas d'emprunter des chemins inattendus. Dans La Prière, le réalisateur de L'Ennui suit un jeune toxicomane rejoignant une communauté retirée où l'on combat la dépendance par le travail et la foi, proposition au coeur d'une oeuvre émouvante et interpellante.Le Norvégien Erik Poppe revient sur le massacre d'Utoya, perpétré le 22 juillet 2011 par un terroriste d'extrême droite, en signant un film choc, adoptant le point de vue des vic-times dans un unique plan- séquence suivant Kaja, une jeune fille, dans sa fuite éperdue pour échapper au tueur. Un glaçant tour de force.Le nouveau film de Steven Soderbergh a été tourné avec... un iPhone, et c'est peu dire que le résultat est probant, le cinéaste américain signant, autour d'une jeune femme internée en quelque cauchemar kafkaïen, un film de genre éminemment jouissif tout en renouant avec l'élan de Sex, Lies, and Videotape...Oscar Wilde dans The Happy Prince de Rupert Everett, John Callahan dans Don't Worry... de Gus Van Sant: le biopic se décline en mode artistique. Ainsi encore de Becoming Astrid, de la Danoise Pernille Christensen, revisitant en mode classique et tire-larmes les années pré-Fifi Brindacier d'Astrid Lindgren...La cinéaste néerlandaise Nanouk Leopold, dont on avait notamment pu apprécier Boven is het stil, signe, avec Cobain, un récit d'apprentissage inspiré, opposant à la noirceur de l'environnement où évolue l'ado de quinze ans une mise en scène en tous points lumineuse. Smells Like Teen Spirit...