La magnifique Robin Wright, désormais présidente des États-Unis dans la série House of Cards, expliquait voici quelques années déjà que les rôles intéressants devenaient d'une rareté extrême pour les comédiennes de plus de 40 ans. Elle ajoutait: "Faudrait peut-être que je joue un homme! J'en serais bien capable..." On ne doute pas une seconde de sa capacité à le faire. Même si d'autres sont déjà passées à l'acte. Comme Cate Blanchett dans I'm Not There. Ou comme aujourd'hui Fanny Ardant. L'actrice française incarne en effet dans Lola Pater un homme... devenu femme. Un père de famille, qui plus est, dont le changement de sexe va faire de ses retrouvailles avec son fils une expérience assez spéciale... L'actrice au César 1997 (pour le déjà "gay friendly" Pédale douce) pourrait bien récidiver au début de l'année prochaine. Mais l'ex-égérie de François Truffaut sait la futilité des honneurs. Son sourire est celui d'une femme qui dévore la vie...

La magnifique Robin Wright, désormais présidente des États-Unis dans la série House of Cards, expliquait voici quelques années déjà que les rôles intéressants devenaient d'une rareté extrême pour les comédiennes de plus de 40 ans. Elle ajoutait: "Faudrait peut-être que je joue un homme! J'en serais bien capable..." On ne doute pas une seconde de sa capacité à le faire. Même si d'autres sont déjà passées à l'acte. Comme Cate Blanchett dans I'm Not There. Ou comme aujourd'hui Fanny Ardant. L'actrice française incarne en effet dans Lola Pater un homme... devenu femme. Un père de famille, qui plus est, dont le changement de sexe va faire de ses retrouvailles avec son fils une expérience assez spéciale... L'actrice au César 1997 (pour le déjà "gay friendly" Pédale douce) pourrait bien récidiver au début de l'année prochaine. Mais l'ex-égérie de François Truffaut sait la futilité des honneurs. Son sourire est celui d'une femme qui dévore la vie. Ses yeux qui plongent profond en vous ne se fixent aucune limite. Ses mains chargées de bagues parlent autant que ses lèvres. Et ses mots comme ses gestes frappent par leur force. Et son grand rire généreux ponctue volontiers ses phrases. "La disparition des rôles pour une actrice, c'est comme une métaphore, c'est la vie qui se retire...", constate-t-elle avant d'enchaîner vivement: "Moi j'ai toujours joué des rôles de mon âge. Je sais, depuis même avant que je sois actrice, que les choses ont une fin. C'est quelque chose que j'admets. Je ne me suis jamais lamentée. Je trouve ça normal. Comme les saisons. Je n'ai pas voulu occuper constamment le devant de la scène. Mais il est vrai que jouer un homme qui devient une femme, ça brouille les cartes!" Fanny Ardant a les yeux qui brillent intensément en déclarant: "L'humanité est bien plus femme qu'elle ne semble le penser. Déjà chez les Grecs, la Terre c'était Gaïa, la Femme! Aujourd'hui on veut enfermer les femmes dans les diktats de la mode ou de l'idéologie, de ce qui est admissible ou pas, normal ou pas. On est de plus en plus conformiste. Il y a un grand retour en arrière, vers l'obscurantisme..." L'actrice s'appuie sur ce jugement pour affirmer le propos de Lola Pater, "qui est de dire qu'être homme ou femme ce n'est pas si important que ça, qu'avant d'être l'un ou l'autre on est un être humain". Et de poursuivre, éloquente: "Moi je sais que je suis une femme quand je suis en face d'un homme, ce sont nos différences qui nous rendent intéressants! Tout seul, on est homme et femme mélangés." "J'aime que mon personnage dans le film ait décidé de brûler ses vaisseaux, de poser un acte sans retour, explique Ardant. C'est comme en amour où je trouve petit de rester dans le marivaudage, alors qu'il s'agit d'aimer à fond, sans retenue, sans penser à revenir en arrière!" Entre autres mérites, Lola Pater vient rappeler, à l'heure où l'on assène sans cesse le concept idiot du "win win", que gagner quelque chose c'est souvent perdre autre chose. "Parce que c'est ça la vie! Parce qu'il faut payer. Parce que la liberté a toujours un prix. On vit dans une époque où on nous dit comment arrêter de fumer sans souffrir, comment maigrir sans souffrir, comment divorcer sans souffrir... Comme s'il était possible de tout traverser sans mal. Ce qui est faux, bien sûr." La comédienne embrasse la vie sans réserve, et se félicite que le film de Nadir Moknèche le fasse également: "Mon personnage n'est pas une égérie de la cause transgenre. Lola est Lola, pas un emblème. On la prend au moment où se joue le rapport filial avec ce garçon qu'elle aurait pu élever. Elle a payé. Elle va au-devant du rejet, du point de rupture, parce qu'elle est incroyablement honnête. Et cohérente avec elle-même." On croirait entendre Fanny Ardant parler d'elle-même, aussi quand elle clame: "Si tu veux la sécurité à tout prix, ce prix c'est ta liberté!" Revenant à la question du genre, l'actrice a des mots aussi éloquents: "Tout le monde trimballe avec lui quelque chose de contradictoire. Alors que dans les groupes, tu n'as plus le droit à ces contradictions. Il y avait la ligne du parti, il y a toujours des lignes idéologiques, religieuses aujourd'hui surtout. Cela me fait toujours mal de voir des gens avec des itinéraires courageux, d'identité forte et libre, être récupérés par des groupes. J'aime la dissidence, cette force qui te fait rester comme en éveil permanent, de ne pas agir "parce que ça se fait, parce ça se dit, parce c'est comme ça qu'il faut être". Même en démocratie, il faut de la dissidence, savoir ne pas obéir à la loi. Parce qu'il y a aussi des lois d'abrutis, dans nos belles démocraties... Avec l'amour, la résistance est une des plus belles choses que possède l'être humain!"