MISE JOUR: Alors que le festival de Dour bat son plein, le documentaire de Vincent Philippart sera rediffusé ce 12 juillet à 23h25 sur La Deux - RTBF.
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From Toilets to Stages commence dans les champs. Avec un homme qui voit des chapiteaux et des entrées de parking dans l'herbe. Enchaînement avec une réunion surréaliste où la police explique avoir eu du mal à maîtriser certains spécimens nus comme des vers qui, même attachés, continuaient de sautiller tels des kangourous... Bienvenue dans les coulisses du festival de Dour. Cette ville éphémère de 50 000 habitants (trois fois la population locale) qui pousse chaque été le temps d'un long week-end dans les pâtures du Borinage. Avec le cameraman Dominique Henry, Vincent Philippart, l'ingé son entre autres de dEUS et de Rone, a, sur deux éditions (2016 et 2017), vécu l'envers du décor. Il a pratiqué ceux qui font cet événement musical protéiforme à l'atmosphère si particulière. Le tandem, discret ("je ne voulais pas de perchman et Dominique filme avec un appareil photo, ça a été, je pense, l'un des déclencheurs de la vérité dans les images et dans le propos"), a ainsi suivi Alex Stevens et Mathieu Fonsny, les deux programmateurs." Alex est informaticien à la base et tu comprends très vite que c'est un programmateur féru d'informatique. Il étudie plein d'algorithmes. Il est très organisé. C'est un pro. Il a conçu lui-même son petit programme qui lui permet d'estimer la popularité réelle des groupes en recombinant tous les clics, tous les partages... Et ça a maintenant une réelle influence sur la programmation. Matt est plus branché par tous les trucs émergents, l'électro... Ils se complètent assez parfaitement." Un peu à la Strip-tease (en moins mordant et racoleur) et marqués par la méthode et la vision du cinéaste américain Frederick Wiseman, Philippart et Henry ont aussi documenté le parcours du bénévole ("l'humain qui essaie de retrouver l'humain dans l'immensité par le biais du travail"). Ils ont marché sur les pas de Bruno, le régisseur général, alias monsieur plans. "Il fait ça depuis 30 ans. Il connaît par coeur la moindre brindille d'herbe. Il bossait déjà sur la toute première édition. Il a été de toutes les étapes. De la première scène bricolée jusqu'à aujourd'hui. Et je pense qu'il est un peu victime de l'informatique et de l'évolution. Auto4, les nouveaux programmes... il ne connaît pas. Donc, il va devoir doucement passer la main." From Toilets To Stages parle finalement très peu de musique. Il observe l'humain. "L'idée est très simple: je ne voulais pas réaliser un docu musical. Je n'ai pas pris un festival parce que ça m'intéressait, je voulais l'observer en tant que microcosme. Les pouvoirs judiciaires, les pouvoirs politiques, les pouvoirs de l'argent, les pouvoirs de l'internationalisation avec LiveNation et tous les bookers. En quoi cette ville de 50.000 personnes qui se construit pour cinq jours de fête, de musique et autres reflète-t-elle l'évolution de la société?" Avant de se focaliser sur Dour, Vincent Philippart avait frappé à la porte du Pukkelpop. "L'organisation a refusé. Merci pour l'intérêt. À la flamande, à la LiveNation, à la "on n'ouvre pas nos portes". Le milieu de la musique et du live est un milieu très à part. Un milieu très fermé. Il y a une espèce d'omerta. J'ai contacté les responsables de Dour il y a trois ans. On ne se connaissait pas du tout mais ils ont trouvé le projet intéressant. Ça m'a beaucoup étonné que tout le monde joue ouvertement le jeu. En ce compris les services médicaux. Même s'il m'a quand même fallu un an et demi pour pouvoir monter dans une ambulance. On nous a demandé deux fois d'arrêter de filmer. Pour des raisons que je comprenais très bien." Philippart et Henry ont filmé 69 jours et recueilli 250 heures de rushes. Ils ont finalement décidé de parler un peu de musique. Avec le fiasco Victoria + Jean et le succès de la DJette Charlotte de Witte. Deux éléments qui incarnent l'évolution musicale du festival, les difficultés du rock, la cote de l'électro. "On sait tous que le festival, les gens n'y vont pas pour la musique en numéro 1. Ça vient en cinquième ou sixième position. D'abord, il y a la fête, la drogue, le sexe... Ben ouais, c'est comme ça! Et puis vient la musique. Je ne sais pas si c'est différent d'il y a 30 ans mais en tout cas, les drogues ont changé. Ce qui se passe sur le camping à Dour est assez dingue... À part Glastonbury et Reading à une époque, tu ne trouves pas dans beaucoup d'endroits un tel bordel qui s'autogère. Pendant toutes ces années, ça a été le foutoir et l'anarchie qui s'autogéraient sans aucune victime. Mais maintenant que l'étau se resserre et que tout devient plus professionnel, les gens se cassent un peu plus la pipe. Comme si le fait de se sentir si bien encadrés, hyperprotégés -parce que les festivaliers savent qu'ils sont monitorés par la police, qu'il y a les hélicoptères, qu'il y a la Croix-Rouge- les poussait à aller encore plus loin dans leurs excès." La professionnalisation et la standardisation lui semblent en tout cas inéluctables. Sécurité renforcée, flicage... Encore des reflets de notre belle société. "Dour aimerait bien garder ses spécificités, son côté libertaire assumé et revendiqué, mais je ne sais pas combien de temps encore il va pouvoir y arriver dans le monde actuel. Aujourd'hui, les policiers sont présents, en civil. Et ils ne sont pas deux ou trois. Ça m'intéressait aussi. Documenter un moment. Je voulais marquer Dour avant qu'il ne devienne un projet un peu plus banal. Ou du moins qui ne perde ses particularités, son humanité, sa liberté." Vincent Philippart parle du rapport à l'autorité, évoque la boboïsation reflétée par le développement des campings VIP et craint que les énormes festivals, s'ils veulent le rester, doivent rentrer dans les clous. Dour les a toujours préférés dans le nez et sur les vestes en cuir...