Marché en expansion constante (Santa & Cie, le dernier film d'Alain Chabat, y est sorti sur... 8.000 copies), coproductions en plein boom (de La Grande Muraille de Zhang Yimou avec Matt Damon, mégaprojet et flop retentissant, à des films plus modestes, comme The Lady in the Portrait de Charles de Meaux): la Chine est le nouvel eldorado cinématographique auquel la planète fait les yeux doux. Un contexte effervescent sur lequel entend à l'évidence capitaliser l'encore tout jeune International Film Festival & Awards Macao (IFFAM), ses organisateurs ayant l'ambition de faire de la Région administrative spéciale, située à un jet de pierre ou peu s'en faut de la Chine continentale, un lieu d'échanges résolument en phase avec l'évolution du cinéma à l'ère de la globalisation.
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Marché en expansion constante (Santa & Cie, le dernier film d'Alain Chabat, y est sorti sur... 8.000 copies), coproductions en plein boom (de La Grande Muraille de Zhang Yimou avec Matt Damon, mégaprojet et flop retentissant, à des films plus modestes, comme The Lady in the Portrait de Charles de Meaux): la Chine est le nouvel eldorado cinématographique auquel la planète fait les yeux doux. Un contexte effervescent sur lequel entend à l'évidence capitaliser l'encore tout jeune International Film Festival & Awards Macao (IFFAM), ses organisateurs ayant l'ambition de faire de la Région administrative spéciale, située à un jet de pierre ou peu s'en faut de la Chine continentale, un lieu d'échanges résolument en phase avec l'évolution du cinéma à l'ère de la globalisation. Marquée par la démission de son directeur artistique, Marco Müller, un mois avant l'ouverture des festivités, la première édition de la manifestation en 2016 avait laissé une impression d'ensemble quelque peu chaotique. Le premier mérite de Mike Goodridge, son successeur, aura été d'en asseoir les fondations, non sans en remodeler sensiblement la ligne éditoriale. Alignant de nombreuses productions asiatiques (de Okja de Bong Joon-ho au film macanais Love Is Cold, et jusqu'au pilote de la minisérie hongkongaise Stained parmi beaucoup d'autres), la programmation aura ainsi pris un parfum britannique plus prononcé (avec les Paddington 2, Journey's End, My Generation ou encore Beast, révélation du festival et annoncé sur nos écrans courant 2018). Non sans veiller à séduire le (grand) public avec, à côté des premières et deuxièmes oeuvres au menu d'une compétition remportée par Hunting Season de l'Argentine Natalia Garagiola, la présentation de films au succès annoncé comme Suburbicon, The Shape of Water ou Le Sens de la fête.Plus, toutefois, que dans ce panachage, la spécificité de Macao -outre son cadre exotique de Las Vegas d'Orient, la mer de Chine y remplaçant le désert du Nevada en arrière-plan d'un même alignement de casinos- est à chercher dans son positionnement au carrefour de diverses cultures. Interrogé par Screen International sur le potentiel futur du festival, Goodridge exprimait le souhait de le voir grandir à l'échelle régionale, tout en maintenant des connexions privilégiées avec la Chine comme avec l'Occident: "Nous pouvons être un lieu de réunion informel où l'Est et l'Ouest ont l'opportunité de vraiment célébrer le cinéma." Une volonté reflétée tant au niveau de la programmation, avec la section Crossfire notamment, qu'à travers les rencontres professionnelles organisées dans le cadre du IFFAM Project Market. Dévolue au cinéma de genre, la première repose sur un principe tout simple, des cinéastes asiatiques y étant conviés à présenter un film occidental de leur choix, et vice versa, manière originale de promouvoir les échanges culturels. Parmi les titres présentés dans le tout nouvel écrin de la Cinémathèque-Passion, située à deux pas des ruines de Saint-Paul qui dominent la vieille ville portugaise de Macao, 2001: A Space Odyssey de Stanley Kubrick, sélectionné par Shekhar Kapur, Mad Detective, de Johnnie To et Wai Ka Fai, choisi par Guillermo Del Toro, ou encore The Silence of the Lambs de Jonathan Demme, proposé par Im Sang-soo. L'occasion, pour le réalisateur sud-coréen de The Housemaid, d'exprimer un point de vue original -"Pour moi, The Silence of the Lambs n'est rien d'autre que la merveilleuse histoire d'amour d'un couple bizarre"-, non sans affirmer sa foi en un cinéma sans frontières. "Je tourne des films asiatiques, coréens, mais, étudiant, j'ai surtout regardé des films américains et français. Des films comme The Godfather, The Deer Hunter ou ceux de Claude Chabrol m'ont laissé une impression indélébile."Et Im, dont deux films ont été présentés en compétition à Cannes, de s'apprêter à franchir le pas d'une production internationale, suivant en cela l'exemple des Park Chan-wook ou autre Bong Joon-ho: "J'en ai fini de la Corée où je me sens ostracisé, et où j'ai fait ce que j'avais à faire. President's Last Bang parlait des groupes de droite en Corée, et The Housemaid puis The Taste of Money des conglomérats. J'estime avoir fait le tour de la question, et je souhaite travailler en Amérique, où j'ai plusieurs projets de coproduction. Je veux pouvoir montrer mes histoires à un public global, même si j'ai conscience que comme réalisateur asiatique en Amérique, il me faudra être prudent et humble, et pas trop subversif. Tout est possible dans un marché plus vaste: de grosses productions stupides, mais aussi, et c'est là le côté positif, des films plus sérieux. Voilà pourquoi je veux y tenter ma chance..." Conséquent, le cinéaste présentait d'ailleurs au Project Market ce qui pourrait être son premier essai américain, Dead in the Lake, un film de genre que l'on attend riche en sous-texte... À Macao, le Sud-Coréen aura eu l'occasion de croiser le réalisateur néerlandais Martin Koolhoven, auteur récemment de Brimstone, avec Guy Pearce et Dakota Fanning, et venu "pitcher" son prochain long métrage, The Emerald Butterfly, à la faveur de cette plate-forme internationale. "Nous n'en sommes qu'au stade de l'écriture, mais on sent la température. Avec Els Vandevorst, nous avons créé une société de production, N279 Entertainment, qui a été amenée à travailler avec l'Asie. Brimstone a par ailleurs été vendu en Chine, où il passe pour l'instant les étapes de la censure. Mon prochain film se déroulant en Indonésie, mon parcours a pris une coloration asiatique depuis quelques années. C'est donc fort intéressant pour nous, avec aussi un côté aventureux, parce que, à mes yeux, en tout cas, tout cela est tout frais et différent. Il est clair que quelque chose est en train de se produire. Hollywood est beaucoup plus impliqué sur le marché asiatique, avec des sociétés de production en Chine et des films taillés pour le marché local. Et l'Asie investit pour sa part aux États-Unis et en Europe. Je ne sais pas jusqu'où cela va aller, mais cela ouvre beaucoup d'opportunités. Et c'est intéressant d'un point de vue artistique également: Brimstone avait un pied en Amérique, et un autre en Hollande, puisqu'il parlait des gens qui étaient partis pour le Nouveau monde. Et nous avons également une histoire asiatique, en Indonésie essentiellement, mais aussi avec le Japon et la Chine, ce qui induit des possibilités, sans même parler des sujets contemporains. C'est un peu comme si le monde s'était élargi, quelque chose que je n'aurais jamais pu imaginer voici quelques années encore..." Avec Macao aux avant-postes...